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Littérature générale Chr. Chomant

Catalogue Christophe Chomant Éditeur

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Christophe CHOMANT

Thèse de sciences de l’éducation

sous la direction de Jacques NATANSON

Université de Rouen, Année 2002-2003

 

DICTIONNAIRE DES AUTEURS ET COURANTS D’IDÉES

RELATIFS À LA QUESTION DES INÉGALITÉS SOCIO-SCOLAIRES

 

Sociologues, philosophes, psychologues, neurobiologistes, logiciens, épistémologues, idéologues, philosophes de l’esprit, anthropologues, philosophes de la politique…

 

 

 

 

ANNEXE

 


Préface

 

 

Il semblait utile de concevoir un « dictionnaire des auteurs en relation avec le sujet de recherche », de manière à regrouper et présenter au lecteur des auteurs de champs aussi éloignés que la philosophie antique, l’économie ou la neurobiologie actuelle, mais qui ont tous en commun d’éclairer la question de l’inégalité des réussites scolaires et des statuts sociaux.

 

Des idées produites par des hommes

 

Un chercheur en philosophie de la connaissance collecte, analyse et confronte des idées. Ces idées ne sont pas abstraites et ne proviennent pas du néant. Elles ont été, sinon inventées, tout au moins formulées, adoptées ou retransmises par des hommes, par des êtres vivants. Ce sont ces hommes, ces individus, et l’agrégation des idées qui cheminent dans les cerveaux depuis des dizaines de milliers d’années qui font l’histoire des idées.

En matérialiste, nominaliste, individualiste méthodologique et sociologue de l’action, il nous a semblé utile de rendre à ces hommes leurs idées et d’en constituer un « dictionnaire ».

Toute idée nouvelle est la rencontre de connaissances nouvelles et d’idées passées, qui ont été formulées par des hommes. Aussi est-ce rendre hommage à ces hommes qui, tous, chacun dans leur discipline ‑ sociologie, philosophie, psychologie... ‑ ont pu contribuer à enrichir le débat sur les inégalités sociales et scolaires.

 

Un vaste champ interdisciplinaire

 

Notre sujet (« Les implications des nouvelles connaissances en neurobiologie cognitive dans le champ des inégalités socio-scolaires ») présente en outre la particularité d’invoquer des champs disciplinaires très divers, semblant parfois très éloignés les uns des autres. Que peuvent bien s’apprendre mutuellement, par exemple, un astrophysicien nucléaire et un philosophe de la politique ? Apparemment pas grand chose[1]. Il nous a donc semblé intéressant – et important – de regrouper un ensemble de ces auteurs, en les identifiant clairement par leur champ d’action et leurs idées, de façon à ce que le lecteur appréhende mieux l’ensemble du champ de notre question de recherche, ainsi que le rôle et l’intérêt des différents champs disciplinaires convoqués.

Peut-être sera-t-on surpris, ainsi, de voir se succéder, dans l'ordre alphabétique, deux articles aussi éloignés l'un de l'autre qu’Anaxamandre et Anderson, Empêdocle et les « Enragés », Fodor et Fourier, Leucippe et Lieury ou Wittgenstein et Yerkes. Ces hommes ont cependant tous un point commun : les inégalités sociales et scolaires, leurs causes, leur mobilité et stabilité, leur interprétation et traitement par les hommes.

 

Le traitement des articles

 

Chaque auteur est présenté avec ses dates de naissance et de mort, sa catégorie disciplinaire en regard à notre sujet, son pays d'appartenance, sa profession principale, quelques éléments de sa biographie (pouvant parfois éclairer sa démarche ou ses découvertes), sa contribution principale à l'histoire de la pensée et au sujet de notre thèse, et quelques-unes de ses références bibliographiques parmi les plus significatives (il n’a pas toujours paru utile de les énumérer toutes).

Sachant que la brièveté est mère de la lisibilité et de la compréhension, nous nous sommes efforcé de condenser ces différents éléments en paragraphes comportant chacun entre cinq et dix lignes au maximum (sauf exceptions).

 

Les « familles » d’auteurs

 

On trouvera pêle-mêle, dans ce dictionnaire, des sociologues « modernes » des inégalités d’éducation (Boudon, Jencks, Bourdieu, Bernstein, Isambert-Jamati...) des fondateurs de la sociologie (Durkheim, Weber...), des épistémologues (Russell, Popper, Kuhn...), des philosophes classiques (Démocrite, Epictète, Leibnitz, Rousseau....), modernes (L. Ferry, Comte-Sponville...), des nominalistes (Stirner, Ockham...), des philosophes de l’esprit (Fodor, Denett, Putnam, Searle...), des biologistes « historiques » (Empédocle, Cuvier, Lamarck, Darwin, Mendel...), des neurobiologistes actuels (Changeux, Lieury, Damasio...), des psychométriciens et cogniticiens (Binet, Piaget, Chomsky, Gardner...), des hommes politiques (Hébert, Babeuf, Marx, J. Ferry...) ou encore des philosophes politiques (Rawls, Hayek, Giddens...). La liste de ces catégories n’est pas exhaustive.

 

Une table des articles, en fin de document, permet d’avoir une vue globale des auteurs et de pouvoir les retrouver rapidement.


 

 

 

 

 

 

ANAXAGORE DE CLAZOMÈNES (Anaxagoras), philosophe et savant grec de l'école ionienne, Clazomènes 500-428. Biologiste matérialiste et mécaniste. Enseigna à Athènes auprès d'Archélaos, Périclès et peut-être Socrate. Exilé ensuite pour impiété. Accusé d'avoir pratiqué des dissections.

 

ANAXIMANDRE DE MILET (Anaximandros) (610-546 av JC), philosophe et savant de l'école ionienne. De la Nature explique l'univers en faisant de la matière infinie et éternelle le principe de tous les éléments et de tous les êtres finis. Il y a un pressentiment de transformisme dans sa théorie de la genèse des êtres vivants.

 

ANDERSON C. Arnold, sociologue américain. Il a exprimé le « paradoxe » selon lequel une hausse générale des diplômes, ou même une réduction des inégalités de diplôme, n'entraîne pas forcément une réduction des inégalités sociales ni une augmentation de la mobilité sociale, parce que les systèmes scolaire et économique sont disjoints et n’obéissent pas aux mêmes mécanismes logiques.

1961, « A Skeptical Note on Education and Mobility », in Education, Economy and Society, New-York, Free Press.

 

ANOKHIN Peter Khuzmich, cogniticien russe. Parmi ses conceptions d'un grand intérêt pour les neurosciences modernes, on compte la nécessité de considérer plusieurs niveaux d'organisation dans le fonctionnement du cerveau, le caractère multidimensionnel de son fonctionnement et l'utilisation de la notion de « système ». Beaucoup de contributions scientifiques intéressantes sont inspirées par les conceptions d'Anokhin qui de marginales, voire subversives, sont devenues dominantes.

 

ARAGON Louis (1897-1982), poète et intellectuel français, « compagnon de route » du Parti Communiste Français. Ignorant tout de la génétique, il utilise son prestige littéraire et médiatique pour soutenir les théories génétiques environnementalistes, idéologiques et fausses du « généticien » russe Lyssenko, contribuant à son succès en France. Lyssenko prétend notamment que l’action de l’environnement peut modifier le génotype, idée fausse qui laisse espérer la possibilité « d’amélioration » biologique de l’espèce humaine par éducation. L’un des motifs d’enthousiasme d’Aragon, exprimé dans la revue communiste Europe en 1948, est que la génétique classique « décrète l’impuissance de l’homme à modifier le cours des espèces » alors que le lyssenkisme fonde « le pouvoir de l’homme à modifier le cours des espèces, à diriger l’hérédité », donc notamment à « améliorer l’humanité » et éradiquer les différences cognitives et les inégalités sociales (ce qui est l’un des espoirs des communistes).

 

ARISTOTE DE STAGYRE (384-322), philosophe grec. Doté de connaissances encyclopédiques, il est lié à notre sujet de recherche, ou plus exactement à notre posture et démarche, à différents titres : logicien, naturaliste empiriste, biologiste matérialiste, pré-évolutionniste, épistémologue… Comme logicien, il a théorisé le syllogisme dans le discours et le raisonnement en sciences, et est considéré à ce titre comme l'un des pères de la logique. Comme naturaliste empiriste, il a étudié l'astronomie et la zoologie. En observant et menant des expériences sur les animaux, notamment, il en décrivit les habitudes et ébaucha une classification. Comme biologiste matérialiste, il distingua en chaque être vivant la « forme » (ou « entéléchie ») ‑ c'est-à-dire l'être en acte ‑ et la « matière » ‑ c'est-à-dire l'être en puissance. Ce qu’Aristote dénommait la « matière » dans le champ de la vie pourrait préfigurer ce que nous appelons « matériel génétique », qui programme la croissance de l'être ou l'évolution des espèces soumises à la sélection naturelle. Contrairement à Platon, Aristote pensait que la vie était un principe immanent d'organisation de la matière et il était à ce titre un matérialiste de la vie et de la pensée, se distinguant de la métaphysique et des conceptions transcendantales. Comme « pré-évolutionniste », Aristote voyait un ordre hiérarchique des espèces animales jusqu'à l'homme, être « doué de raison ». Pour l’Aristote épistémologue (ou philosophe de la connaissance), enfin, la philosophie ne se résume pas à un brassage de l’histoire des idées philosophiques ni à une spéculation abstraite coupée de l’actualité scientifique, mais découle et ne peut prendre forme que sur la base d'une totalité ordonnée du savoir humain, et y compris notamment le savoir récent : il faut, pour apporter une philosophie neuve, intégrer des connaissances neuves. Se heurtant aux croyances de son époque, il fut condamné pour impiété par l'Aéropage.

Physique ; Du ciel ; De la génération et de la corruption ; Histoire des animaux ; Les Parties des animaux ; De la génération des animaux ; De l'âme.

 

ARON Raymond (1905-1983), sociologue et philosophe français. Il remit en cause les explications monistes et déterministes de l'Histoire, notamment celles du marxisme. Dans l'Opium des Intellectuels, outre qu'il critique l'idéologie marxiste, ultra-égalitaire et révolutionnaire, il émet l'hypothèse que celle-ci remplit chez l'homme une fonction religieuse.

1955, L'Opium des Intellectuels, Calmann-Lévy ;

1965, Démocratie et totalitarisme.

 

ATOMISME : doctrine philosophique des Grecs (Démocrite, Epicure, Lucrèce), qui considère l'univers comme étant formé d'atomes associés par combinaisons fortuites. L'atomisme peut être considéré comme un matérialisme mécaniste.

 

BABEUF François Noël, dit Gracchus (1760-1797), idéologue français, épris d'égalité des conditions sociales. Ecrivit sur le problème de la répartition des terres et de la loi agraire. Après le 9 thermidor, fonda le journal Le Tribun du peuple ou il exposa des théories communistes, influencées par le Code de la Nature de Morelly et visant à l'établissement de la « Société des Égaux ». Il tenta, avec ses amis Buonarroti, Darthe et Maréchal, de renverser le Directoire, dans ce qui s'appellera la « Conspiration des Égaux » mais se soldera par un échec. Il fut arrêté et condamné à mort. Le babouvisme connaîtra de nombreux adeptes, dont les néo-babouvistes Dezamy, Lahautière et Laponneraye.

 

BAECKER G, sociologue de l'action (c’est-à-dire qu’il place l'action de l'individu au centre de l'analyse). Pour lui, l'individu est doué de stratégies rationnelles. Ce modèle utilitariste, dans la lignée de Bentham, envisage l'acteur comme un homo oeconomicus qui maximise au mieux ses intérêts en calculant « le solde de ses coûts et de ses bénéfices ». Sa sociologie entre dans le modèle du choix rationnel.

 

BAUMAN, sociologue. Contre Marx, Bauman affirme que l'histoire n'a pas de « sens ».

 

BAUDELOT Christian, sociologue de l'éducation français. Il suggéra, avec Roger Establet, que l'inégalité sociale était causée par un cloisonnement des filières scolaires, l'une destinée aux « bourgeois », l'autre aux ouvriers. Ce cloisonnement existait effectivement avant que les différentes filières ne soient unifiées dans le « collège unique » établi par René Haby en 1974. Cette unification, toutefois, ne provoqua pas l'abolition des inégalités socio-scolaires escomptée.

1971, L'école capitaliste en France, Maspéro ;

1975, L'école primaire divise, Maspéro.

 

BEGLEITER Henri, neurobiologiste de l'université d’État de New-York. Chargé d'un programme de localisation des différents gènes responsables de troubles du comportement.

 

BELL Daniel, philosophe américain. Il est l’un des représentants de la pensée post-moderne, estimant notamment que les hommes sortent de l’ère des idéologies – posture d’ailleurs peut-être un peu optimiste et historiciste.

1997, La Fin de l’idéologie, Paris, Puf.

 

BENTHAM Jeremy (1748-1832), philosophe anglais. Disciple de Hobbes et d'Helvétius, et fondateur de « l'utilitarisme moral ». Selon Bentham, chaque individu agit en calculant le meilleur rapport possible entre les bénéfices et les coûts et risques potentiels. Le principe « d'utilité » consiste en un « principe du plus grand bonheur du plus grand nombre d'individus ». Sa philosophie peut être considérée comme l'une des bases de l'idéologie libérale au XIX° siècle et elle influencera, entre autres, James et John Stuart Mill.

1789, Introduction aux principes de la morale et de la législation ;

1834, Déontologie.

 

BERNSTEIN Basil, sociologue de l'éducation britannique. Cherchant à connaître les causes de l'inégalité socio-scolaire, il observa une corrélation entre l'appartenance sociale et le registre de langage utilisé. De là, il déduisit une relation de causalité, à savoir que l'inégalité scolaire (et donc sociale) serait déterminée par l'utilisation de deux registres de langage différents dans les classes « bourgeoise » et « populaire ». L'élève échouerait à l'école parce que ses parents emploient un registre dit « restreint », puis deviendrait ouvrier parce qu'il a échoué à l'école (transmettant à son tour à ses enfants le registre de langage « restreint », etc.). Bernstein, toutefois, ne s'interroge pas sur la cause originelle de différences de registres langagiers parmi les hommes, ni ne se penche sur le cas d’élèves qui en dépit d'une origine sociale populaire et d'un registre de langage « restreint » parviennent à réussir de brillantes études et obtenir un statut social « favorisé », ni ne s’intéresse non plus au caractère neurobiologique et naturaliste du langage.

1975, Langage et classes sociales, Minuit.

 

BINET Alfred (1857-1911), psychométricien français. Collaborateur en 1891 puis directeur en 1895 du laboratoire de psychologie physiologique de la Sorbonne, il fonde L’Année psychologique, dont s’inspirera Durkheim pour L’Année sociologique. Chargé par le ministère de l'Instruction publique, en 1904, d'une mission de dépistage des enfants en difficulté à l'école, avec pour objectif humaniste de leur venir en aide, il élabora quelques tests intellectuels relativement rudimentaires, sans pour autant définir encore de notion de « QI ».

 

BLOOR David, épistémologue. C’est un partisan du « relativisme » en science, à savoir que la vérité des idées ou des valeurs serait relative à un lieu, à un temps, à un sujet, voire à un individu, et que la nature ne jouerait qu'un rôle réduit, voire inexistant, dans la construction du savoir scientifique. Les idées de David Bloor (ainsi également que de Barry Barnes) sont dénoncées par Raymond Boudon comme étant une forme de « sociologisme » abusif, ainsi que par Bernard-Pierre Lécuyer, qui y voit « une dissolution complète de l'idée de connaissance scientifique dans l'ensemble des interactions qui font la vie des sociétés ».

 

BLUM Kenneth & NOBLE Ernest, biologistes et généticiens américains, respectivement chercheurs au Health Science Center (université du Texas, San Antonio) et à l’École de médecine de l'université de Californie (ucla). Ils travaillent à la localisation de gènes codant pour l'un des récepteurs de la dopamine, favorisant l'alcoolisme et différents troubles du comportement. Leurs premiers résultats ont été publiés en 1990.

 

BOUCHARD Thomas J., psychologue américain à l'Université du Minnesota, Minneapolis. Il a publié en 1990, dans Science, un compte rendu détaillé d'une étude sur le QI de 100 jumeaux monozygotes séparés de leur famille. Il a également travaillé sur le caractère inné de différents types de comportements, comme l’inhibition, l’optimisme, le conformisme ou la résistance au stress.

1990, « Sources of Human Psychological Difference : The Minnesota Study of Twins Reared Apart », Science, vol.250, 12 octobre.

 

BOUDON Raymond (1934), sociologue français, professeur à l’université de Paris IV ‑ Sorbonne (Institut des Sciences Humaines Appliquées). Il a étudié les inégalités socio-scolaires et élaboré un modèle théorique de mobilité sociale montrant (dans la lignée d’Anderson) que l'élévation générale du niveau de diplôme pouvait ne pas accroître la mobilité sociale. Il s'inscrit dans la sociologie dite « de l'action », qui place l'individu au centre de l'analyse. Pour lui, l'individu construit des stratégies rationnelles, mais selon une rationnalité moins rigoureuse que pour certains autres sociologues de l'action. Sa sociologie est appelée « rationnalité limitée » par H.A. Simon. Son modèle de mobilité sociale cherche également à montrer (en prenant en compte l'origine sociale, le niveau de diplôme ou les choix successifs d'orientation) que la reproduction des inégalités socio-scolaires échappe en grande partie au pouvoir égalisateur du politique. Il s'oppose à la sociologie de Pierre Bourdieu, qui voit la stratification sociale comme une projection implacable des inégalités d'origine, qui serait entérinée par l’École. Il reproche également à la théorie de Pierre Bourdieu d'être dogmatique, en cela qu'elle émet l'hypothèse d'un  « habitus » dont l'existence est prouvée du fait de son invisibilité ou encore que toute objection à la théorie bourdieusienne est interprétée comme sa confirmation (ce qui la rend dogmatique au sens de l’épistémologie poppérienne). L’oeuvre de Raymond Boudon concerne et enrichit notre sujet de recherche selon différents angles : analyse des inégalités socio-scolaires ; choix d’une sociologie de l’action, matérialiste et nominaliste ; modèle théorique de mobilité sociale ; souci de discernement entre valeur et vérité ; et anthropologie des croyances et des valeurs, notamment idéologiques, et parmi elles égalitaires.

1973 (1979), L’inégalité des chances, Paris, Colin ;

1986, L’Idéologie, ou l’origine des idées reçues, Paris, Fayard ;

1990, L’Art de se persuader des idées fragiles, douteuses ou fausses, Paris, Fayard ;

1995, Le Juste et le vrai,

 

BOURDIEU Pierre (1930), sociologue de l'éducation, français, spécialiste des inégalités socio-scolaires. Il fonde sa théorie sur un clivage de la société en « dominants » et « dominés » (sociologie dite de la « domination »), dont les intérêts seraient antagonistes et dont les enjeux et stratégies (monopolisés par les « dominants ») seraient masqués et machiavéliques, paradigme hérité de la théorie marxiste. Pierre Bourdieu pense que l'inégalité sociale est causée par les « valeurs » du milieu d'origine. Selon lui, un « habitus » ‑ consistant en un « système de dispositions intériorisées », ou encore « matrice structurée de perceptions et d'attitudes » ‑ orienterait chaque « agent » (et non pas « acteur ») à l'intérieur de l'espace social, en réglant ‑ à l'insu de son propre entendement ‑ ses choix, ses goûts et ses conduites. Chaque fils d'ouvrier serait ainsi comme « programmé » inconsciemment par les « dominants », avec la complicité active de l’École, pour devenir à son tour ouvrier, ce qui laisserait tout le champ libre aux fils de « dominants » pour « hériter » des places de leurs pères. Pierre Bourdieu entend pratiquer une sociologie « réellement scientifique », libérée de toute influence idéologique ; il dénonce les sociologies concurrentes, comme étant « non scientifiques » et guidées par des « idéologies » (qualifiées de « libérales » ou « réactionnaires »). Ce sociologue « scientifique et impartial » milite et s'engage personnellement, par ailleurs, dans une lutte politique « contre la misère » et les inégalités sociales.

1964, (avec PASSERON J.-Cl.) Les Héritiers, Paris, Minuit ;

1970, (avec PASSERON J.-Cl.) La Reproduction, Paris, Minuit ;

 

BOYSSON-BARDIES Bénédicte de, psycholinguiste et cogniticienne française, directrice de recherche au CNRS. Elle émet l’hypothèse que l'enfant dispose à la naissance de la faculté de parole, sous la forme d’une « circuiterie mentale » inscrite dans les structures biologiques, qui lui permettrait de sélectionner les sons, les signes et les combinaisons de signes de la langue parlée dans son environnement, et de les reproduire.

1996, Comment la parole vient aux enfants, O. Jacob.

 

BRIDGES Calvin Blackmann (1889-1938), généticien américain. Il contribua à l'étude de la localisation des gènes sur les chromosomes et de la détermination chromosomique des sexes.

 

BRIGHAM C.C., psychométricien américain, psychologue à l'université de Princeton. S'appuyant sur les résultats de tests effectués par Yerkes auprès de 1.750.000 soldats, il préconisa en 1923 une restriction et une sélection de l'immigration, détournant ainsi, de façon politique, les tests de Binet de leur intention humaniste première.

 

BROCA Paul (1824-1880), chirurgien et anthropologue français. Il découvre qu'une lésion du cerveau (dans l'aire qui porte aujourd’hui son nom) entraîne la perte de la parole (« aphasie de Broca »). Il en déduit que de petits groupes de neurones servent à voir, à parler ou à entendre. En établissant ainsi le lien entre des comportements observables et des zones précises du cerveau, Broca contribue, après Gall, à l’émergence des futures neurosciences.

1869, Mémoires sur les caractères physiques de l’homme préhistorique ;

1871-1875, Mémoires d’anthropologie ;

1875, Instructions craniologiques et craniométriques.

 

BRUNO Giordano (1548-1600), philosophe italien. Il était partisan de la théorie de Copernic et de l’infinité de l’univers. Annonçant Spinoza, il affirma l’éternité et l’unité de la « Substance ». Arrêté par l’Inquisition, il fut condamné à mort et brûlé vif pour avoir émis des hypothèses scientifiques incompatibles avec les valeurs morales de son époque, illustrant le fait que des connaissances peuvent être déniées et condamnées au nom de motifs idéologiques.

De l’infini, de l’univers et des mondes ;

1996, Oeuvres complètes, 20 volumes, Paris, Les Belles Lettres.

 

BUONARROTI Philippe (1761-1837), homme politique égalitaire français. L'un des chefs de la Conspiration des Égaux contre le Directoire. Il publia en 1828 La Conjuration pour l’Égalité, dite de Babeuf, qui influencera A. Blanqui.

 

BUFFON Georges Louis Leclerc, Comte de (1707-1788), naturaliste français. Il critiqua le caractère selon lui trop systématique de la classification des espèces par Linné. Croyant en la génération spontanée, il expliqua la genèse des espèces (38 types originels) à partir de « molécules organiques ». Il semble avoir admis un transformisme limité, en particulier sous l'influence du milieu, de la nourriture et de la domestication.

Histoire naturelle ; Époques de la nature.

 

BURKS (1928), psychologue américain. Il compara les capacités cognitives d'enfants adoptés ou non. L'étude portait sur 214 enfants abandonnés à la naissance, adoptés à un âge moyen de 3 mois et testés entre 5 et 14 ans avec le « Stanford-Binet Intelligence Scale ». La corrélation observée entre les capacités intellectuelles des enfants adoptés et parents adoptifs fut de 0,20 ; celle entre enfants et parents vivant ensemble, de 0,52. Cette différence des corrélations, deux fois moins élevée dans le cas de l’adoption, montrait que l'éducatif ne détermine pas tout dans la construction de l’intelligence et qu’y entrent pour partie des facteurs naturels. Les travaux de Burks furent rejetés en France, parce que jugés « réactionnaires ».

 

BURT Cyril, psychologue américain. Il définit un « coefficient d'héritabilité » de « l’intelligence » comme étant « le rapport de la variance du caractère attribuable à l'hérédité à la variance totale ». Burt calcula et estima ce coefficient (très contesté) de « 80 % pour l'intelligence innée ». Ce chiffre et cette idée de « proportion » sont très contestables (outre leurs implications morales) d’un point de vue épistémologique, d’abord parce que le QI est une mesure peu fiable de « l’intelligence », ensuite parce qu’inné et acquis s’allient pour produire « l’intelligence » sous forme d’une inextricable émulsion.

 

CABET Étienne (1788-1856), homme politique socialiste français. Adepte de la « Charbonnerie », il participa aux mouvements insurrectionnels contre la monarchie en 1830, fonda le journal « Le Populaire » et, en Angleterre, subit l'influence des théories d'Owen. Dans son roman philosophique Le Voyage en Icarie (1840 et 1842), il prône un communisme pacifiste et utopique. Dans cette société « idéale », tout de même, l’État est omniprésent et omnipotent, la propriété et l’argent sont supprimés, la population est surveillée et contrôlée, la sexualité est refoulée et la presse muselée. Cabet est considéré comme l’inventeur du communisme moderne. Il tentera également – sans succès – de fonder des colonies communautaires.

1832, Histoire de la révolution de 1830 ;

1839, Histoire populaire de la Révolution française de 1789 ;

1840, Le Voyage en Icarie.

 

CAMPANELLA Tommaso (1568-1639), philosophe italien. Il est, avec Platon et Fourier, l’un des précurseurs d’une utopie sociale. Dans son projet politique La Cité du Soleil, il prônait un communisme intégral. Dans cette société « idéale », notamment, et comme dans de nombreux autres projets d’utopie politique, les enfants sont retirés à leur famille dès l’âge de deux ans (l’éducation étant le supposé pilier d’une société « meilleure »).

 

CAPRON Christiane et DUYME Michel, psychologues français. Ils ont publié en 1989 les résultats d'une étude sur le QI d'enfants adoptés montrant les effets de l’éducation sur le développement de l’intelligence. Dans une étude plus récente, parue en 1999, Michel Duyme entend montrer une « prédominance » de l’acquis sur l’inné. Cette hypothèse, motivée par des considérations d’ordre moral, se heurte aux mêmes objections formulées pour Cyril Burt : a-t-il un sens, dans le cadre d’une émulsion de deux composants, de vouloir déterminer une « prédominance » de l’un sur l’autre ?

 

CARNAP Rudolf (1881-1970), logicien et philosophe allemand, élève de Frege. Professeur de logique des sciences à Prague en 1931, il fut l'un des plus éminents représentants du « Cercle de Vienne ». Il émigra aux Etats-Unis où il diffusa les principes du néo-positivisme et fonda avec V. Neurath et Ch. Morris l'International Encyclopedia of Unified Science. Il se proposa d'unifier le savoir scientifique par la constitution d'un langage rigoureux, fondé sur la logique formelle, afin d'éliminer les concepts et les problèmes abscons, douteux, idéologiques et vides de sens. Il tenta de réduire la logique elle-même à une pure question de syntaxe, c'est-à-dire aux rapports entre les signes dans les propositions. Il élargit ensuite sa réflexion aux études de sémantique, c’est-à-dire au rapport des expressions du langage aux objets et situation qu'elle désignent.

1928, La Structure logique du monde ;

1934, Syntaxe logique du langage ;

1947, Signification et nécessité ;

 

CARLIER Michèle, sociologue française des inégalités d'éducation. Elle contredit, dans une étude menée avec Hana Gottesdiener, les thèses de Rosenthal sur le célèbre et prétendu « effet pygmalion » à l'école, qui émet l’hypothèse d’une conformation des résultats de l’élève, quels que soient son milieu d’origine ou ses potentialités cognitives, aux attentes de l’enseignant. Selon ses propres termes, les résultats observés par Rosenthal et Jacobson seraient « aberrants ».

1975, « Effet de l'expérimentateur, effet du maître, réalité ou illusion ? », Enfance, 2, 219-241.

 

CARREL Alexis (1873-1944), chirurgien et physiologiste français. Il émit l’hypothèse d’une transmission héréditaire de facteurs naturels des capacités cognitives. Ses travaux sont rejetés en France pour des raisons politiques.

 

CARROLL John Bissel (1916), psychométricien américain, spécialiste de l’apprentissage du langage et de la pédagogie des langues. Il propose une synthèse entre une origine mono- et pluri-factorielle de l'intelligence : un facteur général (appelé aussi « facteur g » par Spearman et Jensen) dominerait des fonctions générales comme la mémoire, la perception visuelle, la perception auditive, la rapidité cognitive, etc., chacun de ces pôles généraux dominant ensuite des fonctions plus précises. Par ailleurs, son rattachement à la tradition behavioriste de Skinner en fait un auteur plutôt éloigné des thèses de N. Chomsky.

1984, Le langage et la pensée ;

1992, Human Cognitive Abilities, Cambridge University Press.

 

CASTORIADIS Cornelius (1922-1997), philosophe de la politique. Cofondateur du mouvement « Socialisme ou barbarie », il fut, avec Claude Lefort, l’un des premiers hommes de gauche à critiquer le communisme soviétique et le marxisme, pour des raisons d’ordre philosophique et morale.

1975, L’Institution imaginaire de la société.

 

CERCLE DE VIENNE. École ou courant néo-positiviste qui regroupa autour de son fondateur Moritz Schlick plusieurs philosophes, logiciens et savants allemands et autrichiens comme R. Carnap, P. Franck, H. Hahn, V. Kraft, O. Neurath, H. Reichenbach, F. Waismann et, à ses débuts, L. Wittgenstein. Ses thèses sont exposées dans le manifeste Conception scientifique du monde ; le Cercle de Vienne (1929) et dans la revue Connaissance (1930). Marqué par la logique mathématique (Frege, Russell) et par le développement de la physique moderne (théorie de la relativité d'Einstein, des quanta de Planck). Il cherchait à « construire une science de la signification cohérente par une analyse du langage » (d’après R. Caillois) et à éliminer tous les pseudo-problèmes dénués de sens de la « métaphysique ». Il reprit la distinction (comme chez Hume) entre les propositions empiriques – protocoles d'expérience synthétiques, susceptibles de vérification – et les énoncés de la logique de la science analytiques ou tautologiques pour tenter de ramener ces derniers à « des propositions de la syntaxe logique de la langue » (Carnap). Certains membres du Cercle de Vienne, après l'Anschluss, gagnèrent les Etats-Unis où ils exercèrent une forte influence sur des logiciens et épistémologues américains comme Goodman, Quine et White. Leur pensée, en revanche, resta longtemps méconnue en France, dominée alors par le paradigme marxiste, puis par les philosophes de la morale, comme W. Jankélévitch ou P. Ricoeur. Il semble que sa démarche, en revanche, se poursuive aujourd’hui au travers des courants de la « philosophie analytique », de la « logique épistémique » et de la « philosophie de l’esprit ». Ces différents apports sont essentiels pour tenter de discerner ce qui, dans la littérature de sociologie des inégalités d’éducation, relève du fait objectif ou de la valeur morale. Le propagateur des principes du Cercle de Vienne en sciences sociales a été Lazarsfeld (1954), dont le livre a été adapté pour la France par François Chazel et Raymond Boudon (1970).

 

CHAMPENOIX Jean, intellectuel communiste français. Par un article paru le 26 août 1948 dans la revue communiste des Lettres Françaises, Champenoix annonce « un grand événement scientifique » et expose les travaux de Lyssenko sur une prétendue hérédité des caractères acquis.  Le généticien russe communiste Lyssenko prétend en effet que l’action de l’environnement peut modifier le génotype (ce qui promettrait la possibilité de façonner un homme naturellement « meilleur »). Le Parti Communiste Français édicte alors la « bonne » génétique, en opposant sciences « bourgeoise » et « prolétarienne » (la génétique classique étant la « science bourgeoise » et le lyssenkisme environnementaliste la « science prolétarienne »). L’expression « science prolétarienne » sera ré-affirmée en février 1949 à la salle Wagram par l’intellectuel communiste Laurent Casanova, notamment contre le généticien communiste Marcel Prenant, auteur de Biologie et Marxisme, qui se refusait, au sein du Parti Communiste Français, à prêter allégeance aux pseudo-théories de Lyssenko.

 

CHANGEUX Jean-Pierre (1936), neurobiologiste français. Ses recherches portent d’abord essentiellement sur le rôle de l’acétylcholine et les mécanismes de transmission de l’influx nerveux dans la synapse. Dans son ouvrage connu du grand public, L’Homme neuronal, paru en 1983, J.‑P. Changeux montre la matérialité et les mécanismes du cerveau – dans leur genèse, développement et fonctionnement – ainsi que la matérialité de la pensée. Il travaille également sur les relations entre la biologie et l’éthique, les valeurs morales.

1983, L’Homme neuronal, Fayard ;

1994, Les fondements naturels de l’éthique, Paris, O. Jacob

 

CHOMSKY Noam (1928), linguiste américain. Élève de Z. Harris,  influencé par R. Jacobson et les logiciens et cybernéticiens du MIT (Massachusetts Institute of Technology), où il entre en 1954. Selon lui, il est impossible pour le bébé d'acquérir aussi vite le langage uniquement par l'apprentissage et l'imitation, et pense que le nouveau-né « possède un équipement génétique puissant, incluant une connaissance implicite des principes universels qui structurent les langues ». L'enfant, en fait, « n'apprendrait » pas plus à parler que l'oiseau à voler. L'organe linguistique, module du système nerveux, se développerait suivant une série d'étapes réglées par l'horloge biologique, le génotype. L'enfant n'aurait pas besoin d'être encouragé ni porté par un milieu riche linguistiquement : il lui suffirait simplement d'entendre parler autour de lui pour sélectionner les formes spécifiques de sa langue. Le besoin de communiquer ne serait pas primordial à l'humain pour vivre. Le langage serait une véritable structure sous-tendant la pensée. La grammaire générative-transformationnelle de Chomsky se décline déjà en plusieurs courants théoriques : théorie « standard », théorie « modifiée », théorie « sémantique générative », etc... L’hypothèse de la détermination biologique du langage soulève la question de la diversité des registres langagiers observés parmi la population (cf. B. Bernstein) et de la diversité des génotypes. Si le langage est un important facteur de réussite ou d’échec scolaire et social, et si sa structure neurobiologique est façonnée par des facteurs naturels, alors on a là un élément d’explication de la formation et de l’origine des inégalités sociales, ainsi que de leur reproduction et mobilité relatives. Le naturalisme de Noam Chomsky ne l’empêche pas, par ailleurs, de défendre des opinions politiques « radicales » au sens américain du terme, c’est-à-dire « progressistes » sur le plan social.

1957, Syntactic Structures ;

1965, Aspects of the Theorie of Syntax ;

1966, Topics in the Theory of Generative Grammar ;

1968, Le Langage et la Pensée (Langage and Mind).

 

CHURCHLAND Patricia S., neurobiologiste et philosophe américaine, professeur à l’université de San Diego, Californie. Matérialiste cognitiviste moniste, elle estime que le langage ordinaire de la psychologie est un obstacle à la compréhension des faits. Pour elle, par exemple, les idées « d’idée », de « croyance » ou de « représentation » sont des notions et constructions intellectuelles obsolètes, des croyances fausses, qu’il faut abandonner. De la même façon, les notions de « volonté », de « croyance » ou de « conscience » apparaissent aujourd’hui comme des notions floues, peu rigoureuses ou mystiques. En ce sens, la seule philosophie possible de « l’esprit » serait la science du cerveau elle-même. Patricia Churchland propose une réduction de la psychologie mentaliste – de la « folk psychology » – par les neurosciences. Cette posture radicale du matérialisme cognitif en philosophie de l’esprit est dite « éliminativiste ».

1986, Neurophilosophy, toward a unified science of the mind, MIT Press.

 

CLONINGER C. Robert, psychologue naturaliste américain (université Washington, Saint-Louis, Etats-Unis). Cloninger estime que la « personnalité » humaine est composée de sept traits principaux, dont trois – ceux du « tempérament » – seraient naturels et innés, et quatre – ceux du « caractère » – seraient modelés par l’environnement. Les quatre traits du « caractère » (acquis) seraient : l’autonomie, la coopérativité, la stabilité affective et la transcendance du soi. Les trois traits du « tempérament » naturel seraient : la recherche de la nouveauté, l’évitement de la souffrance et le besoin de récompense. D’autres chercheurs (comme Richard Ebstein ou Dean Hamer) s’emploient à trouver les bases neurobiologiques, neurochimiques et génétiques de ces trois caractères naturels. La recherche de la nouveauté semblerait causée par la compensation d’une carence en dopamine dans les neurones post-synaptiques ; l’évitement de la souffrance, par un trop fort largage présynaptique de sérotonine ; et le besoin de récompense, par une hypo-noradrénergie. Il est vraisemblable que la variabilité de ces traits naturels de tempérament parmi les génotypes explique une partie de la variabilité de « réussite » scolaire chez les élèves et de « réussite » sociale chez les adultes – en marge des potentialités cognitives ou de facteurs sociaux. Ces traits, par ailleurs, se transmettent en partie de parents en enfants par les voies naturelles et génétiques.

 

COMINGS David, neurobiologiste et généticien américain, à la City of Hope Medical Center, Duarte, Californie. D. Comings étudie les facteurs naturels du comportement et a publié en 1991 des résultats confirmant les hypothèses de Kennet Blum et Ernest Noble sur la localisation de gènes codant l'un des précurseurs de la dopamine. Comings estime qu'il existe sur l'adn au moins 30 gènes impliqués dans le métabolisme des neurotransmetteurs (dopamine, noradrénaline et sérotonine), lesquels sont impliqués dans l'agressivité ou différentes autres processus cognitifs.

 

COMMUNISME. « Ordre social où règne une égalité de destin entre les individus » (1994, Dictionnaire des sciences humaines). Marx définissait un « communisme primitif », comme l’état des chasseurs-collecteurs dans lequel l’absence de stocks empêche une différenciation sociale durable, et un « communisme achevé », fin de la division de la société en « classes ». Le système cohérent de représentations (d’idées et de valeurs) formant la pensée communiste comprend l’espoir de pouvoir égaliser les degrés d’efficience cognitive entre les élèves, les niveaux de diplôme, les statuts sociaux et les revenus, et les idées selon lesquelles les enfants naissent dotés de potentialités cognitives équivalentes et que l’environnement a le pouvoir de moduler et améliorer ces potentialités. D’autres franges du communisme (ou du socialisme), néanmoins, plus modérées, démocratiques et républicaines, admettent la diversité naturelle des êtres humains (tant sur le plan de l’efficience cognitive que du tempérament) et s’attachent plus à une égalité sociale des chances de réussite.

 

COMTE Auguste (1798-1857), philosophe et sociologue français. Ancien élève de l’École Polytechnique et penseur au savoir encyclopédique, il souhaitait « terminer l'époque révolutionnaire en faisant converger les esprits vers une doctrine unique » que serait le « positivisme ». A. Comte envisageait de réorganiser la société en faisant de la politique une « science positive et physique ». Il pensait que l'homme suit une évolution intellectuelle et sociale, le faisant passer d'une interprétation religieuse, imaginaire et métaphysique des phénomènes à une recherche objective des faits et des lois. Il fut interné en 1829, à l'âge de 31 ans, pour une crise psychologique grave. A. Comte a classé les sciences par ordre décroissant de généralité, et croissant de complexité, et à savoir : les mathématiques, l'astronomie, la physique, la chimie, la physiologie et la « physique sociale » ou « sociologie », terme créé par lui. Il dérivera vers le religieux et le mystique, en professant le culte du « Grand Être de l'humanité », avec comme devise « L'Amour pour principe, l'Ordre pour base et le Progrès pour but ».

 

COMTE-SPONVILLE André, philosophe français. « Néo-stoïcien », il considère que le « dé-espoir », c'est-à-dire le renoncement à l'espérance illusoire d'un lendemain meilleur ou de croyances fausses, est le seul chemin permettant de construire son bonheur. Il s’est également intéressé au discernement entre fait et valeur, et a discuté, avec Luc Ferry, des implications de la neurobiologie dans le champ de la morale et de la philosophie politique.

1984 et 1988, Traité du désespoir et de la béatitude, 2 tomes : Le Mythe d'Icare & Vivre, Paris, Puf ;

1994, Valeur et Vérité, études cyniques, Paris, Puf.

(avec Luc Ferry), 1998, La Sagesse des Modernes, Paris, Laffont.

 

CONDORCET, Marie Jean Antoine de CARITAT, marquis de (1743-1794), philosophe et homme politique français. « Il forge une explication de l’évolution probable des sociétés », liée au développement des connaissances et des techniques, qui « conduirait (...) à la résolution des inégalités et misères engendrées par le marché libre » (Dict. des Sc. Hum.). Député à l'Assemblée législative et à la Convention, il propose en 1792 un projet de réforme de l'instruction publique. Dans « Esquisse d’un tableau historique des progrès de l'esprit humain » (1795), écrit en prison, il exprime l'idée que le progrès intellectuel et moral de l'humanité peut être assuré grâce à une éducation bien orientée. Condorcet marque le début d’une longue histoire du développement et de réformes du système éducatif français. Ses travaux sur l’éducation, suggérant que l’école s’ouvre à tous, que des talents émergent au sein de tous les milieux sociaux, et réclamant une égalité sociale des chances de réussite (mais pas l’espoir d’égalisation ou d’uniformisation des capacités et des statuts), conservent toute leur actualité.

1795, Esquisse d’un tableau historique des progrès de l'esprit humain, 1933, Griard.

 

COOLMAN J., sociologue de l'action (plaçant l'action de l'individu au centre de l'analyse). L'individu, selon Coolman, est doué de stratégies rationnelles. Son modèle « utilitariste », dans la lignée de Bentham, envisage l'acteur comme un homo oeconomicus, qui maximise au mieux ses intérêts en calculant « le solde de ses coûts et de ses bénéfices ». Il s’agit du modèle dit de « choix rationnel ». Notons que ce modèle n’exclue pas le fait que l’acteur puisse se fonder sur des croyances fausses ou des mobiles qui ne sont pas forcément conscients de façon claire.

 

CRICK Francis (1916) et WATSON James (1928), biologistes britanniques. Ce sont eux qui, alors qu'ils ne sont qu'étudiants, découvrent en 1953 la structure en double hélice de l'adn. Ils obtiennent en 1962 le Prix Nobel de médecine, partagé avec le biophysicien britannique Maurice Wilkins (1916). James Watson aura pour mission en 1987 de conduire le « Human Genome Project », c'est-à-dire le décryptage du génome humain. Professeur à Cambridge, de son côté, F. Crick s’intéresse également à la matérialité de la conscience humaine. La découverte de l’ADN est la base de la génétique moderne et renouvelle le regard porté sur l’homme.

 

CUVIER Georges, baron (1769-1832), zoologue et paléontologue français. Ses nombreuses observations sur les groupes d'animaux les plus divers l'amènent à formuler les principes anatomiques fondamentaux de la subordination des organes, c’est-à-dire que toute modification dans une partie de l'organisme provoque des modifications ailleurs. Cuvier étudie également la corrélation des formes d’organes. À partir de ces principes, il tente d'établir une classification zoologique (vertébrés, articulés, mollusques et radiés). Il parvient à reconstituer des vertébrés fossiles, prouvant l'existence d'espèces disparues et fondant la discipline de la « paléontologie ». Ses travaux serviront de base aux théories « transformistes », (alors qu’il est lui-même partisan de la théorie de la préformation et du fixisme et qu'il combat les idées de Lamarck et de Geoffroy Saint-Hilaire). Cuvier est à l'origine de la biologie structurale et fonctionnaliste moderne.

1800-1805, Leçons d'anatomie comparée ;

1812-1813, Recherches sur les ossements fossiles ;

1816-1817, Le Règne animal distribué selon son organisation ;

 

DAMASIO Antonio, neurobiologiste américain, directeur du département de neurologie de l'Université de l'Iowa. Il a montré les caractères physiologiques, matériels et interactifs de l’émotion et du raisonnement. Damasio pense que l'émotion, l'affect, jouent un rôle important dans l'élaboration de la pensée rationnelle. Ayant observé que des patients dénués d'émotion ne pouvaient plus prendre de décision, il en déduit que l'émotion est à la source de la « raison » et de « l'intelligence », en est l’un des moteurs essentiels.

1995, L'Erreur de Descartes, la raison des émotions, Paris, O. Jacob.

 

DANTON Georges Jacques (1759-1794), homme politique français. Élu à la Convention, il prononce le 13 août 1793 son fameux discours : « Après le pain, l’éducation est le premier besoin du peuple », dans lequel il affirme la nécessité et l’intérêt pour la nation d’investir dans une école gratuite ouverte à tous, dans laquelle chacun puisse développer pleinement ses potentialités, quelles que soient l’origine sociale. Le coût de cette école importerait peu, selon Danton, puisqu’elle serait un investissement à moyen et long terme pour la richesse de la nation.

 

DARWIN Charles Robert (1809-1882), naturaliste anglais. Géologue, biologiste et psychologue, Darwin fut l'un des principaux théoriciens du transformisme. Ayant constaté la variabilité des espèces selon le lieu et l’époque, il explique celle-ci par « l'action » directe ou indirecte du milieu, l'exercice ou le défaut d'exercice des organes (idées déjà exprimées par Lamarck) et par « l'action » de petites variations brusques et spontanées sur lesquelles joue le mécanisme de la « sélection naturelle ». Cette idée lui fut suggérée par la pratique de la « sélection artificielle » et surtout par la théorie de Malthus. Il définit la « sélection naturelle » comme « la persistance du plus apte à la conservation des différences et variations individuelles favorables, et à l'élimination des variations nuisibles ». Ainsi, dans la « lutte pour la vie », la sélection naturelle, par la mort différenciatrice, maintient l'équilibre entre l'espèce et son milieu. La théorie de Darwin (darwinisme) eut l'appui de nombreux savants (T.H. Huxley), mais fut longtemps violemment combattue par les milieux conservateurs et religieux, indépendamment de sa validité scientifique. Sa théorie fut également détournée à des fins idéologiques, aussi bien libérales, progressistes, que ségrégationnistes ou eugénistes. La principale cause de trahison et de détournement idéologique de la théorie darwinienne semble venir de son attribution d’une intention, d’une finalité (alors que la « sélection » est l’agrégation aveugle de phénomènes individuels) ou d’un caractère violent, concurrentiel ou exterminateur (alors que la « sélection » n’opère, de façon pacifique et imperceptible, que par la variabilité du degré de reproduction, entre individus ou entre espèces).

La découverte de l’ADN et la génétique moderne ont renouvelé et réactualisé la théorie de Charles Darwin. On sait aujourd’hui que les bases azotées constituant l’ADN sont modifiées par des bombardements de radiations ou de rayonnements cosmiques, qui provoquent des modifications dans la structure des protéines synthétisées par le ribosome, lesquelles provoquent à leur tour des modifications dans les organes physiologiques et cérébraux, ainsi donc que dans les comportements ou les efficiences sensorielles ou cognitives. Celles de ces modifications génétiques qui favorisent la longévité et la reproduction de l’organisme sont retransmises aux générations suivantes et se répandent parmi la population. L’évolution naturelle des espèces est donc causée en premier lieu par le hasard, et n’est pourvue d’aucune finalité ni enjeu idéologique, les principes politiques d’une société étant librement choisis et débattus par ses citoyens.

1859, De l'origine des espèces au moyen de la sélection naturelle ;

1868, De la variation des animaux et des plantes domestiques ;

1871, De la descendance de l'homme ;

1876, Effets de la fécondation directe et de la fécondation croisée dans le règne végétal.

 

DARWIN Erasmus (1731-1802), médecin et poète anglais, grand-père de Charles Darwin. Sa Zoonomia ou « Lois de la vie organique » (1794-1801) en fait un précurseur du transformisme. L’ouvrage sera critiqué par Brown.

 

DARWINISME SOCIAL. Doctrine politique et sociale ayant cru pouvoir s’appuyer sur la théorie évolutionniste de Charles Darwin pour légitimer le choix politique de favoriser les « plus aptes » et ne pas secourir les « plus faibles ». Cette exploitation de Darwin est abusive et infondée puisque, sur la forme, elle opère un glissement, un dérapage entre une connaissance objective et neutre, et une prescription normative, ce qui est irrecevable d’un point de vue épistémologique. Sur le fond, ensuite, une application politique de la théorie de Charles Darwin n’est pas fondée parce que d’abord l’évolution naturelle ne poursuit pas de fin, parce qu’ensuite la « sélection » ne s’exprime pas par une concurrence ou une lutte directe entre individus mais par la meilleure reproduction de certaines espèces ou certains individus pour des raisons qui échappent à leur observateur contemporain, et parce qu’enfin l’évolution naturelle a également « sélectionné » chez l’homme un instinct altruiste et solidaire, probablement parce que celui-ci est bénéfique à la perpétuation de l’espèce.

 

DAVIDSON Donald, logicien et philosophe de l’esprit américain. Il propose une théorie du savoir où les croyances chez l’acteur sont associées en un réseau cohérent, dont le contenu et la validité sont confirmés (aux yeux de l’acteur) par des informations extérieures. Sa théorie pourrait illustrer la façon dont sont associées de façon cohérente (comme justification mutuelle) des croyances et des valeurs, qui forment ainsi un système cohérent de réprésentations, ou « idéologie ».

 

DEBRAY Régis (1940), intellectuel et philosophe français. Il est l’un des rares auteurs (avec J. Verdès-Leroux, O. Mongin ou R. Boudon), et pourtant jugé « de gauche », à avoir objecté ouvertement la pensée et la méthode de Pierre Bourdieu. Sa critique négative de l'ouvrage « Sur la télévision » est parue dans l'article « Savants contre docteurs », dans Le Monde du 18 mars 1997.

 

DEBRAY-RITZEN Pierre, psychiatre français, spécialiste de la dyslexie. Il émit et défendit l’hypothèse d’une origine naturelle de la « dyslexie », trouble scolaire qui empêche les enfants d'apprendre à lire. Selon P. Debray-Ritzen, l'hypothèse culturaliste, inspirée par l’idéal égalitaire marxiste, qui dénie toute différence cognitive à la naissance, présente l'inconvénient (outre qu’elle se trompe) de rechercher des causes là où elles ne sont pas, et de culpabiliser à tort parents et éducateurs. P. Pierre Debray-Ritzen estimait également que l'hypothèse culturaliste privait les enfants dyslexiques d'une véritable prise en charge et rééducation efficaces, les condamnant à un échec scolaire et social durable. Le psychiatre fut violemment critiqué en son temps par les intellectuels de gauche, psychologues et psychanalystes, qui voyaient en lui un idéologue « réactionnaire ». Il fut également critiqué pour avoir soutenu l'hypothèse de facteurs naturels dans le développement des capacités cognitives. L’origine naturelle de la dyslexie (et d’autres capacités cognitives) est aujourd'hui reconnue par les scientifiques. Les travaux de P. Debray-Ritzen, rejetés et taxés de « réactionnaires » alors qu’ils étaient fondés d’un point de vue scientifique, illustrent un cas de déni de la vérité au nom de valeurs idéologiques (comme en leur temps Galilée, Giordano Bruno ou Charles Darwin). Il est également l’illustration du phénomène de « vernis moral », qui consiste à discréditer une hypothèse d’ordre objectif avec des arguments d’ordre moral, parce que cette hypothèse menace l’intégrité d’un système cohérent de représentations (ou « idéologie »), menaçant également en aval, par contrecoup, des intérêts privés.

1978, Lettre aux parents des petits écoliers, Paris, Albin Michel.

 

DÉMOCRITE D'ABDÈRE (460-370), philosophe grec. Il est l'un des plus anciens matérialistes connus. Il a précisé et développé notamment la théorie atomiste de Leucippe, première physique complètement matérialiste, qui exclut la nécessité d'intervention des dieux dans l'explication de l'univers. Démocrite affirme que les qualités sensibles (la couleur, l’odeur, etc.) sont purement subjectives et que les vrais principes des choses sont le vide et les atomes, particules insécables et éternelles, dont les propriétés sont la grandeur, la forme et le mouvement. La physique de Démocrite s'accompagne d'une pensée morale qui prescrit à l'homme une maîtrise de ses désirs et idéaux, pouvant relever d’une posture pré-stoïcienne.

 

DENNETT C. Daniel (1942), philosophe de l’esprit, américain. Pour Daniel Dennett (Tufts university, Massachusetts), l'intentionnalité est une manière commode d'interpréter les comportements d'autrui, mais elle n'est peut-être pas une réelle propriété du psychisme. Il semble vraisemblable que les états internes d'un ordinateur ne sont pas des croyances ni des désirs authentiques semblables aux nôtres, qu’il n'attribue pas véritablement de signification aux symboles qu'il manie, qu’il n'est pas muni d'une « intentionnalité ». Mais dans ce cas, qu'est-ce qui nous prouve que nous, être humains, différions de l'ordinateur (puisque tout comme lui nous ne sommes faits que de matière) ? Si nous attribuons des désirs et des croyances à l'ordinateur par pure commodité, n’en serait-il pas de même lorsque nous attribuons des représentations, des croyances ou des désirs à un être humain ? Peut-être « l'intentionnalité » prêtée à autrui n'est-elle qu'une illusion, une apparence. Réciproquement, peut-être « l'intentionnalité » qu'autrui voit en nous n'est-elle que l'effet de calculs ou d'actions dont le sens effectif nous échappe. En suggérant que « l'intentionnalité » peut être factice chez l'homme, Dennett jette le doute sur l'existence d'une intentionnalité réelle, « originaire ». Denett pousse très loin, dans le domaine de l’activité mentale, le paradigme matérialiste : peut-être le cerveau des hommes n'est-il qu'une machine matérielle dénuée d'intentionnalité propre. Sa vision du monde relativise les prétentions et ambitions de l’être humain.

1990, La Stratégie de l'interprète, Gallimard ;

1993, La Conscience expliquée, O. Jacob, Paris.

 

DESCARTES René (1596-1650), savant et philosophe français. À la fois père de l'idéalisme moderne (inaugurant une philosophie du « Sujet ») et celui du matérialisme mécaniste et géométrique. Ses « Méditations métaphysiques » sont ambiguës : dualistes en apparence, vues de notre époque, on pourrait en réalité les considérer – si on les resitue dans leur contexte religieuse et spiritualiste – comme une prudente porte ouverte sur le matérialisme. À la fin de sa vie, le philosophe renouera avec la pensée stoïcienne, en considérant qu'il vaut mieux « tâcher de changer ses désirs plutôt que l'ordre du monde ».

 

DESTRADE C., neurobiologiste français bordelais. A montré, avec son équipe, dans les mécanismes d’apprentissage et de mémorisation, les différentes étapes du passage de l’information à travers les différentes zones du système limbique, avant stockage de cette information parmi le néo-cortex des hémisphères cérébraux. Travaux à paraître.

 

DE VRIES Hugo (1848-1935), botaniste hollandais. De Vries vérifia les lois de l’hérédité de Mendel. À la suite d’observations sur une plante de la famille des « Onagrariés » (Oenothéra Lamarckiana), il découvrit, au fil des générations successives, un phénomène de variations brusques, discontinues et héréditaires, qu'il nomma « mutations ». Il en déduisit que celles-ci pouvaient constituer le moteur essentiel de l'évolution (le « mutationnisme »). Les découvertes génétiques confirmèrent l'existence de mutations et en précisèrent le mécanisme, même si leur valeur pour l'évolution fit l’objet de débats controversés.

1900-1903, Théorie de la mutation ;

1908, Espèces et Variétés, leur naissance par mutation.

 

DEZAMY Théodore (1808-1850), idéologue français, socialiste, éditeur du journal « L’Égalitaire » (1840). Il critiqua le socialisme chrétien de Lamennais ainsi que le communisme utopique de Cabet dont il avait été le collaborateur (Code de la communauté, 1842). Membre du groupe néo-babouviste, il fut l'un des premiers représentants du socialisme matérialiste en France.

 

DIDEROT Denis (1713-1784), écrivain et philosophe français. Expose sa pensée matérialiste et athée dans sa « Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient » (1749), œuvre lui valant d’être emprisonné à Vincennes pour quelques mois. S'intéressant aux sciences expérimentales (De l'interprétation de la nature, 1753), Diderot défend un matérialisme moniste et continuiste qui s'oppose à la fois au dualisme, au cartésianisme et au matérialisme mécaniste (Réfutation de l’homme d'Helvétius). Diderot s'intéressait beaucoup à la biologie et sa pensée se nourrissait d'innombrables lectures de travaux de ses contemporains, parmi lesquels Haller, Buffon, Maupertuis, et les médecins Bordeu, Tronchin, Petit et Roux, ainsi également que les philosophes Bentham, Hume et Locke. Dans « l'Entretien entre d'Alembert et Diderot » (1769), il exprime les idées selon lesquelles les êtres vivants et la pensée sont matériels, les hommes ne diffèrent pas des animaux, la vie est une forme d'organisation particulière de la matière, les espèces évoluent, l'être humain n'occupe pas de position priviligiée dans l'univers, et les mots et les idées sont des constructions abstraites produites par le cerveau mais qui n'existent pas dans la réalité. Visionnaire, Diderot considère la mémoire comme la « vibration d'une corde sensible » dans le cerveau, qui n'est pas sans évoquer l'électrisation des synapses. Le philosophe se distingue également d’Helvetius en défendant l’hypothèse d’une préformation et d’une diversité native du cerveau, de la personnalité et des potentialités cognitives. Les hypothèses d’égalité et de virginité natives présentaient en effet selon lui le risque de voir émerger des idéologies prométhéennes tentées par le « modelage cérébral » de l’enfant dans l’objectif (irréaliste) de créer un « surhomme » ou une société idéale (aux conséquences inconsciemment criminelles). Sur un plan méthodologique, Diderot, hostile aux spéculations absconses et douteuses, et soucieux d’ouvrir le savoir à tous, prônait l'usage de l'exemple concret dans les démonstrations et théories scientifiques. Sur un plan moral et politique, Diderot pensait que l'homme éprouve du bonheur à être bon, que bonheur et vertu sont liés, et estimait qu'une morale (une loi) sociale peut faire coïncider bonheur individuel et bien général.

1749, Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient ;

1753, De l’interprétation de la nature ;

1763, Réfutation de l'homme d’Helvétius ;

1769, Entretien entre d'Alembert et Diderot ; le Rêve de d'Alembert ; Suite de l'entretien.

1778, Éléments de physiologie ;

Fontenay E. de, 1984, Diderot ou le Matérialisme enchanté, coll. « Biblio-Essai », Le Livre de Poche.

 

DILTHEY Wilhelm (1833-1911), épistémologue allemand. Il distinguait et opposait entre les sciences celles « de l'esprit » et celles « de la nature ». L'objet de ces dernières serait la réalité physique, laquelle s'explique par un système de causes et de lois. Mais pour rendre compte de la réalité humaine, en revanche, il faut, selon Dilthey, faire appel à une autre démarche, qui prenne en compte la subjectivité et le sens que les êtres humains donnent à leur action. L'objet des « sciences de l'esprit » est donc le monde des idées, des valeurs et des projets, qui ne peuvent s'appréhender que par la « compréhension », c'est-à-dire la perception intérieure des visions du monde par les sujets. Dilthey fonde là une conception « discontinuiste » des sciences, qui s’oppose au « continuisme » dans la « querelle allemande des méthodes ».

1883, Einleitung in die Geisteswisseschaft,  (Introduction aux sciences de l'esprit) ; trad fr. 1942, Introduction aux sciences humaines, PUF.

 

DUMONT Louis (1911-1997), anthropologue français, spécialiste des questions et valeurs d'égalité et d'inégalité dans les sociétés. Dans son livre Homo Hierarchicus, consacré à l'étude des castes en Inde, L. Dumont émet l’hypothèse que le système des castes repose sur une conception de l'humanité inégalitaire et hiérarchique parfaitement admise et intégrée par tous. Ce serait là une véritable cosmologie de l'ordre social. En Occident, cette division de la société aurait d'abord prévalu… jusqu'à l'émergence de la modernité, porteuse à la fois de l'individualisme et d'une conception égalitaire des relations entre personnes.

1966, Homo Hierarchicus ;

1977-1991, Homo Aequalis ;

1983, Essais sur l’individualisme.

 

DURKHEIM Émile (1858-1917), historien, sociologue et philosophe de la connaissance français. Professeur à la Sorbonne en 1902, il y fonde et occupe en 1913 la chaire de « sociologie ». Dans la lignée du positivisme d'Auguste Comte, E. Durkheim souhaitait faire de la sociologie une science propre et autonome. Il affirme la spécificité de « faits sociaux », qui existent indépendamment des phénomènes organiques ou psychiques individuels : les « faits sociaux » seraient des « manières d'agir, de penser et de sentir, extérieures à l'individu, et qui sont doués d'un pouvoir de coercition en vertu duquel ils s'imposent à lui ». Observant une corrélation entre le type de religion pratiquée et le taux de suicide, Durkheim suggère que l'une est la cause de l'autre, que la religion, « fait social », exerce une détermination de cet acte individuel par excellence qu’est le suicide. Sur la base de cette hypothèse de causalité (en excluant l’hypothèse que suicide et religion seraient parallèlement déterminés par un tiers élément inconnu), il fonde la discipline, qu'il veut « scientifique », de la « sociologie », selon laquelle des « faits sociaux » déterminent les actes individuels. Cette hypothèse fondatrice de la sociologie peut être discutable, puisqu'il n'est pas interdit de penser aujourd’hui, à la lumière des connaissances en neurobiologie, que des phénomènes invisibles aux yeux du sociologue (par exemple une surproduction de neurotransmetteurs béto-carbolines, anxiogènes et mnésiques) puissent déterminer des actes individuels corrélés (suicide et réussite scolaire), dissipant l'illusion d’une relation de causalité entre l’un et l’autre. Il n'est donc pas certain que des « faits sociaux » existent, et encore moins que ces « faits » influencent l’action des individus. Durkheim a néanmoins noté que le suicide se produit le plus souvent en phase de cycle de croissance économique positif parce qu’alors les attentes de l’acteur ont plus de chances d’être déçues que satisfaites par la réalité. Il importe toutefois de nuancer la réputation très « structuraliste » et déterministe qui est généralement faite à Durkheim : celui-ci accordait en réalité une grande importance à l’autonomie et à la responsabilité de l’acteur. E. Durkheim est par ailleurs un important précurseur de l’anthropologie des croyances religieuses.

Estimant que le principal intérêt de la sociologie était d’essayer d’élucider les phénomènes paradoxaux, mystérieux, il pensait que les « croyances magiques » ne sont pas de simples illusions aux yeux des acteurs mais que celles-ci se fondent sur de véritables cheminements rationnels, identiques à ceux des scientifiques. Il ne voyait pas de différence, à ce titre, entre la construction d’une croyance religieuse ou scientifique : toutes deux procèdent en effet d’une tentative d’explication, de rationalisation des phénomènes du monde ; l’explication du cancer ou de la force gravitionnelle par un scientifique occidental est analogue à l’explication de la pluie par un sorcier ou un « magicien » primitif. Durkheim préfigure par ailleurs le théorème de Duhem-Quine selon lequel un scientifique mis en difficulté par une faille dans sa théorie ne peut pas en analyser lui-même les causes ni l’origine, aveuglé qu’il est par sa propre théorie ; il est tel un poisson qui ne peut pas voir l’océan. Pour Durkheim, lorsqu’un phénomène naturel est trop complexe ou inaccessible à l’intelligence humaine (comme la pensée, la mort ou les limites du temps et de l’espace), l’acteur le formule de façon symbolique, mystique, religieuse (« l’âme », « Dieu », « le paradis »...). Durkheim estime d’ailleurs que « l’âme » exprime la « dualité sociale » du sujet, déchiré entre ses désirs individuels et les normes collectives. Selon sa « théorie des catégories », les croyances et les théories de l’acteur seraient influencées et formées par le type d’activité qu’il exerce, cette activité générant des besoins cognitifs particuliers.

E. Durkheim est enfin, de surcroît, un passionnant historien de l’éducation et de la pédagogie.

1893, La Division du travail social ;

1895, Règles de la méthode sociologique ;

1897, Le Suicide.

1912, Les formes élémentaires de la vie religieuse : le système totémique en Australie ;

1938 (1990), L'évolution pédagogique en France.

 

DURU-BELLAT Marie, sociologue des inégalités d'éducation, française. Elle a réalisé de nombreuses études analysant les cursus, les flux, l'orientation et les inégalités scolaires.

1997, « L'évolution des inégalités sociales dans le système éducatif français », Actes d’un séminaire DEP-IREDU ;

 

ECCLES John Carrew (1903), neurologue australien. Prix Nobel de médecine en 1963. Se distingue des philosophes de l'esprit et des neurobiologistes purement matérialistes en cela qu'il propose une « physique quantique » supposée expliquer les mécanismes – mystérieux – de la pensée et de la « conscience ». Pour Eccles, la pensée peut s'expliquer par des causes matérielles, mais relevant d'une physique plus fine et plus subtile que celle qui est connue actuellement. L'hypothèse d'Eccles est admise (en tant qu’hypothèse) par les scientifiques, mais avec la réserve selon laquelle elle contribuerait à entretenir une conception immatérielle, dualiste, de la pensée humaine, dont « le résultat (...) serait de retarder les progrès de l'étude scientifique de la conscience avec les moyens de la neurobiologie actuelle », comme le note Jean Delacour (1994, Biologie de la conscience).

 

ÉCOLE DE FRANCFORT (1930-1945). Courant de philosophes, fortement inspirés de morale, d’obédience marxisante. Ce courant de pensée développe une « Théorie critique », inspirée du marxisme qui s'attaque à la raison techno-scientifique comme instrument de « domination » et « d'aliénation ». On y compte M. Horkheimer (1903-1973), ou Theodor Wiesengrund Adorno (1903-1969). Ont été produit dans ce cadre des ouvrages de philosophie de la connaissance, comme ceux d'Herbert Marcuse (1898-1979), Américain d'origine allemande, inspiré par la dialectique hégélienne et les découvertes psychanalytiques interprétées à la lumière du marxisme. Marcuse pensait que la société d'abondance vise à réduire l'individu, à endiguer les forces révolutionnaires, les « éléments explosifs et antisociaux de l'inconscient », et il croyait à l'avènement d'une société nouvelle, qui ne serait plus « répressive ».

 

EDELMAN Gerald Maurice (1929), biochimiste américain. Directeur du Neurobiology Department du Scripps Research Institute (La Jolla, Californie). Prix Nobel de médecine en 1972, il a étudié et essayé de montrer les mécanismes biologiques et chimiques, matériels, de la pensée humaine. A élaboré notamment une théorie du développement du cerveau, appelée « darwinisme neuronal », qui illustre l'influence conjointe des gènes et de l'environnement.

1992, Bright Air, Brillant Fire : On the Matter of Mind, New York, Basic Books.

 

ÉGALITARISME. Valeur morale, idéal ou système de représentations visant à « l’égalité » des hommes. Il existe plusieurs nuances de l’égalitarisme, allant du politique jusqu’au socio-économique. Dans sa version politique, il cherche l’égalité de droit et de dignité à la naissance. L’une de ses conséquences sociales et scolaires la plus communément admise est la recherche de l’égalité sociale des chances à épanouir ses potentialités et aspirations personnelles. Une version plus empreinte d’égalité économique estime que « les hommes doivent se différencier par leur seul talent, ce qui suppose des conditions de départ dans la vie strictement égales » (Gresle, 1994, Dict. Des Sc. Hum.). Une troisième version, encore, aspire à l’égalité (et à l’égalisation) des niveaux de réussite scolaire, des diplômes et des revenus, cette perspective étant considérée comme possible et réalisable. « L'égalitarisme », sous ses formes aussi bien politique qu’économique, apparaît et se répand dans les esprits en Occident au cours du XVIII° siècle. Cet idéal semblerait provenir des religions monothéistes juive et chrétienne, puisqu'elles estiment que tous les hommes sont issus d'un même père et sont donc tous « frères », ce qui peut rendre nécessaire ici une égalité politique des droits ou là une égalité sociale des revenus. « L’égalitarisme » s’observe aujourd’hui : sous sa forme politique dans l’ensemble de l’échiquier politique démocratique et républicain, depuis le PCF jusqu’à l’UMP ; et sous sa forme socio-économique, au sein de l’extrême-gauche.

 

ÉGALITÉ DES CHANCES. L’égalité des chances est définie comme « la possibilité d’obtenir un destin en fonction de son talent ou de sa vocation » (Gresle, 1994, Dict. Des Sc. Hum.). Cette valeur met en jeu le rôle de l’École et du milieu dans la réduction ou l’aggravation de l’inégalité sociale des chances. Elle ouvre un débat sur les rôles respectifs des facteurs naturels et culturels dans les différences de chances de réussite. « L’égalité sociale des chances de réussite » est rejetée par les tenants, à l’extrême-gauche, d’une égalité des niveaux de réussite, de diplômes et de revenus.

 

ELSTER John, philosophe. Il est l'un des chefs de file du « marxisme analytique », mouvement qui essaie de débarrasser la théorie de Marx de ses aspects mystiques ou religieux. Elster pense notamment qu'il faut se débarrasser des explications fonctionnalistes (comme « l'Etat est un instrument au service de la classe dominante »), ou qui font appel à une logique dialectique (comme « la contradiction entre rapport de production et force de production est le moteur de l'histoire »), ou à des concepts structuralistes (les « classes » conçues comme des acteurs homogènes intentionnés). Elster pense que seule la méthode de l'individualisme méthodologique (partant des individus et de leur logique d'action) est capable d'expliquer scientifiquement les faits sociaux. Il réfute ainsi une approche de la « sociologie » par de prétendues « structures » ou quelconques entités « sociales ».

1985, Making sense of Marx ; trad. 1989, Karl Marx, une interprétation analytique, Puf.

 

EMPÉDOCLE (490-435), philosophe grec. Elabora une théorie matérialiste des quatre éléments confondus dans l'unité du tout. Il pensait que tout être vivant, l'homme y compris, est composé d'éléments matériels.

De la Nature de l'Univers.

 

« ENRAGÉS » (Les) : Nom donné en 1792-1793 à des révolutionnaires extrêmistes, comme J. Roux ou Varlet, qui réclamaient l'égalité non pas seulement civile et politique mais également économique et sociale, c'est-à-dire une égalité des conditions et des revenus. À ce titre, ils exigèrent la taxation et la réquisition des denrées, une redistribution des fortunes en faveur des indigents, et l'expropriation au profit de l'Etat. Les « Enragés » formulèrent un programme d'inspiration socialiste, qui sera ensuite repris par les hébertistes, et plus tard par Babeuf. Ils inspireront également les régimes socialistes russes de Lénine et Staline. Ils furent éliminés à la fin de l’année 1793.

 

ÉPICURISME : doctrine philosophique fondée par Epicure, qui comporte une théorie de la connaissance sensualiste (canonique), une cosmologie atomiste, matérialiste et mécaniste (physique) et une morale hédoniste, qui (contrairement à une interprétation du sens commun) voit le bonheur dans le contrôle de ses désirs. Il y a chez Epicure la concomitance d'une vision matérialiste du monde et d'une philosophie stoïcienne du bonheur trouvé dans l’intelligence et l'acceptation de la réalité.

 

EBSTEIN Richard, comportementaliste et généticien israëlo-américain (Sarah Herzog Memorial Hospital, Jérusalem, Israël). A montré la responsabilité du gène « D4DR » dans la production de la dopamine, neuromédiateur dont un taux élevé de production est corrélé chez le sujet avec un comportement de recherche de la nouveauté. Richard Ebstein cherche à montrer d’une façon générale les fondements neurobiologiques et génétiques du modèle comportemental du psychologue C. Robert Cloninger.

 

EXISTENTIALISME. Courant philosophique dérivé de la phénoménologie. On trouve parmi ses rangs Karl Jaspers (1883-1969), Allemand, qui produisit une philosophie plutôt transcentaliste, spiritualiste et moraliste, ou également le français Maurice Merleau-Ponty (1908-1961). L'existentialisme tente de décrire le réel, mais en critiquant les tendances réifiantes et mécanistes des sciences (comme la biologie ou la psychologie). Il s'inspira et fut proche, pendant un temps, de la pensée marxiste et du Parti Communiste Français. On y compte également le français Jean-Paul Sartre (1905-1980). L’existentialisme, empruntant les chemins dualistes de la « philosophie morale », refuse notamment le réalisme naturaliste et mécaniste qui prétend expliquer le phénomène de la conscience. Pour l’existentialisme, la « conscience » n’est pas réductible à de la matière. On peut qu’en cela, ce courant de pensée n’est pas un matérialisme (en tout cas pas moniste). Les auteurs de l'existentialisme, comme Jean-Paul Sartre, ont produit des écrits assez abstraits, prolixes et difficiles d’accès.

 

EYSENCK Thomas, psychologue américain. Il pense que l’intelligence est d’origine essentiellement naturelle et se transmet de façon héréditaire, en conséquence de quoi il lui semble illusoire de vouloir chercher à réduire les inégalités sociales.

1977, L’Inégalité de l’homme, Copernic.

 

FECHNER Gustav Theodor (1801-1887), physiologiste et philosophe allemand. On peut le considérer comme le précurseur du concept de « matérialisme identité ». Car, dans sa forme extrême, le « matérialisme identité » n'est rien d'autre qu'une forme moderne du « parallélisme psychophysique » de Fechner (et également de Spinoza), à savoir que : à tout phénomène psychique ressenti par la « conscience » correspond un phénomène neurobiologique matériel se déroulant dans le cerveau, et réciproquement. Une formulation plus moderne et plus modérée de ce concept pourrait être la suivante : à tout état mental correspond un état du système nerveux... mais l'inverse n'est pas forcément vrai, car il existe des états du système nerveux qui n'ont pas de contrepartie psychique propre.

1860, Eléments de psycho-physique.

 

FERRY Jules (1832-1893), homme politique français. Ministre de l'Instruction publique (1879-1881 ; 1882) et Président du Conseil (1880-1881 ; 1883-1885). Cet homme, humaniste convaincu et ardent défenseur des idées de progrès et d'égalité entre les hommes, fit voter la gratuité et l'obligation de l'enseignement primaire.

 

FERRY Luc, RENAUT Alain, philosophes français. Ont formulé une critique des théories de Pierre Bourdieu et en ont tenté une déconstruction intellectuelle. Luc Ferry a par ailleurs réfléchi (en collaboration avec André Comte-Sponville) sur l’impact des nouvelles connaissances en neurobiologie cognitive dans le champ de la morale et de la politique. Il propose notamment dans ce cadre une distinction épistémologique entre la diversité native des potentialités (qui est un fait) et le principe démocratique d’égalité de dignité des personnes (qui est une valeur).

1985, La Pensée 68, Essai sur l'anti-humanisme contemporain, Paris, Gallimard ; rééd. Folio, chap V, « Le marxisme français : Bourdieu », pp. 199-237 ;

FERRY Luc, 1998, La Sagesse des modernes, Laffont.

 

FEUERBACH Ludwig (1804-1872), philosophe allemand. D’abord disciple de Hegel, il s’orienta peu à peu vers l’athéisme. Il affirmait que l’anthropologie est « le secret de la théologie ». Il était par aileurs le chef de file des « jeunes hégéliens ». Après les Principes de la philosophie de l’avenir (1842), sa pensée s’infléchit vers un naturalisme matérialiste, en partie à la suite d’une polémique avec Stirner. L’humanisme athée et matérialiste de Feurbach est généralement interprété à la lumière des analyses et critiques qu’en firent Marx et Engels. Il fut accusé par Max Stirner d’avoir ressuscité la théologie sous une forme nouvelle alors qu’il cherchait à la disqualifier : « l’homme » serait devenu une nouvelle idole. Il en résulterait une nouvelle aliénation, cette fois-ci non plus en Dieu mais en l’homme (ou une certaine vision idéalisée de l’homme). Cette aliénation laïcisée ne serait pas moins aliénante que sa forme religieuse. L’humanisme feurbachien exige de chacun qu’il réalise « l’idéal humain universel ». Or, objecte Stirner, n’est-ce pas encore brimer les exigences du moi, de « l’Unique », que de lui demander de se soumettre à une norme extérieure ? Il est possible de voir des ramifications entre les pensées de Feuerbach et Marx, Bourdieu ou la sociologie structuraliste (l’idée d’entité humaine culturelle ou universelle transcendant les individus), dont Feuerbach pourrait être l’initiateur.

1842, Principes de la philosophie de l’avenir, in Manifestes philosophiques, textes choisis 1839-1845, 1973, Paris, Puf, « Epiméthée ».

 

FEYERABEND Paul (1924-1994), épistémologue des sciences humaines. Il estimait que la recherche scientifique n'est pas tenue de suivre une méthode rigoureuse, qu'une méthode obéissant à des principes épistémologiques canoniques peut se priver de pistes fructueuses et que nombres de découvertes se sont faites hors des sentiers battus et balisés de telle méthode ou telle épistémologie. Il note ainsi que certaines théories valides ont pu parfois être établies malgré un cheminement apparemment incohérent ou contradictoire avec l'observation apparente des faits. Pour Feyerabend, les grandes découvertes et révolutions scientifiques ont pu être réalisées par une transgression des règles épistémologiques en vigueur, ou le dépassement des frontières disciplinaires traditionnelles. Feyerabend pense par ailleurs qu’il existe des théories dites « incommensurables », basées sur des axiomes et des préjugés profonds, qui ne peuvent s’infirmer les unes les autres, comme par exemple le monisme matérialiste et le dualisme matière/esprit.

1975, Against Method, Outline of an Anarchistic Theory of Knowledge ; 1979, Contre la méthode ; esquisse d’une théorie anarchiste de la connaissance, Paris Seuil ;

1989, Adieu la Raison, Paris, Seuil ;

1996, Dialogues sur la connaissance, Paris, Seuil.

 

FLYNN James R., psychométricien. Met en doute le fait que le QI mesure l'intelligence, et ce notamment en faisant remarquer que le QI a progressé nettement plus en un siècle au sein de la population occidentale que ce que l'on aurait pu être en mesure d'attendre logiquement. Les tests intellectuels mesureraient donc pour partie des éléments de connaissance et de culture, et des méthodes de raisonnement qui s’exercent et se travaillent.

 

FODOR Jerry (1935), philosophe de l'esprit américain. Pense que s'intercale entre les phénomènes mentaux et les mécanismes cérébraux un niveau du « langage de la pensée », constitué de symboles et de règles de syntaxe, concrètement inscrits dans le cerveau, et dont le rôle est analogue à celui du programme (ou du « logiciel ») dans un ordinateur. Dans The Language of Thought, paru en 1975, Jerry Fodor suggère que toutes les idées qui peuvent traverser « l’esprit » (ou plutôt le cerveau) d'un individu sont formulables sous la forme de propositions abstraites et symboliques. Il conçoit également l’esprit, la « conscience », comme un système central, non modulaire, entouré et relié au monde par des modules perceptuels périphériques et des modules conceptuels intermédiaires. Ces modules automatiques spécialisés seraient, comme le pense également Dan Sperber, issus de l’évolution naturelle de l’espèce humaine.

1986, La Modularité de l'esprit, essai sur la psychologie des facultés, Paris, Minuit ;

1987, Psychosemantics, the Problem of Meaning in the Philosophy of Mind, MIT Press.

 

FOURIER Charles (1772-1837), philosophe et économiste idéaliste français. Il fut l’un des précurseurs des utopies sociales du XIX° et du XX° siècle. Il perdit d'abord sa fortune à la suite d'une spéculation manquée, puis il élabora un projet de réforme économique, sociale et humaine, dans son « Traité de l'association domestique et agricole » paru en 1822, ainsi que dans « Le Nouveau Monde industriel et sociétaire », paru en 1829. Il fonda ensuite l'hebdomadaire « Le Phalanstère ». Son organisation sociétaire, le « phalanstère », est une coopérative de différents travailleurs.

 

FREGE Gottlob (1848-1925), mathématicien, logicien et philosophe allemand. On peut le considérer comme l'un des précurseurs du Cercle de Vienne, qui s'attacha à fonder un langage rigoureux en sciences humaines, dénué d'ambiguïté, d'incohérence ou de mysticisme. Cherchant « l'idéal d'une méthode strictement scientifique en mathématiques », il rénova la logique, fondant notre logique mathématique moderne. Il constata l'inadéquation du langage courant et, reprenant le projet de Leibnitz, construisit une langue symbolique. Celle-ci rendait possible le calcul des propositions sous la forme d'un système déductif et l'analyse de la structure interne de la proposition elle-même. Elle dépassait la logique aristotélicienne et l'ontologie qui la sous-tend pour analyser la proposition en termes non plus de sujet et de prédicat, mais de fonction propositionnelle (expression logique contenant une ou plusieurs variables) et d'argument (terme défini susceptible d'être substitué à une variable dans une fonction logique). Elle ouvrait la voie à la « sémantique », en introduisant une distinction entre sens et « référence » ou dénotation des signes, laquelle préparait aux distinctions entre « logique » et « métalogique », et « langue » et « métalangue ». Ses travaux passèrent d'abord inaperçus lors de leur parution, mais ils influencèrent ceux de Russell, Wittgenstein, Carnap et Hilbert dans la fondation par le Cercle de Vienne de la « philosophie analytique ».

1891-1892, Fonction et concept, Sens et dénotation, Concept et objet ;

 

FREUD Sigmund (1856-1939), médecin autrichien, fondateur de la « psychanalyse ». Sa théorie et ceux qui se réclament d'elle supposent que les troubles mentaux sont causés par l'histoire du sujet. Son école de pensée a pu, de ce fait, prendre une orientation nettement environnementaliste, voire ultra-environnementaliste, et corollairement anti-naturaliste. Freud, en médecin scientifique matérialiste, notait pourtant dans ses « Gesammelte Werk » (X, 143) qu'on « doit toujours se rappeler que nos connaissances psychologiques provisoires devront être un jour établies sur le sol des substrats organiques ». Il considérait que sa théorie n'était qu'un pis-aller provisoire pour alléger la souffrance procurée par les troubles mentaux, en attendant le développement prévisible ultérieur de la neurobiologie. On peut donc noter une dissension entre ce que pensait Freud lui-même et les orientations anti-naturalistes montrées par ceux qui se prétendent être leurs « héritiers ». On garde des théories de Freud les idées fortes selon lesquelles l’acteur n’a pas toujours une conscience claire de ses propres désirs, qu’il recherche toujours l’assouvissement de ces désirs, qu’il souffre de la présence concomittante d’idées ou de désirs contradictoires en lui, et s’efforce de résoudre ou abolir les incohérences et contradictions de ce type – quitte à dénier parfois des vérités.

 

FURET François (1927-1997), philosophe de la politique. D’abord sympathisant de la cause communiste, il a ensuite entrepris une analyse critique des idéaux de la Révolution française, puis du communisme.

1978, Penser la Révolution française ;

1995, Le Passé d’une illusion.

 

GALIEN Claude (131-201), philosophe et médecin grec. Il effectua de nombreuses dissections d’animaux qui lui permirent notamment de faire d’importantes découvertes sur le système nerveux. Galien perfectionna la théorie d’Hippocrate avancée sept cents ans plus tôt selon laquelle les différences de tempérament entre les hommes dépendent de constituants physiologiques. Il distingua à ce titre neuf types de tempérament. Galien peut être considéré comme l’un des théoriciens précurseurs de la neurobiologie comportementale.

 

GALILÉE Galileo (1564-1642), mathématicien, physicien et astronome italien. Sa découverte scientifique de l'héliocentrisme, son soutien des thèses de Copernic, réfutant le géocentrisme défendu par la morale religieuse, furent déniés et condamnés, parce que jugés scandaleux et inacceptables pour la religion, la morale et l’idéologie de son époque. Galilée fut jugé par un tribunal de l'Inquisition et sommé de renier ses thèses. Le cas de Galilée se rapproche de ceux, actuels, de la neurobiologie et de la génétique, en cela que des faits scientifiques avérés se trouvent suspectés, condamnés ou rejetés pour des raisons d’ordre moral.

 

GALL Franz Joseph (1758-1828), médecin allemand. Professeur à Vienne, puis à Paris. Créa la « phrénologie » ou « cranioscopie », qui est l’étude des fonctions du cerveau et de leurs localisations d’après la forme du crâne. La liste des « localisations de facultés mentales » établie par Gall fait aujourd’hui sourire, a postériori, par sa naïveté et ses excès, ou sembler dangereuse sur un plan moral et politique. Gall demeure néanmoins l’un des premiers biologistes à avoir émis l’hypothèse d’une relation entre les manifestations cognitives ou comportementales extérieures et les structures biologiques du cerveau, ainsi que l’hypothèse de leur spécialisation et de leur dispersion dans le cortex, ce qui, pour l’époque, constitue une approche visionnaire de la neurobiologie actuelle.

 

GALTON (sir) Francis (1822-1911), physiologiste, anthropologue et psychologue anglais. Cousin de Charles Darwin. Il fut l’un des premiers à appliquer la méthode statistique à l’étude de l’hérédité et des différences individuelles, en particulier dans le domaine de la psychologie. Dans Hereditary Genius (Le Génie héréditaire), paru en 1869, Galton suppose que, l'âme n’étant pas immatérielle, la pensée étant physiologique, certains de ses caractères doivent se transmettre de façon génétique. Ses travaux restent peu acceptés par les ultra-environnementalistes. Galton est par ailleurs contesté pour avoir formulé des idées eugénistes.

 

GARDNER Howard, psychologue et psychométricien américain, professeur à l’université de Harvard. Pour H. Gardner, ce qu’on appelle « l’intelligence » recouvre des aptitudes relativement diversifiées. L’auteur distingue ainsi sept types d'intelligence : l'intelligence langagière, dont la forme la plus accomplie est celle du poète ; l'intelligence logico-mathématique, aptitude à la logique et aux sciences ; l'intelligence musicale ; l'intelligence spatiale, particulièrement développée chez les marins, les ingénieurs, les sculpteurs ou les peintres ; l'intelligence kinesthésique, surtout présente chez les danseurs, les athlètes, les chirurgiens ou les artisans ; l'intelligence interpersonnelle, capacité à comprendre les autres et à agir avec eux ; et l'intelligence intrapersonnelle, faculté de se former une image de soi précise et fidèle. Pour Gardner, la reconnaissance de ces différentes formes d’intelligence permettrait de mieux développer les potentialités des élèves et d’éviter de nombreuses situations d’échec (ou de sentiment d’échec). Howard Gardner est également un historien des sciences cognitives.

1993, Histoire de la révolution cognitive, la nouvelle science de l'esprit, Payot ;

1996, Les Intelligences multiples pour l’Ecole : la prise en compte des différentes formes d’intelligence, Retz ;

1997, Les Formes de l'intelligence, Odile Jacob.

 

GAUTIER Emile, socialiste français. Inventeur, en 1879, de l’expression péjorative « darwinisme social », au cours du 50ème Congrès des naturalistes allemands, où Haeckel, Nägeli et Virchow débattirent de savoir si le darwinisme devait être compris comme justification des inégalités ou au contraire aliment du socialisme. La théorie de l’évolution des espèces et de la « sélection naturelle » de Darwin était alors comprise comme pouvant servir de justification à un régime politique ultra-libéral et inégalitaire – alors que d’une part il n’existe aucun lien entre l’évolution des espèces et la violence sociale, et que d’autre part l’évolution naturelle a probablement « sélectionné » des comportements d’entraide et de solidarité entre membres de l’espèce humaine.

 

GEOFFROY SAINT HILAIRE Etienne (1772-1844), naturaliste français. Il montra le rôle de l'embryogénie pour comprendre l'organisation de l'être vivant. Il fut amené par ses recherches à soutenir – contre Cuvier – la théorie de l'épigenèse et le transformisme, qui affirme que les modifications des espèces sont dues à l'influence directe du milieu (idée fausse qui sera reprise plus tard par Lyssenko à des fins idéologiques).

1818-1822, Philosophie anatomique ;

1830, Principes de philosophie zoologique.

 

GIDDENS Anthony, philosophe de la politique, anglais. Anthony Giddens estime que, dans la mesure où l’économie de marché ne semble pas trouver de système concurrent dans sa puissance à produire des richesses qui profitent à tous, l’ancien clivage étatiste/libéral, égalitaire/inégalitaire, va probablement être remplacé par de nouveaux clivages politiques – concernant aussi bien le temps de travail, la notion de « justice sociale » ou l’école. Giddens, estimant que les anciennes notions de « droite » et de « gauche » vont se trouver dépassées, a fondé le terme de « centrisme radical », repris par le premier ministre britannique Tony Blair. Ces idées sont reprises notamment par Noberto Bobbio (1994, trad. 1996, Droite et gauche : essai sur une distinction politique, Paris, Seuil).

1994, Beyond left and right (Au-delà de la droite et de la gauche).

 

GINI Corrado (1884), statisticien, sociologue et économiste italien. Il a tenté d'établir les bases d'une science générale de la population et d'une sociologie économique, ou « économie intégrale ». Il a établi un coefficient dit « coefficient de Gini », qui mesure le degré d'inégalité sociale d'une société : une courbe, concave, représente en abcisse l'agrégation cumulative des individus et en ordonnée celle de leurs revenus. Une droite à 45 degrés figurerait le cas idéal d'une société parfaitement égalitaire. Une courbe concave montre que les richesses ne sont pas également réparties entre les individus. Le « coefficient de Gini » mesure l'écart entre la droite idéale et le creux de la courbe réelle observée, écart qui est un indicateur du degré d’inégalité économique d’une société.

1943, Alle basi della scienza economica ;

1962, La logica della statistica.

 

GIRARD Alain (1914-1996), sociologue français. Entré à l’INED en 1945, il organise de nombreuses enquêtes sociologiques concernant aussi bien les inégalités de réussite sociale, de réussite scolaire, de revenu ou de performances intellectuelles des enfants, enquêtes qui l’orientèrent vers l’étude de l’enseignement et de la mobilité sociale. Il fut l’initiateur, notamment, d’une grande étude longitudinale qui fournira de riches enseignements à différents sociologues. Girard fut nommé à une chaire de démographie à la Sorbonne en 1964.

 

GLUCKSMANN André (1937), philosophe de la politique. L’un des précurseurs de la critique du communisme et de l’égalitarisme en provenance du camp humaniste de « gauche ».

1975, La Cuisinière et le mangeur d’hommes.

 

GOTTFREDSON Linda, psychométricienne américaine. Elle estime qu’un facteur général est à l’oeuvre dans le gouvernement de l’intelligence, qui se développe sur la base de facteurs à la fois naturels et environnementaux. Elle pense également que le déni des facteurs naturels de l’intelligence est dû à des motivations d’ordre non pas scientifique mais moral.

 

GRÉ Gérard de, sociologue de la connaissance, redécouvert par François Chazel (1987, « L’apport de Gérard de Gré », Revue française de sociologie, XXVIII, 4, 663-677). G. de Gré émit l’idée que l’acteur pouvait subir une illusion sur la réalité dans sa globalité, du fait de la position qu’il tient : cette position en effet ne lui en laisse voir qu’une partie limitée, non représentative de la totalité, et sur laquelle il fonde sa croyance, son opinion. Ne voyant qu’une face d’une pyramide, par exemple, et cette face se trouvant être de couleur rose, l’observateur peut être tenté d’en déduire que la pyramide est entièrement rose… alors que les autres faces peuvent être bleues. Ce phénomène sera formulé et intitulé « effet de position » par Raymond Boudon.

 

GRIGNON Claude, sociologue français. Dans « le savant et le lettré, ou l'examen d'une désillusion » (Revue européenne des sciences sociales, tome 34, 1996, n°103), Claude Grignon, après avoir été un partisan des théories de Pierre Bourdieu, dénonce les travaux du sociologue, qu’il accuse d’inexactitude et de parti-pris idéologique.

 

GRUMBERG Gérard & SCHWEISGUTH Etienne, sociologues français. Contradicteurs des thèses et méthodes du sociologue Pierre Bourdieu.

1996, « Bourdieu et la misère : une approche réductionniste », Revue française de science politique, vol. 46, n°1.

 

GUIZOT François (1787-1874), homme politique français. D’abord professeur d’histoire à la Sorbonne, il s’engage en politique, défendant l’idée de république libérale contre les différents régimes autoritaires ou conservateurs. Il fut ministre de l’Intérieur, puis de l’Instruction publique, puis des Affaires étrangères. Il fit adopter notamment la loi sur la liberté et l’organisation de l’enseignement primaire, dite « loi Guizot », du 28 juin 1833. Auteur de différents ouvrages sur l’histoire des institutions et idées politiques en France, en Angleterre et en Europe. Dans Critique de trois idées de 1789. Trois générations, 1789, 1814, 1848 (publié en 1863), il met en garde contre les mauvaises interprétations possibles de l’idéal égalitaire, qui peut être destructeur s’il recherche un nivellement absolu des statuts, des revenus et des talents.

 

HABY René, ministre de l'éducation français sous Valéry Giscard d’Estaing. Il mit en place en 1975 le « collège unique », qui entendait fédérer et unifier toutes les structures de premier cycle secondaire existant à l’époque – lycée ici, CEG là. Les « classes de niveau » et filières techniques et pré-professionnelles n’y étaient pas supprimées pour autant (elles le seront dix ans plus tard, en 1985, avec la suppression des filières et le passage systématique de tous les élèves en classe de 3ème généraliste… puis en classe de 2de indifférenciée). Au sein du « collège unique », des filières de niveau se recréèrent spontanément, de façon détournée et officieuse, par le choix des langues vivantes et mortes. Le « collège unique » est aujourd’hui contesté, non pour sa volonté d’accueillir tous les élèves dans un même lieu et leur offrir un tronc commun généraliste, mais pour imposer à tous un cursus uniforme et généraliste jusqu’à la fin de la 3ème, sans classe de « niveau » (ou de « soutien ») ni possibilité de spécialisation pré-professionnelle. Cette critique émane à la fois des camps politiques démocratiques et républicains de « droite » et de « gauche ». La « gauche de la gauche » est la plus farouche défenseuse du cursus uniforme.

 

HAMER Dean, neurobiologiste et généticien américain (Institut national de la santé, Bethesda, Etats-Unis). Il étudie les traits naturels du comportement et leur base neurobiologique et génétique. Il a notamment travaillé sur les bases neurobiologiques et génétiques de l’homosexualité, travaux ayant provoqué des réactions contradictoires au sein de la communauté homosexuelle américaine : d’abord une hostilité (par crainte de ségrégation), puis une revendication positive du naturalisme (pour contrecarrer les accusations homophobes).

 

HARRIS Judith Rich, psychologue américaine. Après avoir adhéré au paradigme de la détermination de la personnalité de l’enfant par l’éducation des parents, J.-R. Harris remet en cause radicalement ce paradigme et émet l’hypothèse que l’éducation des parents joue un faible rôle en la matière. Ses arguments principaux sont que la corrélation entre la personnalité des enfants et celle de leurs parents n’est pas si forte qu’on le croit, qu’il existe au sein d’une même famille de fortes différences entre les personnalités des enfants, que les enfants réagissent de manière très différente à une même action parentale, que les parents s’adapteraient à la personnalité de leur enfant plutôt que l’inverse et que l’hérédité ainsi que les relations extrafamiliales (scolaires ou amicales) pourraient jouer un rôle non négligeable en la matière.

1998, The Nurture Assomption, trad. 1999, Pourquoi nos enfants deviennent ce qu’ils sont. De la véritable influence des parents sur la personnalité de leurs enfants, Robert Laffont, Réponses.

 

HAYEK Friedrich August von (1899-1992), philosophe politique et théoricien néolibéral né à Vienne. Prix Nobel d'économie en 1974. Pour Hayek, qui défend une conception ultra-libérale de la société, l’idée d’une redistribution des richesses n’est pas défendable sur un plan moral, parce qu’un riche ne doit pas sa richesse aux pauvres mais à son seul travail. Pour Hayek, outre le fait qu’une société de libre-échange soit la meilleure façon d’enrichir tout le monde (pauvres compris), la redistribution des richesses est immorale ; elle serait une atteinte à la dignité et à l’intégrité des personnes.

1973-1979, trad. 1995, Droit, législation et liberté, Paris, Puf, dont :

1981 (trad.), Le Mirage de la justice sociale, Puf ;

 

HÉBERT Jacques René (1757-1794), homme politique français. Ultra-révolutionaire et égalitariste, il fonda « Le Père Duchesne », mena une lutte acharnée contre les Girondins et défendit le maintien de la Terreur.

 

« HÉBERTISTES » (Les) : Nom donné aux ultra-révolutionnaires, partisans de Jacques René Hébert, et notamment Chaumette, Réal, Bouchotte, Ronsin, Rossignol, Henriot, Momoro, Cloots, Proli, Collot d'Herbois et Billaud-Varenne. Maîtres de la commune insurrectionnelle de Paris (10 août 1792) et du Club des Cordeliers, ils prirent la direction du mouvement révolutionnaire populaire des sans-culottes après l'élimination des Enragés et dirigèrent le mouvement de déchristianisation qui aboutit à l'institution du culte de la Raison. Ils furent arrêtés et condamnés à mort en mars 1794.

 

HEGEL Georg Wilhelm Friedrich (1770-1831), philosophe allemand. Ignorant la part de hasard et de chaos dans les mutations génétiques, les contingences climatiques et – partant – l‘évolution de la vie et des espèces, il considérait notamment que l'humanité et l'univers poursuivent une finalité, un « sens ». Sa pensée influencera, inspirera et nourrira les idéologies prométhéennes laïques du marxisme, du communisme et du nazisme. L’idée de « loi historique de progrès de l’art, pictural ou musical » repose d’ailleurs également sur ce paradigme philosophique.

 

HEN René, chercheur en biologie à l’Inserm de Strasbourg. A annoncé en 1993 que son équipe avait neutralisé chez des souris le gène qui code l'un des récepteurs à la sérotonine, et que les animaux ainsi traités affichaient un comportement violent. Ces travaux corroborent l’observation empirique selon laquelle des individus souffrant d’un déficit naturel de sécrétion de sérotonine souffrent également d’un manque de maîtrise des comportements violents et agressifs, et inversement.

 

HERRNSTEIN Richard, sociologue des inégalités d’éducation américain. Supposant l’intervention d’éléments naturels et génétiques dans la détermination des potentialités cognitives (ce qui semble plausible), Herrnstein en déduisit l’hypothèse d’une reproduction dynastique des QI. Or il semble que cette hypothèse doive être relativisée : en effet, elle ne semble pas refléter la réalité des mécanismes génétiques selon lesquels les gènes se combinent et les caractères se « brassent » d’une génération sur l’autre, sans pouvoir induire de filiation ou « dynastie » cognitive stricte et fidèle. Il semble exister une relative mobilité des caractères cognitifs naturels entre les générations – même si bien sûr les enfants ressemblent souvent à leur parents, sur les plans tant physique que comportemental ou cognitif.

1973, IQ in the meritocracy, Boston, Atlantic Press.

 

HUME David (1771-1776), philosophe anglais. Empiriste, il considère que nos idées sont des « copies » (ou représentations) d'impressions sensibles et que toutes nos connaissances se réduisent à des relations entre des idées. Ainsi, selon lui, l'imagination et l'habitude expliquent notre croyance en une réalité extérieure à nous, en l'ordre causal des phénomènes naturels, ou en l'identité du moi (ou de la substance pensante). Son empirisme phénoméniste, qui se double chez lui d'une critique de la théologie naturelle et du rationalisme moral, conduit au scepticisme. La pensée de Hume est intéressante en cela qu’elle rejoint la philosophie de « l’évolutionnisme moral », c’est-à-dire qu’entre la « méta-éthique » (c’est-à-dire la réflexion sur les conditions de formation du comportement moral chez l’homme) et « l’éthique normative » (c’est-à-dire les règles morales que se fixent librement les hommes), on peut difficilement prendre partie en faveur du « déterminisme » ou du « libre-arbitre » en matière de « moralité », et que, comme l’exprime M. Ruse (1991), il existe probablement un « compatibilisme » entre les deux. Ainsi, « l’évolutionnisme moral » déboucherait, tout comme chez Hume, sur un (relatif) « scepticisme » éthique.

1737, Traité de la nature humaine.

 

HURTIG M., psychométricien. A montré que les explications fournies à l'enfant dans le cadre de tests « dynamiques » profitent le plus aux enfants issus de familles défavorisées, ce qui montre qu'une pédagogie appropriée serait en mesure d'améliorer les capacités cognitives de ces enfants – plus que celles des enfants issus de milieux favorisés.

1995, « Constat d'acquisition ou pronostic d'apprentissage ; peut-on dynamiser la psychométrie ? » in BUCHEL F. (dir.), L'Education cognitive ; le développement de la capacité d'apprentissage et son évaluation, Delachaux et Niestlé.

 

HUXLEY Thomas Henry (1825-1895), naturaliste anglais. Défenseur de la théorie transformiste de Darwin, il s’attacha principalement au problème de l’origine des espèces humaines. Une conversion l’atteint au soir de sa vie : savant honoré et conseiller du gouvernement, il tire le darwinisme vers une nouvelle philosophie de la nature. Il nie « que la doctrine de l’évolution puisse fournir une fondation à la morale » car le prétendu « plus apte » peut être le pire individu d’un point de vue éthique. Il met là le doigt sur un point central des débats politiques sur l’évolutionnisme. Pour Huxley, la biologie ne peut rien induire ou fonder sur un plan idéologique ou politique. Contre Spencer il dénoncera « le nihilisme administratif » des politiques libérales. Thomas Henry Huxley aura comme petit-fils Sir Julian Sorel Huxley (1887-1975), biologiste et philosophe, premier directeur général de l’Unesco et dont les travaux portèrent essentiellement sur les théories de l’évolution et de la génétique, et la critique des conceptions du soviétique communiste Lyssenko. Il aura également comme petit-fils Aldous Leonard Huxley (1894-1963), poète, journaliste et romancier, dont les romans expriment une vision ironique et critique où l’humanisme et la culture sont menacés par ceux-là mêmes qui sont chargés de les défendre, dans une écriture claire et simple, empreinte d’humour.

1863, La place de l’homme dans la nature.

 

IDÉOLOGIE : est définie comme « conception rationnelle et cohérente du monde, souvent soutenue par des énoncés scientifiques » (Ansart 1974, Gouldner 1976, Boudon 1986). Il est probable que ce qu’on appelle « idéologie » consiste en un ensemble de représentations – d’idées et de valeurs – qui s’infèrent les unes entre elles de manière cohérente. Ainsi, l’ensemble de représentations associant et articulant les idées cognitivo-égalitaires (« les enfants naissent dotés de potentialités cognitives équivalentes ») et les valeurs socio-égalitaires (« la société doit tendre vers l’égalité des niveaux de diplôme et des revenus ») forme-t-il probablement une « idéologie », au sens d’un ensemble de représentations s’inférant et se « justifiant » les unes les autres.

 

INDIVIDUALISME MÉTHODOLOGIQUE : mode d’interprétation des faits sociaux selon lequel tout phénomène d’apparence « sociale » ou « collective » est l’expression de l’agrégation d’actions individuelles motivées par des démarches rationnelles, elles-mêmes élaborées sur la base d’intérêts, de désirs, de valeurs et de croyances. Ce modèle est susceptible d’éclairer, entre autre, le phénomène de la stratification et de la mobilité sociales, ainsi que l’adhésion à différentes idées et valeurs morales ou politiques.

 

INÉGALITÉ DES CHANCES : des travaux ont montré que l’expansion des sociétés industrielles n’engendrait pas une augmentation de l’égalité des chances devant l’enseignement ou dans la société. Les faits montrent plutôt que l’inégalité sociale, à l’instar de l’inégalité économique, a peu changé, dans le même temps où étaient réussies l’atténuation des inégalités juridiques et politiques. Les sociologues continuent de s’opposer sur les mécanismes générateurs de ces inégalités, qu’ils soient structuralistes-culturalistes (P. Bourdieu) ou individualistes-agrégationnistes (R. Boudon).

 

ISAMBERT-JAMATI Viviane, sociologue français des inégalités d'éducation. Elle a montré, par son étude sur les déterminants pédagogiques de la différenciation des résultats scolaires, qu'il existe une influence du type de pédagogie de l'enseignant sur une réduction ou au contraire une aggravation des inégalités sociales devant la réussite scolaire (notamment pour l’épreuve de français au baccalauréat).

1990 (avec GROSPIRON M.-T.), « Enquête sur l’enseignement du français dans le secondaire, 1976-77. Types de pédagogie du français et différenciation sociale des résultats », Les Savoirs scolaires, Éditions universitaires ;

 

JENCKS Christopher, sociologue de l’éducation américain. Dans Inequality, il relativise le rôle de l’école et des diplômes dans la formation des inégalités sociales. Relevant les coefficients de corrélation entre différents critères d’influence de la réussite scolaire ou sociale et essayant de calculer leur responsabilité relative, il met en doute l’hypothèse selon laquelle l’origine sociale serait le principal déterminant de la réussite scolaire, puis selon laquelle le diplôme scolaire serait celui de la réussite sociale.

1972, Inequality. A Reassesment of the Effect of Family and Schooling in America, London, Basic Books, trad. fr : L’Inégalité, l’influence de la famille et de l’école en Amérique, 1973, Paris, puf ;

1975, (avec BAUE Mary J.) « L’école n’est pas responsable des inégalités sociales et elle ne les change pas », in GRAS A., Sociologie de l’éducation, Paris, Larousse ;

 

JENSEN Arthur R., psychométricien américain. Université de Californie. Estime que « l’intelligence » est unitaire, monofactorielle, et qu'elle consiste en un processus cognitif élémentaire qui est la vitesse de traitement de l'information, laquelle influerait sur les capacités de résolution de problème ou de mémorisation.

1992, « The importance of ultra-individual variation in reaction time », Personality and individual differences, n°13.

 

JOHNSON-LAIRD Philip., cogniticien américain, professeur de sciences cognitives à l'université de Princeton. Il estime que « l'esprit est peut-être au cerveau ce que le programme est à l'ordinateur » et pense qu'il serait possible de traduire l'ensemble des actes mentaux humains (comme la perception, la mémoire, le langage ou l'apprentissage), sous la forme d'une série d'opérations logiques simples qui s'enchaînent entre elles de la même façon qu'un programme informatique. Il existe deux versions principales du modèle de « l'esprit-ordinateur » : un modèle « computationniste », pour lequel la pensée serait réductible à un ensemble de calculs, et un modèle « connexionniste », pour lequel la pensée fonctionnerait comme un réseau de micro-éléments autonomes et en interaction. L'idée du modèle computationniste est que « penser, c'est calculer » et que toutes les idées qui peuplent le cerveau pourraient être décrites sous forme d'une suite d'opérations logiques, comme une sorte « d'algèbre de la pensée », dont les chercheurs ont auraient découvrir la formule. Leibniz et Hobbes avaient déjà formulé cette idée d’une manière spéculative. D’une façon générale, le projet de l’intelligence artificielle, dont Philip Johnson-Laird est l’un des principaux représentants (et dont le père fondateur est H.A. Simon), consiste à essayer de découvrir les stratégies mentales implicites qu'utilisent les individus et à les formaliser en un programme de résolution de problèmes, Noam Chomsky essayant de son côté de découvrir une grammaire universelle et formelle du langage humain. Ce projet permettrait (théoriquement) de produire tous les énoncés possibles et donc toutes les « pensées » humaines possibles sous forme d'un langage abstrait formé de fonctions et de symboles. Cette idée sera reprise en 1975 par Jerry Fodor.

1994, L'Ordinateur et l'Esprit, Paris, O. Jacob.

 

KAGAN Jérôme, psychologue américain. Il a montré, par différentes études sur des bébés et sur des jumeaux, le caractère naturel et natif de certains traits de comportement, et notamment celui de l’inhibition et de son contraire.

2000, La Part de l’inné, Paris, Bayard.

 

KONDRATIEV Nikolaï Dmitrievitch (1892-1930), économiste russe. Il semble intéressant de retenir de ses travaux que, depuis le XVIII° siècle, les sociétés connaissent de longs cycles alternés de croissance (d’une durée d’environ 25 ans), donc d'un certain degré d'inégalité et de stratification sociale. De là, on peut tirer la nécessité de se méfier de l'impression selon laquelle les inégalités socio-scolaires s'accroissent ou décroissent, peuvent s'accroître ou décroître, car elles peuvent suivre en réalité des cycles desquels se dégage une relative stabilité. Nokalaï Kondratiev fut déporté par le régime soviétique et mourut au goulag à l’âge de 38 ans.

 

KRUESI Markus, biologiste américain, de l’université de l'Illinois. A établi de façon relativement claire un lien entre de taux faibles de sérotonine et un comportement « asocial » chez l’enfant, qui pourrait s’expliquer par une difficulté à maîtriser des pulsions d’agressivité.

 

KUHN Thomas S., (1922-1996). Epistémologue des sciences humaines, physicien et philosophe des sciences américain, professeur à Harvard, Berkeley, Princeton puis Cambridge. Il a profondément renouvelé l’approche des théories scientifiques en considérant que l’histoire des sciences évolue par cycles de « paradigmes » dominants, entrecoupés de crises. Il développe et illustre l'idée que, contrairement à la conception dominante, l'histoire des sciences n'est pas une montée graduelle et cumulative vers des théories de plus en plus vraies et issues de l'expérience. Selon lui, la science procède par bonds : à des périodes calmes, dominées par un « paradigme », succèdent des crises de contestation pouvant déboucher sur des révolutions. Un « paradigme » scientifique est selon lui une façon de voir les choses qui est partagée par les chercheurs d'un domaine, et peut aller jusqu'à dominer une époque. La description donnée par Thomas Kuhn implique que le progrès scientifique procède par ruptures et bouleversements. En cela, il se démarque profondément de l'histoire positiviste, qui voit le progrès des sciences comme le produit d'une accumulation de résultats expérimentaux. On lui a reproché de s'appuyer sur la notion jugée floue de « paradigme ». Margaret Masterman, une de ses disciples, a en effet signalé que son ouvrage La Structure des révolutions scientifiques utilisait ce mot dans une vingtaine de sens différents : comme « théorie », « système de règles », « code », « vision du monde », « discipline scientifique », « groupe de chercheurs », etc. Kuhn a répondu en 1970 à cette critique par une postface : un « paradigme » serait une « matrice disciplinaire » (propre à une science) composée de langages spécifiques, de croyances, de valeurs, de problèmes et de solutions typiques qui forment une « tradition », c'est-à-dire un savoir transmis par apprentissage.

1957, trad. 1992, La Révolution copernicienne, LGF ;

1962, trad. 1983, La Structure des révolutions scientifiques, Flammarion ;

1977, « La Tension essentielle. Tradition et changement dans les sciences », in 1996, Pierre Jacob (dir.), De Vienne à Cambridge, l'héritage du positivisme logique, Gallimard, coll. Tel ;.

 

KURAN, philosophe de la connaissance turco-américain. Suggère que l’agrégation d’intérêts, de désirs, de valeurs et de croyances individuelles peuvent générer, par agrégation, des théories publiques et consensuelles qui sont fausses.

Private Preferences, Public Lies (Préférences privées, mensonges publics)

 

LAGUILLIER Arlette, militante politique française. Elle est l’une des représentantes actuelles de la pensée socio-égalitaire (ou ultra-égalitariste) à l’extrême-gauche de l’échiquier politique, pensée selon laquelle une société de conditions sociales égales (ou beaucoup moins inégales) serait à la fois souhaitable et possible.

 

LAHAUTIÈRE Richard-Auguste (1813-1882), homme politique français. Il fit partie du groupe néo-babouviste, collabora aux journaux socialistes L'Egalité et L'Intelligence, et publia Le Petit Catéchisme de la réforme sociale (1839).

 

LAMARCK Jean-Baptiste de Monet, chevalier de (1744-1829), naturaliste français. Il élabora la « première théorie positive de l'évolution des êtres vivants ». À partir des « infusoires », êtres vivants primitifs, apparus, selon lui, par des « générations directes et spontanées », se seraient formés progressivement des organismes de plus en plus complexes. Les deux causes principales de ces transformations seraient une tendance spontanée de la matière vivante vers le perfectionnement et d'autre part l'influence des circonstances extérieures. L'adaptation au milieu, au mode de vie, entraînerait une modification des besoins, créant chez l'animal de nouvelles habitudes qui à leur tour engendreraient des transformations dans l'organisme (l'usage ou le défaut d'exercice d'un organe entraînant son développement ou, au contraire, son atrophie). Lamarck soutenait l’idée « d’hérédité de caractères acquis ». Cette idée, combattue par Cuvier, inspirera d’ailleurs Darwin. Or, l’idée « d’hérédité de caractères acquis » est « vraie » dans le sens où des mutations génétiques aléatoires sont conservées au fil des générations ; elle est fausse dans le sens où l’environnement agirait sur l’organisme et modifierait son génotype. Le généticien soviétique Lyssenko soutiendra pour des raisons idéologiques l’idée lamarckienne selon laquelle l’environnement modifierait l’organisme, alors que la découverte de l’ADN et de son fonctionnement montrent que ce sont des mutations génétiques aléatoires qui modifient le génotype et sont ou non retransmises aux générations suivantes. Si l’on peut comprendre (et « excuser ») l’erreur de Lamarck au XVIII° siècle, la chose est beaucoup plus discutable en ce qui concerne Lyssenko.

1802, Recherches sur l'organisation des espèces ;

1809, Philosophie zoologique.

 

LAPLACE Pierre Simon (1749-1827), philosophe français. Il refusait l'hypothèse du « hasard », qui est selon lui une illusion causée par notre ignorance des véritables causes. Le « hasard » serait un abus de langage, une commodité pour désigner ce dont nous ignorons la cause.

1776, Paris 1825, Essai philosophique sur les probabilités (1986, Christian Bourgois).

 

LEAHY A.M. (1935), psychologue. A étudié 194 enfants abandonnés à la naissance et adoptés avant 6 mois, et un groupe-contrôle du même nombre d'enfants, présentant, terme à terme, le même profil socio-culturel. Leahy nota une corrélation entre les QI des enfants adoptés et des parents adoptifs de 0,18 (ce qui est faible), et une corrélation entre les QI des enfants et des parents vivant ensemble de 0,60 (ce qui est élevé). Ceci montrerait qu’il existe une certaine ressemblance naturelle entre parents et enfants sur le plan des potentialités cognitives (plus qu’entre des parents et des enfants pris au hasard).

 

LEFORT Claude (1924), philosophe de la politique français. Ayant fondé, avec Cornelius Castoriadis, le mouvement « Socialisme ou barbarie », il fut l’un des premiers en France à critiquer le régime socialiste soviétique et la pensée marxiste, d’un point de vue dit « de gauche ». Il estimait notamment que l’échec et le caractère totalitaire de la pensée socialiste sont en germe, déjà, dans le rêve d’une société supposée « meilleure », et à ce titre égalitaire.

1981, L’Invention démocratique ;

1986, Essais sur le politique.

 

LEIBNITZ Wilhelm Gottfried (1646-1716), savant et philosophe allemand. Il lut ou rencontra Bacon, Galilée, Descartes, Huygens, Boyle, Pascal, Newton, Bernouilly et Spinoza. Le caractère encyclopédique de sa culture (« Je ne méprise presque rien ») et son éclectisme n'empêchèrent pourtant pas l'unité de sa philosophie, « expression la plus complète et la plus systématique du rationnalisme intellectualiste » (selon Couturat). Sa connaissance de la logique d'Aristote, ses études sur les langues et sa formation de mathématicien lui permirent de rechercher la « caractéristique universelle », dont le but était de représenter les idées simples et leurs relations (ou combinaisons) par un système de notations et de règles qui devait réduire les opérations logiques à une sorte de calcul. Cette « caractéristique », à la fois langue philosophique universelle et logique algorithmique, fait de Leibnitz un précurseur de la logique symbolique et de la philosophie analytique. Pour ce matérialiste moniste de la vie et de la cognitivité, enfin, « tout ce qui se fait dans le corps de l'homme est aussi mécanique que ce qui se fait dans une montre ».

 

LIEURY Alain, psychologue et biologiste français. A réalisé de nombreux travaux sur le fonctionnement psychologique et neurobiologique de la mémoire.

 

LINNOILA Markku, biologiste. Spécialiste de l'alcolisme, directeur du National Institute of Alcohol Abuse, il pense avoir identifié une mutation génétique répandue, qui entraînerait une baisse de la sécrétion de sérotonine, laquelle hyposérotoninergie génèrerait un certain nombre de caractères comportementaux comme la vulnérabilité à l’usage et la dépendance toxicomaniques (alcool, drogue, mais également idées rigides) ou par ailleurs à l’agressivité.

 

LOARER E. & CHARTIER D., psychométriciens. Promoteurs des tests « dynamiques », qui mesurent la capacité de progrès de l'enfant, en lui faisant repasser le test après une explication reçue de la part de l'adulte.

« L’Évaluation dynamique des aptitudes : révolution ou gadget ? », Psychologie française, vol.41-1, 1996.

 

LOCKE John (1632-1704), philosophe anglais. Dans son Essai sur l’entendement humain, il critiqua l’innéisme de Descartes. Locke sera critiqué à son tour par le naturaliste et matérialiste Leibnitz. Sur le plan de l’origine du tempérament, Locke estimait que les enfants naissent identiques et vierges : ce seraient les expériences vécues pendant l’enfance qui détermineraient leur personnalité, leur caractère et leur niveau de connaissances. Cette théorie est en phase avec le siècle des Lumières, où apparaît en Angleterre et en France une forte aspiration à la démocratie : l’arrière-pensée politique (méritocratique et libérale) de l’ultra-environnementalisme de Locke est en effet que l’accès au pouvoir est fondé par le « mérite », mérite que chacun peut acquérir grâce à l’éducation. Le rôle supposé quasi-exclusif de l’éducation légitima ainsi – en son temps – la pensée politique libérale et méritocratique. Dans son Traité sur le gouvernement civil (1690), enfin, Locke apparaît effectivement comme un promoteur du libéralisme politique.

 

LUCRECE (Titus Lucretius Carus) (98-55), poète et philosophe latin. De natura rerum (De la nature). Il se propose d'éliminer la crainte des dieux, poison mortel pour l'esprit humain, en fournissant de l'univers physique une explication matérialiste : les objets et les êtres vivants sont constitués par la combinaison d'atomes de matière qui s'assemblent en vertu d'une déviation fortuite (le clinamen). Il souhaite ainsi amener l'âme à acquérir la paix qui réside dans l'ataraxie (délivrance des troubles passionnels). Son hypothèse est visionnaire, puisque les objets et les organismes vivants se sont effectivement constitués par l’association aléatoire d’atomes et de molécules, puis (ce qui revient d’ailleurs au même) de mutations génétiques.

 

LYOTARD Jean-François (1924-1998), philosophe français. En 1979, il qualifie de « postmoderne » la condition des sociétés déçues par les promesses du modernisme et des idéologies « progressistes », « révolutionnaires » ou « avant-gardistes ». Le mot prend une signification culturelle au sens large, au sens du dépassement des idéaux progressistes, liés à l'esprit des Lumières, de la raison, de la science. Jean-François Lyotard suggère, dans La Condition postmoderne (1979), que l'homme doit désormais vivre sans « métarécits ». Les métarécits (ou grands récits) sont les mythes, et plus tard, les doctrines historiques du progrès dont les sociétés se sont alimentées jusqu'à l'ère moderne. Après les horreurs de la guerre et des régimes totalitaires du XX° siècle, aucun « lendemain » chantant ne pouvait plus être attendu ni de la science ni des idéologies politiques. L'homme ne pourrait plus compter sur la « vérité », le « progrès » ou la « révolution » pour atteindre la liberté et le bonheur ; il devrait s'accommoder de la domination des techniques et des sciences sur son existence, sans toutefois pouvoir leur faire confiance pour ce qui est de son bien-être. J.-F Lyotard fut, avec Claude Lefort et Cornelius Castoriadis, l’un de membres de la revue Socialisme ou Barbarie, qui entendait dénoncer notamment le fourvoiement des régimes communistes. Il existe toutefois une réserve de fond au post-modernisme : peut-on dénoncer des idéologies historicistes au nom même d’une supposée « loi historique » de progrès ? On peut retenir du « post-modernisme » le souci de vigilance à l’égard des courants idéologiques « généreux » et enthousiastes, tout en essayant parallèlement d’éviter certains excès ou dérives consistant à tout relativiser ou à rejeter les idées de « vérité » ou « d’objectivité ».

1979, La Condition postmoderne.

 

LYSSENKO Trofime Denisovitch (1898-1976), botaniste et généticien soviétique. Par ses travaux sur la vernalisation du blé, il s’opposa à la théorie du gène, support invariant de l’hérédité, nia l’existence des chromosomes et affirma, après I.V. Mitchourine, et dans la lignée de Lamarck, l’influence du milieu et l’hérédité des caractères acquis comme facteurs de l’évolution des espèces. Pour Lyssenko, « il est évident (...) que les thèses fondamentales du mendélisme-morganisme sont fausses » et qu’elles « sont un exemple de métaphysique et d’idéalisme ». Le généticien russe estimait d’ailleurs que « les lecteurs et auditeurs soviétiques (...) savent pertinemment que les germes des organismes (...) sont un des résultats de l’activité vitale des organismes parentaux », ce qui peut vouloir dire que l’action des parents influence la physiologie de leur enfant (ce qui est faux). La conception génétique environnementaliste de Lyssenko flattait et nourrissait bien sûr l'idéologie soviétique égalitariste selon laquelle il est possible de modifier l’espèce humaine par une action de l’éducation et de la culture. Lyssenko fut comblé d’honneurs en U.R.S.S. Son ouvrage, Agrobiologie. Génétique, sélection et production des semences, fut traduit et publié en France en 1953. Les intellectuels communistes français Jean Champenois, Laurent Casanova et Louis Aragon, sans rien connaître de la génétique, firent l’éloge des théories lyssenkistes et contribuèrent à leur succès. D’une façon générale, de nombreux politiciens et gens de lettres de gauche se laissèrent berner et séduire par ces théories. Seuls des scientifiques, comme Jean Rostand ou Jacques Monod (Combat, 15 septembre 1948), auront eu la lucidité de dénoncer l’imposture. Le lyssenkisme demeurera doctrine officielle en Union Soviétique jusqu’en 1965, avant d’être dénoncé et abandonné. C’est que, comme le note Dominique Lecourt, « le lyssenkisme faisait corps avec l’être même du régime soviétique ; l’abandonner, c’était remettre en question ce qui constituait la justification métaphysique de cette société ». Quelques rares généticiens russes eurent le courage d’objecter les thèses de Lyssenko ; ils furent arrêtés, déportés et moururent au goulag.

 

MACHONIN, sociologue. Son étude en 1969 sur la stratification en Tchécoslovaquie (traduite en français par Strmika & Vavakova en 1972) a montré que, dans les sociétés socialistes de l'Europe de l'Est, la stricte hiérarchisation caractéristique des sociétés occidentales entre emplois manuels et emplois non manuels a cédé la place à un système de stratification plus complexe, mais que l'inégalité sociale, qu'on croyait propre au système capitaliste libéral, n'y a pas été supprimée.

 

MANNHEIM Karl (1893-1947), sociologue d’origine hongoise, réfugié en France puis en Angleterre. L’un des fondateurs, avec Max Scheler, de la sociologie de la connaissance. Prenant l’exemple des « Junkers », grands propriétaires fermiers allemands, il expose le fait que les représentations établies par le sens commun sur ce groupe social ne correspondent pas à la réalité : en l’occurrence, les Junkers sont considérés comme étant « anti-modernistes », alors qu’au contraire ils se comportent en vrais industriels capitalistes et manipulent des outils et méthodes de gestion très modernes. Il se produit dans ce cas un phénomène de « fausse conscience » publique. Pour Mannheim, ce phénomène de « fausse conscience », ce décalage entre la réalité et la représentation, est dû au fait que la formalisation théorique des phénomènes sociaux est sans cesse en retard par rapport à l’évolution de ces phénomènes.

1929, Ideologie und Utopie, Bonn, F. Cohen ; trad. partielle 1956, Idéologie et utopie, Paris, Marcel Rivière.

 

MANTELL Gideon, médecin, passionné de minéraux et de fossiles. Avec son épouse Mary Ann, il découvrit en 1820, onze ans après la découverte de William Smith, de grosses dents incluses dans de la pierre, puis quelques os alentour : des os de dinosaure. Ce fut la naissance de la « paléontologie » et d’une idée (scientifique) d’histoire de la vie antérieure à celle de l’espèce humaine. La découverte d’os de dinosaures au début du XIX° siècle crée une révolution dans les esprits.

 

MARIOTTE, abbé Edme (1620-1684), physicien français. Dans son essai De la végétation des plantes (1679), convaincu de la nature physique de la vie, il expose les premiers éléments d'une théorie atomiste de la génération et du développement. Il pense que les mécanismes de la vie sont matériels et atomiques, pressentant ainsi, au XVIIème siècle, l'avènement de la biologie et de la génétique moléculaires. C’est un précurseur des idées de Cuvier, Mendel et Darwin.

 

MARX Karl (1818-1883), sociologue, économiste et philosophe allemand. Considère que l'humanité ne peut atteindre le bonheur qu'après une révolution politique abolissant les classes, la hiérarchie et les inégalités sociales (et supposant évidemment que cette réalisation fût possible). Il a fondé une théorie mélangeant des aspects scientifiques, économiques et moraux. Marx, en effet, analyse d'une façon rigoureuse et scientifique, le mode de fonctionnement de l'économie capitaliste… et en même temps condamne l'inégalité sociale et prône la révolte des « opprimés ». Sa théorie, concrétisée par la révolution bolchevique de 1917 menée par Lénine en Russie, génèrera une société dans laquelle les inégalités entre les hommes ne sont pas supprimées mais maintenues sous d'autres formes, moins perceptibles. L’égalitarisme marxiste influencera profondément les milieux intellectuels et universitaires français dans les années 1950 jusqu’à nos jours. Il reste de la pensée de Marx et de celle des « Lumières » que l'inégalité sociale est considérée (à gauche) comme étant un fléau pour les hommes, et l'égalité sociale possible. Dans la pensée marxiste, l'égalité des conditions sociales représente un idéal à poursuivre, prometteur de bonheur pour l'humanité, et dont le projet est réalisable.

Courant de pensée s’affirmant pourtant « scientifique » et « matérialiste », le marxisme n’a que peu considéré et étudié la diversité naturelle des hommes (et notamment de leurs tempéraments et potentialités cognitives), la matérialité des processus psychologiques, la neurobiologie ou la génétique moderne. Ceci s’explique peut-être de par le fait que ces connaissances naturalistes mettent en difficulté l’idéologie marxiste égalitaire. Ce comportement dénégateur ou à tout le moins occultant du marxisme explique certainement par ailleurs le décalage important existant parfois entre certains discours politiques et la réalité de la nature humaine.

 

MARXISME ANALYTIQUE. Courant de pensée, né à la fin des années 80 dans les pays anglo-saxons. Ce courant s’emploie à expurger le marxisme de ses composantes mystiques, idéologiques et prométhéennes pour n'en retenir que les aspects objectifs, rationnels et scientifiques. C’est un projet d'appliquer à la théorie de Marx les critères de la philosophie analytique, à savoir la passer au crible de la scientificité, en la débarrassant de ses éléments idéologiques et moraux. La question qu’on peut évidemment se poser est la suivante : que restera-t-il d’autre du marxisme qu’une philosophie analytique standard ou un individualisme méthologique si on l’expurge de toute dérive holiste et morale ? Le « marxisme » peut-il survivre à sa propre « démarxisation » ?

Les principaux auteurs et ouvrages de ce courant sont :

Elster John, Cohen Gerry A., 1978, Karl Marx's Theory of History : a defense ;

Wright Eric O., 1985, Classes ;

Roemer John, 1983, A General Theory of Exploitationand Classe & 1986, Analytical marxism ;

Van Parijs Philippe, 1992, Qu’est-ce qu’une société juste ?.

On compte parfois également parmi eux : Adam Przeworski, P. Brenner, Claude Offe, Perry Anderson, Baran, Sweezy-Wallerstein, O'Connor ou même John Rawls.

 

MATÉRIALISME : point de vue philosophique selon lequel il n’existe pas d’autre substance que la matière. Le matérialisme est généralement (et logiquement) lié à l'athéisme (puisque les croyants pensent que « Dieu » n’existe pas quelque part de façon matérielle). Le matérialisme, dans une version « moniste », s’applique aux phénomènes vivants, à l’être humain et même à la « pensée » de l’être humain (ou d’autres animaux). On peut l’opposer au « dualisme », pour lequel les phénomènes de la pensée humaine (raisonnement, sentiments, « conscience »…) ne peuvent se réduire à de la matière. On peut d’ailleurs se demander si le matérialisme peut être autre que « moniste » : un matérialisme qui ne serait pas moniste, en effet, ne serait-il pas déjà « dualiste » ? Le matérialisme moniste est rejeté et combattu par les religions mais également par les idéologies ultra-environnementalistes ou égalitaristes (qui sont mises en difficulté par le caractère matériel des processus cognitifs et héréditaires). Idéologies ultra-culturalistes ou égalitaires sont souvent corrélées avec un dualisme cognitif – sans qu’il soit d’ailleurs facile, du point de vue des relations inférentielles, de savoir si les premières sont inspirées et nourries par le second… ou si le second est une conséquence nécessaire et « utile » (au sens parétien) des premières.

 

MAUPERTUIS Pierre Louis Moreau de (1698-1759), mathématicien, savant et essayiste français. Il introduisit les théories de Newton en France en 1730. Dans le domaine de la biologie, où il reprit la thèse atomiste de Mariotte, il exprima un transformisme intégral (Essai sur la formation des corps organisés) et pressentit l'idée de « mutation » des biologistes modernes. Il élabora la notion « d'hérédité particulaire » (particules séminales). C’est un précurseur de la génétique moderne.

 

MÉCANISME : théorie philosophique admettant qu'une classe ou la totalité des phénomènes peut être ramenée à une combinaison de mouvements physiques. Le mécanisme est évidemment une forme de matérialisme, accusé souvent de réductionnisme – bien qu’il soit mal aisé d’opérer une distinction d’espèce entre matérialisme et mécanisme (ou sauf à avoir une conception « dualiste » du matérialisme). On pourrait dire que le « mécanisme » est l’acception « physique » du matérialisme moniste.

 

MÈME : Il s’agit, dans le langage de l’anthropologie culturelle et de l’épidémiologie des représentations, d’une représentation mentale unitaire, qui se communique de manière fidèle entre individus et peut, en se propageant avec succès, constituer une représentation « culturelle ». Il en irait ainsi non seulement des éléments de la connaissance, du savoir, enseignés et transmis à l’école ou dans les livres, mais également des croyances, des proverbes ou des valeurs. Ce terme est utilisé notamment par Richard Dawkins (1976 ; trad. 1991, Le Gène égoïste) ou Dan Sperber (1996, La Contagion des Idées). Le « mème » entre dans le cadre d’une conception naturaliste, nominaliste et matérialiste moniste de la cognitivité et de la « culture » : les « idées » (ou « représentations ») y sont conçues comme se manifestant sous la forme d’un réseau synaptique à l’intérieur du cerveau (de l’être humain ou d’un autre animal). Le sens commun appelle « culturelle » une représentation qui a été construite ou adoptée par un grand nombre de cerveaux humains. Un phénomène « culturel » est l’agrégation d’un certain nombre de réprésentations inscrites dans des cerveaux humains (et non un supposé phénomène abstrait transcendant les individus et les cerveaux).

 

MENDEL Jan Rehor, dit Gregori (1822-1884), moine botaniste morave. Fondateur de la génétique, il hybrida méthodiquement des lignées pures (homozygotes) de variétés de pois. Il constata, comme Naudin, l'uniformité de la première génération d'hybrides, semblables à celui des parents qui porte le caractère dominant (loi de dominance) et le polymorphisme de la suivante, dont les individus se répartissent statistiquement en homozygotes dominants (25 %) et récessifs (25 %) et hétérozygotes dominants (50 %). Enfin, il établit que les différents couples de caractères (allélomorphes) se transmettent indépendamment les uns des autres. D’abord méconnues, les lois de l'hybridation (ou lois de Mendel) furent vérifiées simultanément par H. de Vriès, Correns et E. Tschermak.

1865, Versuche über Pflanzen Hybriden ;

 

MENGER Carl (1840-1921), économiste autrichien. Il pensait que l'économie devait devenir « scientifique », c'est-à-dire qu'elle devait adopter une démarche déductive et formelle en partant de principes élémentaires concernant d'une part le comportement des individus, et d'autre part les lois du marché, ceci pour parvenir à des lois universelles. Il fut en quelque sorte l'un des précurseurs de « l'individualisme méthodologique » en économie. Menger s’opposait dans ce débat à Gustav Schmoller, qui préférait une approche holiste de la société.

1883, Recherches sur la méthode des sciences sociales.

 

MEYER Nona, sociologue française. Elle critiqua les méthodes du sociologue Pierre Bourdieu. Dans « L'entretien selon Pierre Bourdieu » (Revue française de sociologie, n°36, 1995), notamment, Nona Meyer effectue une analyse critique de La Misère du monde, reprochant notamment à son auteur d’orienter le discours des personnes interviewées (ne serait-ce que par le choix des termes, connotés de façon favorable ou péjorative) et de prédéterminer ainsi de manière subjective (et non scientifique) les conclusions ultérieures, grévant leur caractère scientifique.

 

MICHELS Robert (1876-1940), sociologue de la politique, américain. Il mettra en évidence « la loi d’airain de l’oligarchie », montrant comment les grands partis politiques et les syndicats eux-mêmes finissent progressivement par être dirigés par une minorité de dirigeants professionnels qui prétendent parler au nom de la base militante. D’un côté, le besoin d’une organisation stable conduit tout parti à se doter de permanents professionnels ; d’un autre côté, la relative indifférence de l’opinion à l’égard des pratiques démocratiques aboutit à la consolidation d’un noyau oligarchique, qui monopolise le pouvoir politique. R. Michels met ainsi en exergue la contradiction des organisations de masse, contradiction entre leurs valeurs démocratiques d'une part et l’élitisme de leur fonctionnement commandé par les nécessités de l’efficacité. Les travaux de R. Michels relativisent et mettent en question les idéaux égalitaires.

 

MILL John Stuart (1806-1873), économiste. Il a popularisé le terme « d'homo oeconomicus ». Mill reçut par son père une instruction austère et inhumaine, contre laquelle il se révolta, avant de théoriser « l'utilitarisme ». Celui-ci ne se réduit pas à un matérialisme hédoniste ou à un « égoïsme » comme il est souvent répandu dans le sens commun : il s’agit d’une pensée d'inspiration humaniste, qui se fonde sur la vision d’individus actifs et responsables.

 

MILLS Wright C. (1916-1962), sociologue américain. Mills ne croyait pas à la possibilité de construire une « théorie suprême », à un modèle de compréhension globale de la société qui engloberait tous les phénomènes sociaux.

 

MISRAHI Robert, philosophe français. Considère que le bonheur, plus qu'un état ou une situation de  fait subis, est le fruit d'une décision individuelle, l'aboutissement d'une construction personnelle réfléchie, adaptés aux faits et aux contingences. Dans ce cadre de pensée, le bonheur (ou le malheur) de l’individu n’est pas déterminé par son statut ou son revenu. Il ne dépend pas de critères objectifs extérieurs, mais de la philosophie qu’il se forge sur la base de sa position dans le monde.

1997, Qu'est-ce que l'éthique ? Éthique et bonheur, Paris, Colin ;

1996, La jouissance d'être, Encre marine ;

1987, Les Actes de la joie ; fonder, aimer, agir, Paris, Puf.

 

MITCHOURINE Ivan Vladimirovitch (1855-1935), agronome russe. Auteur des premières expériences de sélection artificielle en Russie, il affirma, sous le régime marxiste et pour le compte de cette idéologie, que l'influence du milieu serait capable de modifier les caractères héréditaires des hybrides. Ses idées furent développées par Lyssenko, avant d'être dénoncées et reconnues comme fausses. C’est là un cas de théorie scientifique encensée pour des raisons idéologiques avant de se révéler finalement fausse – le contraire des travaux d’un Pierre Debray-Ritzen, d’abord condamnés et rejetés pour des motifs idéologiques, avant de s’avérer finalement vrais. On observe là que le « vernis moral » inspiré par des intérêts idéologiques (et personnels) peut aussi bien faire imposer une théorie fausse que faire rejeter une théorie vraie.

 

MORELLY, philosophe français du XVIII° siècle. Il exposa les bases d'un communisme primitif de type agraire qui influença Gracchus Babeuf. La vie et la personnalité de ce philosophe restent mal connues.

1743, Essai sur l'esprit humain ;

1745, Essai sur le coeur humain ou Principes naturels de l'éducation ;

1755, Code de la nature.

 

MORGAN Thomas Hunt (1866-1945), biologiste américain. Avec ses élèves, C.B. Bridges, A.H. Sturtevant et H.J. Muller, il fit faire des progrès considérables à la génétique. Utilisant comme matériel d'expérience la mouche du vinaigre (drosophila melanogaster), ils décelèrent en quelques années et sur des centaines de milliers de mouches quatre cent mutations précises. En les combinant méthodiquement deux à deux, ils montrèrent qu'elles se répartissent en quatre groupes, qui se transmettent solidairement et correspondent à des gènes situés sur le même chromosome. Ils purent ainsi établir la carte de répartition des gènes sur les chromosomes. Morgan obtint le Prix Nobel de médecine en 1933.

1925, La Génétique de la drosophile ;

1926, La Théorie des gènes ;

1933, Embryologie et Génétique.

 

MOSCA Gaetano (1858-1941), juriste et théoricien politique italien. Il montra que, même dans un régime démocratique, le pouvoir finit par échouer entre les mains d’une minorité, qui se montre habile à justifier sa domination par le recours à de faux-semblants civiques et moraux. Mosca annonça ainsi les travaux de Michels sur la « loi d’airain de l’oligarchie ».

 

MULLER Hermann Joseph (1890-1967), biologiste américain. A mis en évidence, au moment de la conception de l’embryon, les phénomènes de « linkage » (groupes de liaison de chromosomes) et de « crossing-over » (mélange des gènes par entrecroisement des chromosomes), les gènes létaux et la fréquence des mutations. Prix Nobel de médecine en 1946. Les phénomènes de linkage et de crossing-over montrent que les gènes se transmettent non pas individuellement mais par grappes. La combinaison des gènes d’un individu est donc supérieure à la simple combinaison des chromosomes de ses parents, et le degré d’unicité d’un individu proportionnellement élevé. Ceci nous enseigne en outre que d’une part que la « sélection naturelle » peut retenir des gènes « inutiles » (parce qu’ils se sont trouvés par hasard accolés à un gène « utile » ou « favorable »), et d’autre part que de mêmes caractères physiques et psychologiques peuvent se trouver associés sur des séquences voisines de l’ADN et donc se trouver souvent transmis ensemble.

 

NATURE/NURTURE : expression empruntée à La Tempête de Shakespeare pour désigner la controverse ayant eu lieu aux États-Unis de 1910 à 1930 entre les partisans des déterminismes naturels et culturels dans la formation de la personnalité des individus et les phénomène sociaux. Cette controverse se poursuit toujours aujourd’hui, plus souvent orientée d’ailleurs par des parti-pris idéologiques (de droite ou de gauche) que par la connaissance de la neurobiologie et de la génétique.

 

NOMINALISME : doctrine philosophique selon laquelle les idées générales ne sont que des noms, des mots, et que n’existent vraiment que les objets réels. Également doctrine scientifique qui substitue l'idée de réussite empirique, de commodité, à celle de connaissance absolue, de « vérité ». Pour le nominalisme, aucune structure ou entité ne dépasse la dimension de l’individu. Enfin, Stirner entendait le nominalisme comme la résistance nécessaire de l’individu à différentes dérives holistes ou structuralistes de la politique ou de théories en sciences humaines.

 

NOZICK Robert (1938), philosophe de la politique, dit « libertarien ». Connu principalement pour avoir critiqué la « théorie de la justice » de John Rawls, comme étant trop « sociale », redistributive : pour Nozick, en effet, toute intervention de l’Etat dans le domaine de l’économie ou du social est une atteinte à la liberté et à la dignité de l’individu. R. Nozick intéresse notre sujet de recherche à au moins trois titres : il a défini, en logique épistémique, des « conditions nécessaires et suffisantes » à l’établissement d’une « connaissance » chez le sujet (nécessité dite « conditionnelle-contrefactuelle ») ; il a étudié, en anthropologie des croyances, les raisons et mobiles des valeurs et idéaux égalitaires (liés principalement selon lui au ressentiment et à l’envie) ; et il a réfléchi, en philosophie de la politique, à la question de la justice sociale (en défendant un point de vue individualiste, libertaire, « ultra-libéral »).

1974, trad. 1988, L’Anarchie, l’Etat et l’utopie, Paris, Puf ;

 

OCKHAM (ou OCCAM) Guillaume d’, (vers 1285-1349), philosophe anglais, de posture « nominaliste ». Ockham fut l’un des plus anciens formulateurs de la posture nominaliste. Pour lui, les universaux (genres, espèces, différences) n’ont pas d’existence réelle (in re), et même les idées individuelles sont sans réalité : les mots ne sont que des abstractions conventionnelles ne reposant sur aucune essence de la chose. Ockham rompt avec l’idéalisme thomiste et aristotélicien, pour lequel un intermédiaire intelligible entre la chose et la pensée était nécessaire à toute compréhension intellectuelle. Ockham remet en cause, ce faisant, tout l’édifice d’abstraction qui, au XIII° siècle, reposait sur le rapport établi par Aristote entre intellect agent et espèce intelligible. Pour le philosophe, en outre, il n’y a d’existence réelle et indépassable que celle des individus, ce qui en fait l’un des précurseurs de la sociologie dite « de l’action ». Sur un plan épistémologique, Ockham estime que la connaissance a intérêt à retrancher de son discours tout concept superflu. Ce principe, connu sous la métaphore dite du « rasoir d’Ockham », annonce le souci de rigueur logique et d’économie du courant néo-positiviste logique du Cercle de Vienne qui naîtra au début du XX° siècle. Le nominalisme d’Ockham pose les bases de l’autonomie de la raison humaine, dont il invite à délimiter les pouvoirs. Les vérités surnaturelles cessent d’être l’objet de la connaissance naturelle ; le savoir se sépare de la foi (ou, pourrait-on dire aujourd’hui, de l’idéologie). Ockham estime qu'en tout état de cause n'existent pas de « structures sociales » mais seulement des individus. On voit également dans la pensée d’Ockham les prémices de l’empirisme des grands philosophes anglais (Locke, Hume) et de la rationalité laïque.

1488, Summa totius logicae ; Somme de toute la logique, 1993, Mauvezin, Editions Trans-Europ-Repress (édition bilingue).

 

OLSON Richard, biologiste et cogniticien américain. Chercheur à l’Université du Colorado, il a étudié la dyslexie. Se demandant pourquoi 50 % des familles touchées comptent non pas un, mais plusieurs membres dyslexiques, R. Olson compara en 1985 les performances de « vrais » et « faux » jumeaux et découvrit une forme d'aptitude génétique à la lecture. La « procédure phonologique » est en effet beaucoup plus proche chez les monozygotes que chez les hétérozygotes. Cette différence entre vrais et faux jumeaux, en revanche, disparaît lorsqu'il s'agit de comparer les « aptitudes lexicales ». L’étude suggère donc que les processus phonologiques sont au coeur des bases héréditaires de la lecture. Les travaux et intuitions de R. Olson se trouveront confirmés plus tard : en effet, depuis le début des années 1990, la piste génétique se précise. Le chromosome 15 puis le 1, semblent impliqués dans l'apparition de la dyslexie. Des travaux, menés en 1998 par une équipe de l'université d'Oxford, ont confirmé l'existence de gènes de susceptibilité sur le chromosome 6. Selon John Stein, auteur de l'étude, ces gènes interviennent dans le mécanisme de contrôle du développement du système nerveux. À ce titre, les intuitions naturalistes du psychiatre Debray-Ritzen concernant la dyslexie, qui avaient été rejetées dans les années 1970 pour des raisons idéologiques, se trouvent là confirmées.

 

ORIGINE SOCIALE : élément souvent utilisé par la sociologie traditionnelle pour « expliquer » de nombreux phénomènes scolaires ou sociaux. Or, cette origine sociale n’est probablement pas un facteur simple et fiable grâce auquel serait assurée de façon mécanique la transmission du statut social de génération en génération. En effet, d’une part, ce facteur occulte ou minimise les paramètres naturels impliqués dans les processus d’apprentissage (comme les capacités d’attention, de mémoire de travail, de stockage des données, de rappel, la vitesse de traitement de l’information, etc…). Et d’autre part, on ne voit pas précisément comment la profession des parents vient agir en classe auprès de l’élève pour l’aider à comprendre une notion ou mémoriser des données (ce qui est tout de même l’ingrédient essentiel de ce qu’on appelle la « réussite scolaire »).

 

OWEN Robert (1771-1858), réformateur et socialiste britannique. Proposa dans ses Nouveaux Points de vue sur la société ou Essais sur la formation du caractère humain (1812) un plan de transformation de la législation sociale du travail. Il tenta (sans succès) de fonder une colonie communiste en Amérique. De retour en Angleterre, il exposa ses théories communistes et utopiques qui contribuèrent au développement du mouvement chartiste, influencèrent le français Cabet mais furent critiquées par Fourier.

 

PALÉONTOLOGIE. Science de l’histoire ancienne (paleos) du développement de la vie, et notamment celle de l'espèce humaine. À ce titre, et contrairement à ce qui est souvent pensé dans le sens commun, l’espèce humaine n'évolue pas de façon continue et linéaire depuis l'australopithèque jusqu'à l’homme moderne comme en une lente et régulière métamorphose. Il semble au contraire que plusieurs espèces distinctes et fixes se succèdent à la façon de « paliers génomiques » à la suite de mutations génétiques globales. Notre espèce humaine, homo sapiens sapiens, est ainsi âgée d’une centaine de milliers d’années. La plus ancienne sépulture de cette espèce est datée de 92.000 ans et a été trouvée à Qafzeh, en Israël – région du globe qui se trouve par ailleurs être justement le point de départ des trois religions monothéïstes (judaïsme, christianisme, islam). Notre espèce a succédé à et cohabité avec celle d’homo sapiens neandertalensis, éteinte il y a environ 35.000 ans. En fait, les siècles et les millénaires modifient très peu le génome de l’espèce humaine, et par conséquent sa « nature », son tempérament, ses capacités cognitives et sa diversité naturelle. Ceci relativise la légitimité de certaines religions ou idéologies qui, au XIX° siècle ou au début du XX°, espéraient pouvoir modeler et améliorer la nature humaine (pour la rendre par exemple plus homogène et égalitaire).

 

PARETO Vilfredo (1848-1923), ingénieur puis sociologue italien. L’un des précurseurs de la sociologie de la connaissance et de la philosophie politique. Il affirmait notamment la nécessité de « circulation des élites » entre les générations comme condition d’un équilibre social à long terme. Pour Pareto, l’objet de la sociologie est l’analyse des croyances fausses et « utiles » (pour celui qui les adopte). Une croyance est « utile » lorsqu’elle sert les intérêts affectifs ou idéologiques de l’acteur. V. Pareto a utilisé le terme de « dérivation » pour qualifier des constructions pseudo-rationnelles (croyances, idéologies ou théories) par lesquelles l’acteur justifie son discours ou ses actes. Pour Pareto, la sociologie doit s’intéresser aux actions apparemment non logiques, qui relèvent de choix irrationnels ou sont dictées par les sentiments, les croyances ou la tradition. À l’origine des actions apparemment non logiques, notamment, Pareto identifie des « résidus ». Ces résidus consisteraient en propositions exprimant peut-être des tendances comportementales naturelles de l’acteur, liées aux instincts ou au tempérament (au désir, au plaisir, à l’appétit…). Les « résidus » ne s’expriment pas comme tels mais se déguisent sous la forme de « dérivations ». Pour imposer à son auditoire et se convaincre lui-même de croyances fausses, utiles à ses intérêts personnels (psychologiques ou idéologiques), l’acteur tente de les justifier par une argumentation qui est en apparence fiable, mais est en réalité frauduleuse. Cette argumentation frauduleuse est appelée par Pareto le « vernis logique ».

1916, Trattato di sociologia generale (Traité de sociologie générale), 1968, Genève, Droz.

 

PARSONS Talcott (1902-1979), sociologue américain. A diffusé dans son pays des auteurs européens comme Durkheim, Weber et Pareto. L’hypothèse centrale de son approche est que la société est un système qui tend spontanément vers un certain équilibre. Cet équilibre est gouverné par des valeurs qui sont elles-mêmes intégrées au sein d’une culture admise par tous.

1951, The Social System, New York, Free Press.

 

PASTEUR Louis (1822-1895), chimiste et biologiste français. Ses études sur les fermentations lui permirent de découvrir les micro-organismes à leur origine et de critiquer et réfuter, après des expériences minutieuses, la théorie de la génération spontanée alors défendue par Pouchet (qui croyait que des germes pouvaient surgir ex nihilo à l'intérieur d'un bocal stérile). Pasteur ramena de la « Mer de glace », à Chamonix, des bocaux d'air dans lesquels les micro-organismes se développèrent en moins grand nombre que dans des bocaux d'air prélevé à Paris. Il montra ainsi que la vie ne peut pas sortir spontanément du néant, même si ce dont elle sort est invisible à l’œil nu. Il démystifia une croyance fausse et suggéra que de la matière est toujours à l’origine de toute manifestation vivante.

 

PEIRCE Charles Sanders (1839-1914), philosophe, logicien et épistémologue américain. La thèse fondamentale du « pragmaticisme » de Peirce est de juger de la vérité de nos idées selon leur portée pratique, c’est-à-dire de la possibilité de les contrôler expérimentalement. Il contribua aussi au développement de la logique mathématique des relations et fonda la science générale des signes ou « sémiotique ».

1878, Comment rendre nos idées claires.

 

PENROSE Roger (1931), mathématicien et philosophe de l’esprit britannique, partisan d’un « matérialisme subtil ». Selon ce « matérialisme subtil », le psychologique s’expliquerait certes par des causes matérielles mais celles-ci relèveraient néanmoins d’une physique différente de celle sur laquelle s'appuie la neurobiologie actuelle : la physique quantique par exemple (Eccles) ou même une physique encore à inventer, comme la « gravitation quantique » (Penrose, 1989). Ces hypothèses font l’objet de controverses : elles séduisent les dualistes, qui voient là une échappatoire au matérialisme moniste ; elles ne convainquent pas les monistes, qui y voient une « pneumatologie » spéculative cherchant à retarder les avancées d’une analyse matérialiste de la « conscience ».

 

PHILOSOPHIE ANALYTIQUE (1950-1965). Courant anglo-saxon (G. Frege, 1848-1925 ; B. Russell, 1872-1970) cherchant à réduire les expressions complexes en expressions simples et non-ambiguës. Son objet privilégié est le langage, dans son emploi et son rapport à la vérité. Elle est héritière à la fois du positivisme logique et de la pensée de Bertrand Russell (1872-1970). Proche de la logique formelle et de la linguistique, la philosophie analytique rejette la prétention de la philosophie à connaître le monde (ce qui est le rôle de la science) et s'intéresse plutôt aux énoncés du langage. La philosophie analytique se développe en plusieurs temps. Il y a d'abord, en Angleterre, les travaux de Russell et Whitehead (1910) sur le fondement logique des mathématiques. À partir de 1929, elle reçoit l'apport décisif du néo-positivisme du Cercle de Vienne (Wittgenstein, Carnap, Feigl, Schlik, Gödel) qui prétend réduire toute connaissance à deux types de vérités : logique et empirique. Ensuite, après 1950, l'analyse du « langage ordinaire » (Wittgenstein, Strawson, Austin), tourne le dos à la question de la vérité et se concentre sur l'usage qui est fait du langage pour agir. Willard V.O. Quine (né en 1908), professeur à Harvard, a développé une approche analytique critique de la notion de vérité empirique. John Searle (Les Actes de langage, 1972) et Saul Kripke (La Logique des nos propres, 1980) sont des continuateurs de la philosophie du langage ordinaire. Le courant analytique est aujourd'hui divisé sur la question de la vérité et de la rationalité. Tout en gardant des méthodes spécifiques (examen des problèmes a priori, attention portée aux énoncés), certains héritiers du courant analytique se trouvent aujourd'hui plus impliqués dans des recherches sur la nature des phénomènes mentaux que sur la question du langage (D. Davidson, H. Putnam, J. Searle). L'Ecole anglaise d’Oxford est représentée par G. Ryle (1900-1976) ou John Langshaw Austin (1911-1960).

La « philosophie de l'esprit » notamment s'est développée sur le terrain de cette philosophie analytique, en en emprutant la rigueur d’expression et d’argumentation.

L’intérêt du Cercle de Vienne, de la philosophie analytique et de la philosophie de l’esprit pour notre recherche est triple : c’est à la fois une réflexion sur le fonctionnement des capacités cognitives de l’homme (relatif au processus des inégalités socio-scolaires), une réflexion sur la construction des croyances et valeurs dans l’esprit de l’acteur (relative à la construction des croyances et valeurs égalitaires) et un guide méthodologique de démarche scientifique rigoureuse et dénuée d’ambiguïté ou de parti-pris idéologique.

 

PHILOSOPHIE DE L'ESPRIT (1975-). Courant lié à l'essor des sciences cognitives. Les débats s'articulent autour de la question de l'intentionnalité, du rapport cerveau/esprit et notamment de la matérialité de la pensée. Ses principaux représentants sont : John Searle (né en 1932), Hilary Putnam (né en 1926), J. Fodor (né en 1935), Richard Rorty (né en 1931), D. Dennett (né en 1942) ou encore Patricia Churchland. Leurs degrés de matérialisme en matière de cognition sont d’ailleurs divers.

 

PHILOSOPHIE MORALE (1975-). La fin du XX° siècle a vu la réapparition et la redécouverte de la philosophie morale, issue souvent de la tradition phénoménologique (Husserl, Heidegger, Sartre, Merleau-Ponty…). Elle est représentée par Wladimir Jankélévitch (1903-1985), Emmanuel Lévinas (1905-1995), Hans Jonas (1903-1993) ou Paul Ricoeur (né en 1913). Ces penseurs, souvent dualistes ou métaphysiciens, préoccupés avant tout de « morale », sont souvent réticents à une conception matérialiste de la pensée (comme en témoigne par exemple l’entretien entre Paul Ricoeur et Jean-Pierre Changeux publié chez Odile Jacob).

 

PIAGET Jean (1896-1980), psychologue suisse. A étudié le développement de l’intelligence de l’enfant, par successions de stades. Sa conception du développement de l’intelligence est d’abord environnementaliste : « l’intelligence » de l’enfant se développe par son action avec l’environnement – ce qui, en un certain sens, est vrai. Piaget se trouva confronté aux thèses naturalistes de N. Chomsky au cours d’une célèbre controverse, ayant eu lieu à Royaumont en 1975.

1923, Le langage et la pensée chez l’enfant ;

1925, Le Jugement et le Raisonnement chez l’enfant ;

1926, La représentation du monde chez l’enfant ;

1947, La naissance de l’intelligence ;

1966, La psychologie de l’enfant ;

1967, Biologie et connaissance.

 

PLACE, philosophe de l’esprit, partisan d’un matérialisme « dur ». Il a formulé dans les années 50 et 60, avec deux de ses collègues anglo-saxons, Smart et Feigl, la théorie selon laquelle le rapport de l'esprit au cerveau est un rapport d'identité : l’esprit est le cerveau ; le cerveau est l’esprit. C'est la thèse du « matérialisme dur » : à chaque « état mental » correspond un « état cérébral » ; avoir l'idée de « pomme » est identique à un certain état physique, chimique et organisationnel du cerveau (qui ne s’apparente évidemment pas à une image de pomme). Cette conception fait l’objet de controverses. Elle rencontre bien sûr l’objection radicale des dualistes.

 

PLATON (428-348 av.JC), philosophe grec. Dans le Mythe de la Caverne, Platon explique que les hommes, souvent, ignorent la vérité des choses parce qu’ils se bornent aux apparences visibles pour l’œil et réagissent d’abord par le déni à qui découvrirait et leur enseignerait la vérité. Ainsi en est-il pour l’opinion publique, les sociologues et les psychologues, pour lesquels les processus neurobiologiques ne sont pas visibles à l’œil nu.

 

PLOMIN Robert, Américain, généticien du comportement. Directeur du Center for Developmental and Health Genetics (université de Pennsylvanie, Philadelphie), il a travaillé également à l'Institut de psychiatrie de Londres. R. Plomin conduit un programme de recherches destiné à identifier des gènes liés aux potentialités cognitives. Il ne pense pas que « l'intelligence » soit sous la commande d'un seul, ni même d'un faible nombre de gènes, mais de nombreuses séquences dispersées sur l’ensemble des chromosomes. Plomin estime également que les gènes influencent les capacités cognitives jusqu'à un âge très avancé. En mai 1998, il a annoncé avoir localisé un gène facilitant l'action d'une hormone de croissance proche de l’insuline, l’IGF-2, laquelle favoriserait les capacités cognitives.

1998, « Intelligence et génétique », Pour la science, n° 254, décembre, pp. 120-126.

 

POPPER Karl Raimund (1902-1994), épistémologue des sciences humaines. Il s’attacha à établir la distinction entre la démarche de la science et celle du discours pseudo scientifique. La science, en effet, n'énonce pas des vérités mais des propositions réfutables. Une hypothèse ou une idée qui n’est pas réfutable n’est donc pas scientifique : il s’agit en réalité d’un dogme. Dans La Société ouverte et ses ennemis, Popper reprochait notamment à Marx d'avoir conçu son oeuvre comme un « système clos et dogmatique, s'immunisant en permanence contre les verdicts contraires du réel ». Selon l'auteur de Conjectures et réfutations, une théorie scientifique forme un corps d'hypothèses (ou conjectures) dont la validité se mesure à sa capacité à résister à des expériences cruciales susceptibles de tester sa validité. La science progresse donc par conjectures et réfutations. Le propre de la science réside dans sa capacité à se corriger elle-même et non dans le fait de proposer des vérités définitives. Popper a forgé le terme « d’historicisme », qui désigne l’idée d’une « loi historique de progrès de l’humanité », idée dont il se départissait.

1930-1933 (1999), Les Deux Problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance, Hermann ;

1934 (1978 & 1984), La logique de la découverte scientifique. préf. de J. Monod. Paris, Payot ;

1944-1945, Misère de l’historicisme ;

1963 (1985), Conjectures et réfutations, Paris, Payot ;

1972, La connaissance objective, 1982, Complexe, SPRL ; 1991, Paris, Aubier.

 

POSITIVISME. Courant se distinguant du réalisme en ce sens qu'il ne se fie qu'aux faits observables et aux lois qui les relient entre eux. Il ne s'autorise pas à théoriser ce qui n'est pas observable. Pense en outre qu'il existe une explication à tout phénomène, même si elle échappe (encore) à la connaissance humaine.

 

POSITIVISME LOGIQUE (1925-1940). Courant appelé parfois « néopositivisme », ou encore « empirisme logique », le positivisme logique désigne le groupe de philosophes et logiciens rassemblés dans les années 30 autour du « Cercle de Vienne », qui dénoncent la métaphysique spéculative. Pour eux, seul est rigoureux un discours fondé soit sur la raison, soit sur les faits positifs observés. Un travail de recherche en sciences humaines sur les valeurs et représentations à l’œuvre au sein même de ces sciences humaines ne peut que gagner à souscrire à cette démarche méthodologique.

 

POSTMODERNISME. L'adjectif « postmoderne » fut introduit par Jean-François Lyotard pour désigner l'état dans lequel se trouve la culture après l'abandon des « grands récits » idéologiques (utopies politiques, idéologie du progrès, « avenir radieux », etc.) qui ambitionnaient de donner un sens global à la vie humaine. La « condition postmoderne » désigne donc un phénomène historique, qui marquerait une rupture par rapport à la « modernité ». En tant que courant intellectuel, le postmodernisme caractérise, au départ, une école architecturale, mais le mot est venu à décrire la posture relativiste des penseurs pour lesquels toute connaissance est une interprétation du réel, sans que l'on puisse établir une hiérarchie dans la valeur des interprétations. Le postmodernisme est associé, aux États-Unis, à la réactivation des approches critiques du savoir (M. Foucault, G. Deleuze) et au développement de la pratique de la déconstruction du sens (J. Derrida). On range aussi parmi les idées postmodernes l'exigence radicale de traitement égal des cultures, des types de savoir, des jugements esthétiques. Ce n'est un mouvement clairement défini que dans certains domaines comme l'art, l'esthétique, la critique littéraire et l'anthropologie (C. Geertz, J. Clifford). Nous retiendrons de ce mouvement non pas son relativisme culturel (qui contient le risque d’une dérive vers la négation de faits objectifs) mais sa défiance à l’égard de tout mythe ou spéculation idéologiques.

 

POUCHET Archimède (1800-1872), biologiste français. Théoricien de la génération spontanée, qu'il pensait avoir prouvée expérimentalement. Pouchet croyait que des êtres vivants, des micro-organismes, pouvaient surgir spontanément dans un gaz ou un liquide stériles et isolés. Il s’opposa à ce titre dans une controverse avec Pasteur. Pouchet avait peut-être une part d'intuition fondée, au sens où les molécules organiques sont nées jadis d'un mélange liquide de molécules élémentaires ; mais il avait tort au sens où un liquide pur et stérile ne peut développer aucun organisme en l'espace de quelques mois – ou même quelques millénaires.

 

PREMACK David, psychologue et éthologue américain. A montré que les bébés étaient capables de notion de causalité et capables de prêter une intentionnalité aux choses, même si le raisonnement ou le traitement de l'information sous-jacente restent inconscients. Un bébé, par exemple, s'étonne de voir une boule percutée rester immobile. Premack suppose donc que ces capacités cognitives pré-existent dans le cerveau avant la naissance. Or, les notions de causalité et d'intentionnalité étant des éléments fondamentaux de la cognitivité, le cerveau en possèderait dès la naissance, en germe, la plupart des éléments constitutifs.

1976, Intelligence of Ape and Man, Hillsdale ;

1983, The Mind of an Ape, Norton ; trad. 1984, L'Esprit de Sarah, Paris, Fayard ;

1991, « « Connaissance morale » chez le nourrisson », in Les Fondements naturels de l’éthique, pp. 139-154.

 

PROGRÈS. L’idée de « progrès » recouvre au moins trois acceptions essentielles distinctes : 1°) le « progrès » en tant que fait objectif, neutre et constaté ; 2°) le « progrès » en tant que supposé mouvement spontané d’une société ou de l’humanité ; 3°) le « progrès » comme nécessité, par l’usage d’une action politique. Notons que les deux dernières acceptions sont antagonistes : si le « progrès » est supposé être spontané, alors il n’est pas besoin de le générer par une action politique ; inversement, si le « progrès » est considéré comme devant être impulsé de manière politique, il est supposé ne pas être spontané. Derrière cette évidence, se cache l’une des ambiguïtés d’une pensée « progressiste » comme le marxisme, qui estime à la fois que « le capitalisme tresse la corde qui le pendra » et à la fois que « les prolétaires de tous les pays doivent, etc… », c’est-à-dire qu’on ne sait pas si le « progrès » (entendu ici comme politique et social) est un mouvement naturel (et spontané) ou artificiel (et nécessaire). Or, il s’agit d’une question philosophique fondamentale, puisqu’à partir d’elle peuvent se justifier soit l’établissement du « goulag » d’un côté, soit un libéralisme total de l’autre, avec toutes les nuances intermédiaires possibles. L’idée de « progrès » humain, par ailleurs, peut concerner différents domaines : scientifique, technique, économique, social, politique, moral, psychologique, artistique, etc… Pour chacun de ces domaines, les acceptions définies plus haut sont différentes et indépendantes les unes des autres. Le « progrès » technique spontané, par exemple, justifie-t-il la nécessité d’un « progrès » en art ? Le « progrès » scientifique, technique et économique garantit-il le « progrès » politique, social et moral ? Le « progrès » moral, social ou politique de l’homme est-il souhaitable ?  Peut-être. Est-il possible ? Question (d’anthropologie)… Quoiqu’il en soit, l’idée de « progrès » n’est pas uniforme, mais polysémique et pluridisciplinaire. Le terme demande à être défini et précisé avant que d’être discuté et débattu.

 

PROGRESSISME. Posture philosophique et politique admettant ou promouvant l'idée de « progrès ». Elle est confrontée à la contradiction selon laquelle d'une part l’affirmation de la réalité historique du progrès suggère qu'il n'est pas nécessaire de le promouvoir, et inversement l'exigence de promotion du progrès suggère qu'il n'existe pas naturellement, donc qu’il n’est pas fondé d’un point de vue historique ou naturel. Par ailleurs, on ne sait pas toujours clairement si le « progressisme » s’applique à la technique, la science, l’économie, la politique, le social ou la morale (voire l’art).

 

PROST Antoine, historien et sociologue de l’éducation français. A. Prost a critiqué la théorie de P. Bourdieu, comme ne démontrant ni n’apportant rien de fructueux sur un plan sociologique.

1968, Histoire de l’enseignement en France, 1800-1967, Paris, Armand Colin, U ;

1970, « Une sociologie stérile : La Reproduction », Esprit, décembre.

 

PSYCHOLOGIE ÉVOLUTIONNISTE. Elle est issue d'expérience récentes montrant que, contrairement à ce que pensait Piaget, les enfants et les bébés sont dotés de compétences cognitives précoces, lesquelles ne pourraient être que natives. Ce courant actuel de psychologie dite « évolutionniste » se demande par conséquent si des capacités que l'on croyait (que l'on pouvait légitimement croire)  comme hautement dérivées de la culture humaine, ne sont pas en réalité ancrées dans des contingences naturelles (et nécessités évolutionnistes). Les capacités de calcul par exemple (comme, pour le singe macaque rhésus, dénombrer ses adversaires ou compter les fruits dans un arbre) sont en effet intimement liées aux chances de survie d’un individu.

 

PUTNAM Hilary (1926), logicien et philosophe américain, professeur à Harvard, théoricien du « fonctionnalisme ». Le fonctionnalisme est un large courant théorique des sciences cognitives et de la philosophie de l'esprit, selon lequel les phénomènes mentaux doivent être appréhendés à partir de leurs interactions, plutôt que par leur contenu. Une forme dominante du fonctionnalisme, sa version « computationnelle », situe les interactions causales au niveau d'un langage profond de la pensée, comparable aux langages de programmation des ordinateurs. D'où l'idée que de mêmes règles pourraient être à l'oeuvre dans un système artificiel et dans l'esprit humain (ce d’autant plus qu’il apparaît probable que l’homme fabrique et développe l’ordinateur à l’image de sa propre cognitivité). Putnam partage ce type de fonctionnalisme notamment avec Jerry Fodor.

1975, « The meaning of meaning », in Mind, Language and Reality, vol.2, p215, Cambridge U. Press ;

Représentation et réalité, Gallimard, 1990. Essai critique sur le fonctionnalisme.

 

RADNITZKY, philosophe et sociologue tchèque. Radnitzky pense que les croyances, et y compris les hypothèses et théories scientifiques, d’un acteur peuvent s’expliquer par un calcul économique « coût et avantages ».

 

RATIONALISME : posture consistant à considérer que le savoir valide est celui qui est conforme aux règles de la raison. En épistémologie, le rationalisme affirme que le savoir scientifique explique vraiment le monde parce qu'il repose sur des énoncés consistants et sur l'expérience.

 

RATIONALITÉ AXIOLOGIQUE : Hypothèse explicative selon laquelle l’acteur construit une valeur morale sur la base de connaissances, d’intérêts personnels et d’une construction rationnelle. Cette hypothèse est défendue par un courant de sociologues de la connaissance depuis Smith (qui a forgé le terme de « théorie judicatoire ») et Tocqueville jusqu’à Weber, Durkheim et aujourd’hui Raymond Boudon.

 

RATIONALITÉ LIMITÉE : Nuance d’hypothèse explicative de l’action du sujet, selon laquelle l’acteur agit certes de manière rationnelle et utilitaire, mais sans pour autant forcément disposer de tous les éléments de connaissance (ou de compétences cognitives) nécessaires à la satisfaction efficace ou idéale de son intérêt ou de son désir – ce qui peut expliquer parfois certaines distortions entre l’action observable du sujet et ses motivations réelles ou son intérêt. Cette notion a été exprimée et défendue principalement par H.A. Simon ou Raymond Boudon.

 

RAWLS John (1921), philosophe de la politique, américain, professeur à Harvard. Rawls est l’un des premiers philosophes à avoir réfléchi sur la question de la justice sociale après la suprématie de la pensée marxiste en la matière. Pour Rawls, la « justice sociale » s’entend peut-être comme le degré maximal d’inégalité qui puisse être considéré comme « équitable », acceptable, par tous les citoyens, y compris les plus démunis. En effet, l’intérêt du plus démuni n’est pas seulement de recevoir le plus d’argent possible grâce à une redistribution des richesses, mais également de laisser les entrepreneurs créer des emplois, donc des richesses profitables à tous. Rawls est critiqué sur sa « gauche » par les « communautariens » (comme Sandel) et sur sa droite par les libertariens (comme Nozick ou Hayek).

1971, Théorie de la justice, trad. française 1987, Seuil ;

1993, Libéralisme politique.

 

RÉALISME : Le réalisme philosophique pose l'existence d'une réalité en soi, indépendante de toute observation. En épistémologie, le réalisme consiste à affirmer que la connaissance scientifique parvient effectivement à décrire cette réalité. Il en résulte qu'une théorie scientifique validée est aussi une vérité sur le monde.

 

RÉGRESSION LINÉAIRE : terme inventé par Galton qui, étudiant l’hérédité des statures humaines, montra que les enfants de parents particulièrement grands ou petits ont tendance à revenir (à « régresser ») vers la moyenne de la population. Les études de psychométrie montrent que la (relative) transmission intergénérationnelle des QI observe cette même loi : des parents de QI élevé engendrent des enfants dont la moyenne des QI se rapproche de la moyenne de la population, et inversement pour les QI faibles (ils engendrent des enfants dont la moyenne des QI se rapproche de la moyenne de la population). Ceci complète le fait que les potentialités cognitives ne s’héritent pas de façon fidèle de père en fils. En l’occurrence, quasiment plus de corrélation n’est observée au bout de trois à quatre générations. Ce phénomène est causé par le grand nombre de gènes responsables du métabolisme cérébral qui se combinent de façon aléatoire pour montrer des caractères visibles.

 

RELATIVISME : Conception selon laquelle toute connaissance ou toute norme n'ont de sens que par rapport au sujet individuel ou collectif qui les énonce ou les tient pour vraies. On peut dire que le relativisme recèle à la fois la vertu de remettre en cause des dogmes basés sur des présupposés culturels… mais aussi l'inconvénient de critiquer ou rejeter a priori toute donnée valide ou positive, avec comme effet (recherché ou non) de protéger des paradigmes idéologiques ou dogmatiques. Une vérité, un fait ou un postulat scientifiques peuvent être dénoncés par les relativistes : 1°) comme étant « relatifs » à juste titre ; 2°) comme étant « relatifs » à mauvais titre, mais de façon « désintéressée » ; 3°) comme étant « relatifs » à mauvais titre, mais dans l’objectif de protéger des idéologies et des intérêts, et dissimuler des vérités gênantes. « Tout est relatif » pour qui n’a pas envie de parler de certains sujets… La notion « d’intelligence », par exemple, est parfois définie comme étant quelque chose de « flou », de « difficilement définissable », de « difficilement mesurable », voire comme étant quelque chose qui « n’existe pas » vraiment, la finalité de ce relativisme étant peut-être de protéger des systèmes représentationnels cohérents mis en difficulté par la diversité des potentialités et capacités cognitives.

 

RENOUVIER Charles (1815-1903), philosophe français. Fondateur de l’Année philosophique en 1868, il formula un relativisme idéaliste et fit de la liberté le fondement de la vie intellectuelle et morale de la personne. Dans Une république égalitaire. Manuel Républicain des Droits de l’Homme et du Citoyen, paru en 1848, dans le chapitre IX, « De l’égalité et de la fraternité », il définit le juste équilibre que doivent entretenir en eux l’égalité et la liberté, trop de liberté tuant l’égalité, (sociale ou politique) et vice-versa. Renouvier est un militant de l’égalité des droits politiques. Il prône également une relative homogénéisation des inégalités sociales (sans laquelle l’égalité politique serait entravée), mais qui ne soit pas excessive (sinon liberticide). Pour Renouvier, une instruction publique gratuite et ouverte à tous est la condition de l’établissement de l’égalité politique. Le philosophe estime en outre – et fort judicieusement – que s’instruire est pour le citoyen, et ceci dans son propre intérêt, non seulement un droit mais également un devoir : car seule l’instruction de tous permettra de faire fonctionner et perdurer un système politique républicain et démocratique dans lequel la mobilité sociale intergénérationnelle n’a pas d’autre frein que la diversité des potentialités ou des aspirations et ne connaît notamment pas de frein politique ou social.

1848, Une République égalitaire. Manuel républicain des Droits de l’Homme ;

1851-1864, Essais de critique générale ;

1869, La Science de la morale ;

 

ROSENTHAL Robert A., psychologue de l’éducation américain Il remit en cause l'idée selon laquelle les résultats scolaires d'un élève sont le reflet de ses capacités intellectuelles en supposant l'existence d'un phénomène dit « effet Pygmalion ». Cet effet ferait accomplir par l'élève ce que l'enseignant attendrait de lui. Ainsi, un élève aux capacités modestes mais jugé brillant par l'enseignant travaillera bien et obtiendra de bons résultats, cependant que réciproquement un élève doué de bonnes capacités mais sous-estimé par l'enseignant produira un travail et des notes médiocres. Une telle hypothèse, qui laisse penser que l’éducation, l’environnement et la pédagogie ont un fort pouvoir d’influence sur les résultats de l’élève et sur la diversité de résultats de tous les élèves, a bénéficié d’un bon accueil et d’une large médiatisation de la part des enseignants et théoriciens environnementalistes. L’étude de Rosenthal a toutefois été critiquée, mise en doute et relativisée par la sociologue française Michèle Carlier, pour des raisons à la fois méthodologiques et théoriques.

1968 (trad.1971), (Avec JACOBSON Lenore) Pygmalion à l'Ecole. L’attente du maître et le développement intellectuel des élèves, Paris, Casterman ;

 

ROSSET Clément, philosophe français néo-stoïcien. Contre les constructions de l’esprit qui échafaudent des mondes imaginaires (comme les mythes, les utopies, les idéologies et les discours abstraits), contre la fuite du réel, Rosset estime que le philosophe doit s’extirper des sortilèges pour affronter et apprendre à aimer le monde tel qu’il est, sans espoir chimérique, quand bien même imparfait ce monde est-il. Goûter au monde réel doit permettre au sage de connaître une certaine sérénité, parce que le monde est riche et foisonnant, comme la nature et la vie. Cette folie de jouir du monde doit épargner des autres folies, névrotiques, mensongères et barbares en puissance. Clément Rosset appela notamment, par un article de la revue Critique, en février 1978, à la « démobilisation ». Il y exprimait l’idée que philosopher, c’est se guérir de la folie qui porte à croire qu’on peut maîtriser le cours des choses, et c’est par conséquent appprendre à se méfier des engagements de toutes natures. Si, comme le pense Schopenhauer, l’histoire est une répétition de souffrances, alors mieux vaut tenter de neutraliser cette souffrance par une ascèse individuelle empruntant aux sages de l’Antiquité, Épicure en tête.

1976, rééd. 1993, Le Réel et son double. Essai sur l’illusion, Paris, Gallimard ;

1983, La Force majeure, Paris, Minuit ;

1991, Principes de sagesse et de folie, Paris, Minuit.

 

ROUSSEAU Jean-Jacques (1712-1778), philosophe français. Dans son célèbre Discours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes (1756), Rousseau voit deux sources majeures aux inégalités. L'une est naturelle et physique, elle provient de la différence des âges, de la force. Mais, nous dit Rousseau, ces différences interindividuelles ne sauraient fonder l'organisation sociale. La vraie raison est d'ordre politique. Les inégalités sont nées d'une suite de hasards, d'accidents historiques et se sont maintenues par convention. Les inégalités, comme la propriété, ne résulteraient pas d'un ordre naturel mais se perpétueraient par l'arbitraire social. On pourrait dire que le philosophe est en ce sens un précurseur de la sociologie de la reproduction de Bourdieu. En fait, le texte de Rousseau constitue une virulente critique contre la monarchie arbitraire. À l'état de nature, pense Rousseau, l'homme n'est ni bon, ni mauvais, ni maître, ni esclave. C'est la « société » qui « fabrique » les « dominants » et les « dominés ». Les connaissances actuelles en paléontologie, en évolutionnisme et en éthologie relativisent bien sûr cette vision un peu manichéenne et historiciste de l’histoire humaine. Toutefois, estime Rousseau, ce que la société fait, elle peut le défaire. Dans le Contrat social, Rousseau estime que le système politique se doit de lutter contre les inégalités, s'il veut que les citoyens restent attachés au « contrat social », mais qu'il ne peut pas non plus réussir à les réduire au-delà de certaines limites, sous peine d'entraver de manière insupportable la « liberté civile ». Cette réflexion fait de Rousseau l’un des précurseurs de la philosophie politique d’aujourd’hui.

 

ROUX Jacques (1752-1794), homme politique égalitaire et révolutionnaire français. Philosophe, physicien, prêtre, puis vicaire, il prêchait que « les terres appartiennent à tous également ». Il eut des responsabilités dans le soulèvement des paysans de Saint-Thoms-de-Conac (Charente). À Paris, il s'inscrivit au « Club des Cordeliers ». Surnommé le « petit Marat », « prêtre des sans-culottes », il fut animateur de la section parisienne des Gravilliers (avec Varlet et Leclerc d’Oze) et chef du mouvement des Enragés. J. Roux participa à la journée révolutionnaire du 10 août 1792, mais ne fut élu ni au Tribunal révolutionnaire ni à la Convention. Il mena alors la lutte révolutionnaire en dehors du parlementarisme, voulant dresser le « pays réel contre le pays légal » et prônant un véritable « terrorisme économique » (d’après M. Domanget). Par une sinistre ironie, J. Roux entendait entreprendre la lutte contre le fanatisme qui, selon lui, « n'existera que dans l'histoire qui retrace ses forfaits ». Le comportement de Roux illustre le fait que le fanatisme (qui est aveugle à lui-même) se nourrit de et se « légitime » précisément sur la base d’un anti-fanatisme « bien intentionné ».

 

RUSE Michael, anthropologue et philosophe. Michael Ruse, qui se situe dans une approche matérialiste et évolutionniste de l’homme et des comportements humains, pense que l’éthique et les comportements moraux, et notamment ceux « d’égalité » ou de « justice sociale », sont l’effet de structures natives natives, qui sont le produit de l’évolution et de la « sélection naturelle » : une espèce animale ou un groupe d’individus a d’autant plus de chance de survivre que ses éléments sont doués de comportements d’altruisme, d’entraire et de solidarité ; un individu a d’autant plus de chance de survivre et de se reproduire, donc de transmettre ses gènes, qu’il est lui-même doué d’amour « social » ou parental. Ruse prend ainsi le contrepied de certaines dérives politiques de l’évolutionnisme qui voyaient dans la « sélection naturelle » une légitimation de la violence ou de la domination de certains individus (ou certains peuples) sur les autres. Pour Ruse, tous les traits de comportement naturels de l’espèce humaine ont été produits par l’évolution, que ces traits nous paraissent « égoïstes » ou « altruistes ». Ruse prend soin par ailleurs de mettre en garde contre une éventuelle interprétation abusive de ses travaux : les connaissances sur les conditions et processus de construction des normes éthiques chez l’homme (ou « méta-éthique ») ne permettent pas de déduire, de prescrire le contenu de ces normes (lequel constitue « l’éthique normative ») : « il y a un niveau où, manifestement, les humains sont déterminés par leur environnement et par leurs gènes. Et pourtant, à un autre niveau, (…) les humains possèdent clairement une dimension de liberté. (...) Bien que je sois sûrement déterministe à un certain niveau, je refuse absolument l’idée que nous serions à ce point contraints par la nature que toute position raisonnablement éthique serait exclue. » On pourrait dire que M. Ruse est en ce sens « humien », en ce qu’il fait la place à un « compatibilisme », entre déterminisme et libre-arbitre.

1991, « Une défense de l’éthique évolutionniste », in CHANGEUX Jean-Pierre, Les Fondements naturels de l’éthique, Paris, Odile Jacob, pp. 35-64 ;

 

RUSSELL Bertrand Arthur William (1872-1970), mathématicien, logicien et philosophe britannique. Il a proposé de construire une logique générale de la pensée sous-jacente au langage ordinaire. Il s’intéresse également à la philosophie des mathématiques. Satisfait ni de la philosophie transcendantale de Kant, ni du néo-hégélianisme anglais de l'époque (Mac Taggart, Bradley), il leur oppose la théorie de « l'atomisme logique », consistant à pratiquer la méthode de « l'analyse » pour atteindre des « atomes logiques », « monde des universaux ». Il leur attribue d'abord une réalité indépendante de l'existence empirique (objets physiques, sensations) et de l'esprit connaissant. À la connaissance empirique, il opposa une connaissance a priori ayant trait « aux rapports entre les universaux ». Russell découvre les travaux logico-mathématiques de G. Frege et de Peano, puis écrit les Principia Mathematica (1910-1913), en collaboration avec A. N. Whitehead. Il tente de faire de la logique la base des notions et propositions mathématiques, et l'instrument d'analyse de leurs principes. Il énonça une « logique extensionnelle », d'après laquelle la vérité des propositions complexes ne dépend que de celle des propositions élémentaires qu'elles combinent. Les Principia ont apporté à tous les travaux de logique mathématique ultérieurs une méthode d'analyse et une langue symbolique rigoureuse, grâce à laquelle pouvaient être évitées les ambiguïtés du langage courant et mise en évidence l'existence d'énoncés dépourvus de sens (notion que reprendra et développera le cercle de Vienne). En faisant des descriptions (expressions complexes servant à définir et caractériser un individu) des « symboles incomplets », Russell affirmait qu'elles ne pouvaient pas être utilisées sans équivoque comme sujets grammaticaux de propositions. Les recherches logiques, linguistiques, psychologiques de Russell, ses travaux sur les théories physiques modernes (théorie des quanta de Planck, de la relativité d'Einstein) l'amenèrent à abandonner son « platonisme » pour aboutir à une théorie proche de celle des néo-positivistes. Russell revendiqua par ailleurs des points de vue antireligieux, éthiques, sociaux et politiques. Démocrate, individualiste et libéral, proche de socialistes anglais, mais opposé aux bolcheviks, qu'il dénonça en 1920 après un voyage en Russie, il « apparaît comme une espèce de Voltaire moderne (...), un agnostique éclairé » (d’après I. M. Bochenski). Prix Nobel de littérature en 1950. Russell est un important épistémologue et philosophe de la connaissance.

1912, Problèmes de philosophie ; 1914, Notre connaissance du monde extérieur ; 1919, Introduction à la philosophie des mathématiques ; 1921, L'Analyse de l'esprit ; 1927, L'Analyse de la matière ; 1940, Recherche sur la signification et la vérité ; 1946, Histoire de la philosophie occidentale ; 1920, La Théorie et la Pratique du bolchevisme ; 1930, La Conquête du bonheur ; 1932, Education et Ordre social ; 1959,  Mon développement philosophique ; 1953, Satan in the Suburbs, 1953.

 

SANDEL Michael, philosophe de la politique, américain, dit « communautarien ». Il a critiqué la « théorie de la justice » de John Rawls, qu’il considère comme trop individualiste et libérale. Il lui reproche notamment de sous-estimer l’idée de « bien commun » (au profit du bien individuel) et pense que le strict individualisme conduit à appauvrir la société sur les plans moral et politique.

1982, trad. 1999, Le libéralisme et les limites de la justice, Paris, Seuil ;

 

SCHELER Max (1874-1928), philosophe, sociologue et anthropologue des croyances allemand. L’un des fondateurs, avec Karl Mannheim, de la sociologie de la connaissance. Il a développé une « phénoménologie du coeur », de l’intentionnalité émotionnelle, qui peut expliquer certaines actions. Pour Max Scheler, en effet, l’adhésion à des valeurs s’explique non (seulement) par des connaissances objectives mais (aussi) par un vecteur qui relève de l’émotion, de l’intuition, du ressentiment. Cette approche anthropologique « psychologique » des valeurs peut être rapprochée de celles d’un Robert Nozick, ou même d’un Nietzsche ou d’un Freud. Scheler a défini par ailleurs une théorie des « écluses », selon laquelle, lorsqu’un certain nombre de théories sont présentes sur le marché, certaines attirent et retiennent plus l’attention que d’autres, pour des motifs qui ne sont pas d’ordre scientifique mais moral et idéologique. Anthony Downs, dans The Cycles of Attention, a repris l’analyse de ce phénomène, en montrant que lorsque l’attention portée à une certaine théorie, à l’exclusion de toutes les autres, atteignait un certain seuil de saturation, l’attention se détournait vers une autre théorie, généralement très différente de la première, voire même opposée.

1913-1916, Le Formalisme en éthique et l’éthique matérielle des souffrances ;

1916, Le Sens de la souffrance ;

1923, Nature et formes de la sympathie ;

1928, La Situation de l’homme dans le monde.

 

SCHLICK Moritz (1882-1936), philosophe allemand. Professeur de philosophie des sciences inductives, il fonda le Cercle de Vienne, et développa et nuança les thèses du Tractatus logico-philosophique de Wittgenstein. Schlick exposa la théorie générale de la connaissance du positivisme logique (ou néo-positivisme), fondé sur la distinction des énoncés empiriques (synthétiques a postériori) et des propositions logiques de la science (analytiques ou tautologiques), et dénonçant les pseudo-problèmes de la métaphysique. Il s'intéressa aux questions d'esthétique et d'éthique. Schlick mourut assassiné par un étudiant.

1917, Espace et temps dans la physique contemporaine ;

1918, Théorie générale de la connaissance ;

1930, Question d'éthique.

 

SCHOPENHAUER Arthur (1788-1860), philosophe allemand. Il était d'une certaine manière stoïcien, non historiciste et non marxiste dans la mesure où il pensait que l'existence, le progrès, l'humanité, la vie et l'univers sont dépourvus de finalité et que le bonheur est à rechercher dans le quotidien. Pour Schopenhauer, notamment, l’histoire n’est que la répétition des mêmes souffrances, en conséquence de quoi il s’agit de chercher à neutraliser cette souffrance par une ascèse personnelle. Son pessimisme influencera Nietzsche, mais préfigurera par ailleurs les philosophies du post-modernisme et du « dé-espoir » (Lyotard, Rosset, Comte-Sponville) qui succèderont aux totalitarisme nazis et communistes.

1818, Le Monde comme volonté et comme représentation.

 

SEARLE John R. (1932), philosophe américain. Professeur à Berkeley, en Californie, il reproche aux matérialistes de ne pas pouvoir expliquer le caractère conscient, intentionnel et subjectif de la pensée, en arguant du fait que le cerveau n'est pas un ensemble de circuits électriques mais un « organe vivant ». Il est l’un des représentants actuels du camp « dualiste », contre celui des matérialistes cognitifs monistes.

1995, La Redécouverte de l’esprit, Gallimard, essais.

 

SEN Amartya, sociologue d’oigine indienne. Amartya Sen attire l’attention sur le fait que le sentiment de bonheur personnel n’exige pas les mêmes coûts et revenus selon le pays, la région ou le quartier qu’on habite. « Être heureux » est beaucoup plus coûteux, exige un train de vie et des revenus plus élevés dans une banlieue chic des Etats-Unis que dans une région rurale du Bengladesh. Il en découle que les travaux sociologiques sur la « justice » et les inégalités ne peuvent pas se fonder sur de seuls critères objectifs comme le revenu, le « statut » ou le niveau de diplôme.

2000, Repenser l’inégalité, Paris, Seuil.

 

SIMMEL Georg (1858-1918), philosophe et sociologue allemand. Il estime que la société est le produit du tissu des interactions individuelles et que ces interactions produisent et utilisent des éléments organisés, appelées « formes », présentes en nombre restreint, pour exprimer ou désigner des phénomènes inédits. L’épistémologie de G. Simmel permet de comprendre pourquoi les différents paradigmes réapparaissent de façon régulière et cyclique au cours de l’Histoire. Simmel estime également que certains phénomènes sociaux (comme par exemple la Révolution Française) sont le produits de causes très nombreuses et complexes, et que chaque chercheur, déterminé par une sensibilité et une histoire personnelle, ne pourra jamais en dégager que des analyses partielles. D’une façon générale, plus un phénomène est complexe et plus les approches et analyses qui vont en être faites vont s’avérer nombreuses et différentes, eu regard à la diversité de la personnalité et de l’histoire des chercheurs eux-mêmes. Simmel est resté très peu connu en France jusque dans les années 1980, certaines de ses oeuvres n’ayant même été traduites que très récemment.

1892, Introduction à la science de la morale ;

1892, Les problèmes de la philosophie de l’histoire, Paris, Puf, 1984 ;

1896, Sociologie et Epistémologie, Puf, 1981 ;

1908, Sociologie ;

 

SIMON H.A., sociologue et philosophe. Père de « l'intelligence artificielle », il essaya de découvrir et formaliser les stratégies mentales implicites qu'utilisent les individus. Il est également un sociologue, partisan du paradigme de l’action. Pour lui, l’action de l'individu, qui élabore des stratégies rationnelles, est au centre de l'analyse. Cette rationnalité est cependant moins rigoureuse que chez d’autres auteurs. Elle est définie par H. A. Simon comme étant une « rationalité limitée ».

 

SKINNER Burrhus Frédéric (1904-1990), psychologue et psycholinguiste américain. Partisan d’un matérialisme « réducteur », ou matérialisme réducteur « éliminateur ». À l'opposé du fonctionnalisme, il affirme la possibilité d'établir des relations entre le psychique et le neurobiologique. Son behaviorisme « physicaliste » (et plus récemment la « neurophilosophie » de Patricia Churchland) en est une illustration. Le fondateur du behaviorisme en tant qu'école est certes Watson au début de ce siècle. Mais sans doute est-ce Skinner qui a eu le plus d'influence. Ses écrits théoriques s'inspirent du positivisme du Cercle de Vienne au moins sur deux points : les faits « publics », observables par tous, sont les seules données que la science doit considérer, et la physique est le modèle de toute science.

 

SKODAK M. & SKEEL H., psychologues. Comparant les capacités cognitives de jumeaux séparés, ils ont montré en 1949, par une étude portant sur 180 enfants adoptés avant 6 mois et dont il reste 100 treize ans plus tard, que les enfants adoptés (généralement par des familles aisées) de mère biologique ayant un QI moyen compris entre (selon les types de calcul) 85,7 et 91,4, présentaient un QI moyen de 106, ce gain de 15 point étant donc imputable à l'environnement. D'un autre côté, la corrélation des QI avec le niveau d'éducation de la mère naturelle (0,44) se montre plus élevé de 0,12 point que celle d'avec les mères adoptives (0,32), ce qui montre la persistance d'un déterminisme naturel malgré l'effet culturel de l'adoption. L’étude de Skodak et Skeel montre non pas de supposée « prédominance » de l’inné ou de l’acquis (comme aimeraient le montrer certains idéologues de droite ou de gauche), mais l’action conjointe et indissociable de ces deux facteurs dans le développement de l’intelligence.

1949, « A final follow up of one brunded adopted children », in GENET J., Psychology, vol. 75, 85-125.

 

SMITH Adam (1723-1790), philosophe et économiste écossais. Souvent rapporté et limité à l’utilitarisme économique et au « rational choice model » (le modèle de « l’utilité espérée »), Smith est en réalité l’initiateur de nombreux fondements de la sociologie de la connaissance, de la croyance et de la politique. Il développe notamment la théorie « judicatoire » des valeurs morales, c’est-à-dire que toute croyance repose sur une argumentation rationnelle de la part de l’acteur. Il établit à ce titre la distinction entre « l’acteur partial » (concerné, intéressé personnellement par ce qu’il juge) et le « spectateur impartial » (non concerné). Smith se fait le précurseur de la philosophie politique en énonçant cette question : « Qu’est-ce qui fait que je ressente mon salaire ou le salaire d’autrui comme étant ou non ‘légitimes’ ? ».

1759, La Théorie des sentiments moraux, Paris, Puf ;

1776, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations.

 

SMITH William (1769-1839), ingénieur et géomètre. Passionné de fossiles, il trouva en 1809 un os de dimension inhabituelle : le premier os (un tibia) de dinosaure, l'iguanodon. L’année 1809 (20 ans après la révolution de 1789) marque l’année d’une révolution dans les esprits au sujet de l’histoire de la vie, des espèces et de l’être humain.

 

SOCIALISME : ordre politique aux caractéristiques variables, mais dont les points communs sont l’intervention de l’État pour limiter la concurrence et pallier les inégalités. Il s’oppose notamment au libéralisme.

 

SOCIOBIOLOGIE : étude des bases naturelles des comportements humains ayant des effets sociaux, issue de l’éthologie. Différentes disciplines y sont relatives : l’éthologie, l’écologie, la génétique, la biologie évolutionniste, l’ethnologie, l’anthropologie biologique, la psychophysiologie… Certaines extrapolations et dérives idéologiques abusives et incorrectes menées dans le champ d’une certaine « sociobiologie » ont généré dans le champs des sciences humaines une méfiance et un rejet de la « sociobiologie » en général, c’est-à-dire de toute relation établie entre les connaissances naturalistes et psychologiques ou sociologiques concernant l’être humain.

 

SPEARMAN Charles (1863-1945), psychométricien anglais. Professeur de psychologie à l'université de Londres, il supposa que l'intelligence est causée par un facteur unique, le facteur « g », appelé par lui « énergie mentale ». Cette idée reste d’actualité, recouvrant peut-être notamment un paramètre de vitesse de traitement de l’information (vitesse peut-être liée elle-même à une fréquence de propagation des ondes inter-neuronales). L’idée de « facteur g » est toutefois nuancée et relativisée par le fait que la cognitivité se subdivise probablement en différents secteurs et sous-secteurs, dont l’efficience se diversifie selon les modules.

 

SPENCER Herbert (1820-1903), journaliste, philosophe et sociologue anglais. Ultra-libéral, anti-étatiste, Spencer, influencé par l’évolutionnisme, imagina une société favorisant la survie des plus aptes. C’est en tout cas la représentation qui est souvent répandue de lui dans le sens commun. Il semble que Spencer ait eu en réalité une pensée plus humaniste.

 

SPERBER Dan, anthropologue vivant en France. Cherchant à naturaliser les sciences sociales, il suppose que les phénomènes culturels (comme un proverbe, une oeuvre d’art médiatisée ou un rite) se résument à une agrégation d’idées (ou « représentations ») matérielles individuelles stockées dans les cerveaux. « Comprendre un phénomène culturel » revient dès lors à essayer de comprendre pourquoi et comment une idée naît dans un cerveau et se propage avec succès parmi d’autres (jusqu’à en occuper parfois plusieurs milliards). Pour Sperber, une « idée » est matérielle, neurobiologique, et une « idée culturelle » est une idée qui est distribuée dans un grand nombre de cerveaux. Dan Sperber estime également, contre Fodor, que le « système central » de l’esprit peut être lui aussi modulaire, comme les modules perceptuels périphériques et les modules conceptuels (automatiques et spécialisés) de premier ordre.

1996,  La Contagion des idées. Théorie naturaliste de la culture, Paris, Odile Jacob.

 

SPERRY Roger Wolcott (1913), neuropsychologue et philosophe de l’esprit américain. Il montra que les hémisphères cérébraux sont spécialisés fonctionnellement : le gauche, responsable d’un traitement analytique de l’information, s’occupe également du langage, cependant que le droit assure une perception synthétique des stimuli. On peut déduire qu’une seule et même stimulation sensorielle déclenche au moins deux phénomènes cérébraux distincts. À ce sujet, ce qu’on appelle « l’interactionisme » est dans sa forme la plus simple un dualisme qui, pour rendre compte des sensations, du mouvement volontaire, pose que « âme » et « corps » interagissent. Même dans ses versions plus modernes (Eccles), cet interactionnisme n'est qu'une affirmation difficile à justifier. Une forme plus subtile a donc été proposée par Sperry : il rejette à la fois le dualisme et le matérialisme réducteur. La « conscience », en effet, ne serait pas la propriété d'une réalité spirituelle indépendante du cerveau, mais ne se réduirait pas non plus à une certaine combinaison d'événements physico-chimiques. La « conscience » dépendrait cependant de cette réalité, n’existant que si certaines combinaisons d'événements physico-chimiques sont réalisées. Ainsi, « conscience » et matière interagiraient : la première serait un produit, une propriété de la seconde, mais ce produit, cette propriété serait « émergente ». Ceci signifierait que ce qu’on appelle la « conscience » serait qualitativement différent des événements physico-chimiques. Sperry obtint le prix Nobel en 1981.

1980, « Mind-brain interaction : Mentalism, yes ; dualism, no », Neuroscience.

 

SPINOZA Baruch (1632-1677), philosophe hollandais. Peut être considéré comme l’un des précurseurs du « matérialisme identité », courant actuel de la philosophie de l’esprit et de la neurobiologie cognitive. Dans sa forme extrême, en effet, le matérialisme identité est une forme moderne du « parallélisme psychophysique » de Spinoza et de Fechner, c’est à-dire qu’« à tout phénomène psychique correspond un phénomène neurobiologique, et réciproquement ». Une forme modérée, mieux accordée aux recherches modernes, pourrait être définie ainsi : « à tout état mental correspond un état du système nerveux » (l'inverse n’étant cependant pas vrai : il existe des états du système nerveux qui n'ont pas de contrepartie psychique spécifique).

 

STEIN John, biologiste et cogniticien à l’université d’Oxford, spécialiste de la dyslexie. Depuis le début des années 1990, se précisait une piste génétique de la dyslexie : le chromosome 15 puis le 1, semblaient (semblent toujours) impliqués dans l’apparition du trouble (qui est la cause d’une grande partie des « difficultés » scolaires rencontrées par certains élèves). Des travaux menés en 1998 par l’équipe oxfordienne de John Stein ont montré pour leur part l’existence de gènes de susceptibilité sur le chromosome 6. Selon J. Stein, ces gènes interviendraient dans le mécanisme de contrôle du développement du système nerveux.

 

STERN William (1871-1938), philosophe et psychologue américain d'origine allemande. Il mit au point en 1912 le calcul d'un « Quotient Intellectuel », dit « QI de type Stern », qui divise la performance obtenue au test par l'âge. Ce quotient, toutefois, se trouvait faussé (à ses débuts) au-delà de 16 ans parce que les performances intellectuelles des adultes évoluent moins vite que celles des enfants.

 

STERNBERG Robert J., psychométricien américain, professeur de psychologie à l'université de Yale. Il suppose que « l'intelligence » n'est pas de cause unique, mais repose sur trois principales composantes élémentaires, ramifiées entre elles : les facultés d'analyse, l'esprit de synthèse et de créativité, et les capacités pratiques. Cette conception de l’activité cognitive est dite « triarchique ».

1985, Beyond IQ : a theory of human intelligence, Cambridge university press, trad. Au-delà du QI, une théorie triarchique de l’intelligence humaine.

 

STIRNER Johan Kaspard Schmidt, dit Max (1806-1856), philosophe allemand, de posture dite « nominaliste ». Stirner énonça un nominalisme plus « individualiste » et « existentiel » que celui d’Ockham, se rapprochant d’un certain « anarchisme » en révolte contre l’oppression par le groupe, alors que le nominalisme d’Ockham, d’ordre plus épistémologique, se préoccupe essentiellement de discerner entre abstraction pure et réalité. Pour Stirner, l’homme est unique et l’individu indépassable, non réductible à une dimension collective (sociale, politique ou religieuse). La critique stirnérienne des abstractions vise les « hypostases » de l’Homme, de « l’Etat », de la « Société » ou de la « Révolution ». À ce titre, Stirner se montre critique vis-à-vis de l’humanisme de Feuerbach, qu’il accuse de recréer une « religion laïque », aliénant l’individu dans l’idolâtrie de « l’Homme » et dissolvant l’unicité du moi dans une essence universelle vide. Stirner critique également les idéologies révolutionnaires. C’est ainsi que le socialisme et le communisme ne font selon lui que déplacer vers une « société » divinisée les attributs de l’oppression classique. Stirner ne récuse pas pour autant l’existence ni la nécessité du groupe social : il considère la société comme phénomène naturel et nécessaire. Il lui reproche simplement sa tendance (à cause de la nature humaine et de certains idéologues) à se trouver interprétée comme soi-disant instance autonome, et à exercer sur l’homme une domination matérielle et spirituelle. Stirner distingue deux types de société possibles : celle que l’individu trouve en face de lui, transcendante et imposée ; et celle qui résulte (qui résulterait, qui devrait résulter) d’une démarche libre d’association mutuelle, ce dernier modèle (idéal) risquant à tout moment de dégénérer en modèle transcendant et imposé – dont la dérive extrême serait le totalitarisme. Comme le fait Proudhon, Stirner distingue donc la société, génératrice d’un pouvoir sacralisé qui opprime l’individu, et l’association, forme libre de l’engagement de chacun, où le moi conserve sa souveraineté. Le poète John Henry Mackay fera de l’Unique et sa propriété la bible de l’anarchisme communiste représenté par Bakounine, mais qui est une récupération politique plutôt discutable de l’héritage stirnérien. On pourrait en fait voir Stirner comme précurseur, sur un plan sociologique, du nominalisme nourrissant l’individualisme méthodologique, et, sur un plan politique, du libertarisme d’un Nozick.

1845, Der Einzige und sein Eigentum, (L’Unique et sa propriété), 1988, Lausanne, L’Âge d’Homme.

 

STOÏCISME, courant de philosophie préférant fonder le bonheur dans le contentement de ce qui existe plutôt que dans la poursuite d'un idéal ou la satisfaction de désirs qui seraient sans fin ou illusoires. Ses principaux fondateurs sont l'esclave Epictète (50-125 ou 130) et l'empereur Marc-Aurèle (121-180). Descartes renouera avec la pensée stoïcienne vers la fin de sa vie en considérant qu'il vaut mieux « tâcher de changer ses désirs plutôt que l'ordre du monde ». André Comte-Sponville, Robert Misrahi ou Clément Rosset ne disent pas autre chose lorsque, en creux de la désillusion post-marxiste et post-moderne, et face à l’avalanche de connaissances nouvelles sur la nature humaine, issues des neurosciences (neurobiologie cognitive et génétique), ils suggèrent au citoyen de se construire une conception personnelle du bonheur, sur la base du deuil des espoirs illusoires et d’une relative acceptation du monde tel qu’il est.

 

TALLEYRAND Charles Maurice (de) (1754-1838), homme politique français. Élu député en 1789, puis diplomate, puis exilé (inscrit sur la liste des « Émigrés »), puis ministre des relations extérieures à son retour en France à la chute de Robespierre. Il écrivit et présenta devant l’Assemblée constituante en 1791 un « Rapport sur l’instruction publique ; l’instruction, base de la liberté », dans lequel il énonce le fait qu’une égalité native des droits politiques implique une relative égalité d’éducation, comprise comme une égalité d’accès à l’école et une atténuation des différences de niveau scolaire et culturel entre les élèves. Cette idée, toujours d’actualité, est défendue aujourd’hui avec force par le camp de la « gauche », le camp de la « droite » revendiquant moins la nécessité d’égalité de niveau de diplôme et d’éducation pour accomplir l’égalité des droits politiques.

 

TERMAN Lewis M. (1877-1956), psychométricien américain. Professeur à l'université de Stanford, il mit au point le test « Stanford-Binet », énonça la notion de QI, élaboré par l'Allemand Stern et diffusa ces tests à travers les USA. Dépassant le cadre purement scientifique, Terman postula une hérédité des capacités cognitives et préconisa la non-reproduction des déficients mentaux, faisant ainsi dériver la mesure de l’efficience cognitive vers la défense d’un certain eugénisme.

 

THÉLOT Claude, sociologue des inégalités d'éducation français. Observant l'origine et la réussite socio-scolaires, il montre que la reproduction sociale s’exerce par delà et indépendamment de l'école : ainsi, un fils de cadre mal diplômé réussira-t-il mieux dans la vie qu'un fils d'ouvrier bien diplômé ; il y aurait un « effet » de l'origine sociale sur la carrière, qui « enjamberait » l'école, et ceci même longtemps après que les acteurs se soient émancipés de leurs parents. De manière analogue aux hypothèses de Christopher Jencks, le travail de Claude Thélot remet en cause la responsabilité de l’école dans la détermination du devenir social et pose la question de cette « détermination » : est-elle environnementale (scolaire ou familiale) ou naturelle ?

1982, Tel père, tel fils, Paris, Dunod.

 

THURSTONE Louis (1887-1955), psychométricien anglais, professeur à l'université de Chicago. Il estimait que l'intelligence est d'origine multiple, composée « d’aptitudes mentales primaires » que sont : la mémoire, la perception, la compréhension verbale ou la « facilité du nombre ». Il proposa ainsi, en quelque sorte, à la manière de Sternberg, une conception « polyarchique » de l’activité cognitive.

 

TOCQUEVILLE Alexis de (1805-1859), historien, sociologue et homme politique français. L’un des fondateurs de la sociologie de la connaissance. Tocqueville était passionné, notamment, par les questions de démocratie et d’égalité. L’un des précurseurs de la sociologie de l’action, se refusant notamment à définir une théorie de « système » (comme chez Spencer, Comte ou Marx). Un thème central de l'oeuvre de Tocqueville est la marche des sociétés modernes vers la démocratie, entendue comme « égalité des conditions ». « L'égalité des conditions » n’est pas un socio-égalitarisme extrémiste mais correspond à plusieurs revendications : l'égalité des droits politiques et civiques à l'ensemble des membres de la société, la possibilité pour tous d'accéder aux positions élevées de la société, et un désir général de meilleur bien-être matériel. Dans De la démocratie en Amérique (1835), Tocqueville compare les systèmes américain et français. Il décrit la démocratie américaine comme profondément libérale et individualiste. En France, en revanche, la revendication de l'égalité passe par l'intervention d'un État fort et centralisé. Tocqueville pensait que, malgré les difficultés immenses à pouvoir réduire les inégalités sociales, les passions égalitaires sont inhérentes aux sociétés industrielles. Sur le plan de la sociologie de la connaissance, Tocqueville a, l’un des premiers, montré comment de grands phénomènes globaux, collectifs, peuvent être causés par l’agrégation de pensées et de comportements élémentaires et individuels, fondés sur des raisons simples et sensées (ou « rationnelles »). Tocqueville étudie ainsi les phénomènes de révolution à la fin du XVIII° siècle en Europe, ou de religion aux États-Unis, et montre que ces phénomènes collectifs sont dus à des raisons individuelles simples. Il montre également les raisons (individuelles) de l’émergence et du succès en France de mots comme la « Raison », les « philosophes » ou le « hobereau ». Des petits raisonnements individuels simples et sensés vont s’agréger en phénomènes collectifs. Tocqueville préfigure ainsi la sociologie individualiste, actionniste, rationaliste et agrégative d’un Raymond Boudon.

1835-1840, 1845, De la démocratie en Amérique, I & II ;

1856, L’Ancien Régime et la Révolution.

 

TORT Patrick, anthropologue et philosophe français. De posture matérialiste et évolutionniste, Patrick Tort estime que la « sélection naturelle » ne permet pas la seule émergence de comportements égoïstes mais également de comportements moraux et altruistes. Il appelle ce phénomène « l’effet réversif » et prend ainsi – de façon pertinente – le contre-pied de penseurs qui estiment (ou estimaient) que l’évolution naturelle des espèces – et parmi elles l’espèce humaine – procèderait d’une « élimination des plus faibles par les plus forts ». Or, dit Patrick Tort, outre que « l’évolution » ou la « sélection » naturelle n’élimine personne (mais modifie le génome par natalité différenciatrice à long terme), les traits de tempérament d’entraide et de solidarité entre les hommes ont, selon toute logique, été sinon « sélectionnés » en tout cas « favorisés » dans la survie et l’évolution de l’espèce. L’évolutionnisme éclairerait donc ainsi les comportements solidaristes et égalitaristes, qu’on peut observer – à différents degrés – chez de nombreuses personnes.

1983, La Pensée hiérarchique et l’évolution, Aubier-Montaigne ;

Darwin et le darwinisme

1996, (dir.), Dictionnaire du darwinisme et de l’évolution, P.U.F..

 

TURNER Gilian, biologiste australien (Newcastle). Par un article paru dans la revue britannique The Lancet du 28 juin 96, il émet l'hypothèse qu'existent des gènes concourant au degré d’efficience cognitive, gènes situés sur le chromosome X (un seul chez le garçon, deux chez la fille). Cette même hypothèse avait été lancée dans les années 1970 par R. Lehrke, puis contredite par N. Morton qui avait affirmé que seuls 17 gènes des 325 associés à des troubles cognitifs logeaient dans le chromosome X. G. Turner affirme aujourd'hui de son côté avoir comptabilisé sur ce chromosome 154 des 325 gènes associés à des troubles cognitifs. Les arguments de Turner, dans l'hypothèse de gènes cognitifs, reposent sur le fait qu'on observe un surcroît de 30 % de handicaps mentaux chez les garçons et qu'il existe une fréquence plus élevée de garçons arriérés congénitaux au sein d'une même famille que pour les filles. Ce phénomène s'expliquerait justement par le fait que le chromosome X contiendrait des gènes déterminant l'intelligence. Ainsi, les garçons, qui n'ont reçu qu'un seul X – de leur mère –, ne pourraient pas, en cas de gènes défavorables, en compenser l’effet par les gènes situés sur le second chromosome X, puisque leur père leur a transmis un Y. Inversement, les filles ont reçu deux X, un de leur mère et un de leur père, ce qui leur permet de contrebalancer d'éventuels gènes défavorables et d'être ainsi moins sujettes aux handicaps mentaux.

 

TVERSKY & KAHNEMAN, sociologues cogniticiens israëlo-américains. Ils ont développé la notion de « biais cognitif » déformant, qui explique le fait que des croyances pourtant basées sur une argumentation rationnelle (de la part de leur auteur) peuvent se trouver erronées.

 

UTILITARISME. Doctrine morale développée par Jeremy Bentham (1748-1832) et John Stuart Mill ( 1802-1873) selon laquelle une action ne peut être jugée « bonne » ou « mauvaise » qu'en raison de ses conséquences sur le bonheur des individus concernés. Au-delà de ce principe commun, la question de savoir si le bonheur est celui de l'individu ou de la collectivité, et à quels critères il se mesure, a donné lieu à de nombreux développements. La version moderne de « l'utilitarisme » définit plutôt le bonheur comme l'ensemble des préférences (relatives) des individus. Pour l’utilitarisme, un comportement, même s’il se présente comme désintéressé, guidé par la croyance ou la conviction, peut, s’il est suffisamment stable, être interprété en fonction de son utilité pour l’acteur. En revanche, pour l’utilitarisme, un comportement qui ne relèverait pas de l’intérêt de l’acteur serait irrationnel, soumis à la passion.

 

UTILITÉ PARÉTIENNE. Il s’agit d’une « utilité » pour l’acteur à construire ou adopter telle ou telle idée fausse, parce que cette idée nourrit un intérêt personnel. Pour « justifier » cette idée fausse, l’acteur élaborera et utilisera un (frauduleux) « vernis logique ».

 

VAVILOV Nicolaï (1887-1943), généticien russe. Formé en Angleterre par Bateson, il refusera de renier les théories classiques mendelo-morganiennes et de prêter allégeance aux théories environnementalistes et idéologiques de Lyssenko. Jugé « ennemi de la science prolétarienne », il est persécuté par l’État soviétique et arrêté en 1940 avec ses collaborateurs. Vavilov est incarcéré et mourra de faim au goulag, à Saratov, le 26 janvier 1943.

 

VATTIMO Giorgio, philosophe italien. Il est l’un des promoteurs du courant philosophique « post-moderne ».

1987, La Fin de la modernité, Paris Seuil.

 

VERDÈS-LEROUX Jeannine, sociologue française. Spécialiste de l’idéologie communiste, elle a également formulé une critique des thèses et méthodes de P. Bourdieu, qu’elle accuse de manquer de méthode, de rigueur, d’objectivité et de neutralité idéologique.

1983, Au service du Parti, le parti communiste, les intellectuels et la culture (1944-1956), Paris, Fayard ; 1987, Le Réveil des somnambules, le parti communiste, les intellectuels et la culture (1956-1985), Paris, Fayard ; 1989, La Lune et le Caudillo, le rêve des intellectuels et le régime cubain (1959-1970), Paris, Gallimard ;

1998, Le savant et la politique, essai sur le terrorisme sociologique de Pierre Bourdieu, Paris, Grasset ;

 

VERNIS LOGIQUE. Notion formulée par Vilfredo Pareto pour désigner l’argumentation frauduleuse se construisant à l’insu même de l’acteur et visant à établir une valeur idéologique ou une proposition faussement objective confortant des intérêts personnels ou idéologiques.

 

VERNIS MORAL. En marge du « vernis logique » énoncé par Pareto, selon lequel une argumentation scientifique frauduleuse a pour fonction de « justifier » des valeurs, on peut définir également, de manière réciproque, un « vernis moral », qui consiste à avancer des principes moraux (dont l’acteur sait qu’ils sont consensuels et ont une force de censure) pour protéger des croyances et des intérêts. C’est ainsi que les qualifications de « hérétique » ou « réactionnaire » subies, dans des domaines aussi divers que l’astronomie, la zoologie, la psychologie, l’art ou la sociologie, constituent des « vernis moraux », des « étiquetages-repoussoirs » visant à protéger des croyances et des intérêts personnels en jeu pour celui qui énonce le qualificatif péjoratif. Si par exemple un acteur critique (de manière pertinente) une théorie ou une institution culturelle dont la légitimité est discutable, il est pointé sur lui un index réprobateur assorti du qualificatif de « réactionnaire ». Un tel qualificatif, en nos lieu et époque, constitue une insulte discréditoire et excommunicatrice – ce que sait pertinemment l’accusateur. Dès lors, ce que dira l’acteur visé sera considéré par le public comme impertinent et faux (parce que « dangereux » ou « immoral »). Ceci était le cas sous l’Inquisition, où toute proposition scientifique dérangeante pour les intérêts religieux et idéologiques en place était qualifiée « d’hérétique » et conduisait au bûcher. Ici, une arme morale, sciemment utilisée, a le pouvoir de rejeter un fait objectif (dans le « vernis logique » de Pareto, c’est réciproquement un raisonnement frauduleux qui entend imposer une valeur ou une opinion). Notons que ces deux types de « vernis » peuvent également fonctionner en boucle (comme les valeurs et les croyances), l’un se fondant sur l’autre et vice-versa. L’accusation d’un acteur comme étant « réactionnaire », par exemple (et s’il se trouve que cet acteur n’est en réalité pas « réactionnaire »), sera certainement « fondée » (si tant est qu’elle puisse l’être) par un « vernis logique ». Réciproquement, l’assertion selon laquelle « tel ou tel artiste ou sociologue seraient mineurs ou insignifiants » (dans le cas où cette assertion serait fausse) sera probablement fondée sur un « vernis moral ».

 

VOLNEY Constantin François de Chasseboeuf, dit « Volney » (1757-1820), philosophe et écrivain français. Il peut être considéré comme le « sociologue » du groupe des « Idéologues » de la Révolution française (mais pas au sens où nous entendons le terme « d’idéologue » aujourd’hui). Volney rappelle et précise qu’une égalité politique des hommes est nécessaire en vertu de leur communauté d’appartenance à une même espèce, que cette égalité des droits politiques ne doit pas pour autant être comprise comme une uniformité des tempéraments naturels et des potentialités cognitives, laquelle diversité naturelle des hommes n’entrave pas pour autant l’affirmation d’une égalité politique – trois idées qui conservent toute leur actualité.

 

WALDEYER Wilhem (1836-1921), biologiste allemand. Il étudie d’abord l’histologie des nerfs, crée le terme de « neurone », puis soutient que le système nerveux est composé de cellules indépendantes. Il décrit et nomme également le premier, en 1888, les « chromosomes » dans le noyau d'une cellule.

 

WALZER Michael (1935), philosophe de la politique, américain. En marge de la « théorie de la justice » de John Rawls, Walzer estime que la principale menace contre la démocratie et la « justice sociale » est la confiscation par un même groupe social des différentes formes de pouvoir (ou « sphères »), susceptibles de constituer des inégalités. Ainsi les sphères : de la haute fonction publique, de l’exécutif politique, du législatif, des médias, de la finance, de l’industrie, de l’enseignement, etc… Pour Walzer, une société « juste » doit veiller à ce que les différents types de pouvoir susceptibles d’incarner des inégalités soient séparés.

1983, trad. 1997, Sphères de la justice, Paris, Seuil ;

 

WARD Lester Frank (1841-1913), sociologue et paléontologue américain.  Il se consacre à des travaux de sociologie, mettant l’accent sur les facteurs psychologiques (mentaux) de la vie sociale. Lorsque Weismann sépara strictement les caractères somatiques (modifiables) du plasma germinatif (immuable et seul transmissible), Lester F. Ward craignit que « l’éducation n’ait aucune valeur pour l’avenir de l’humanité et ne bénéficie qu’à la génération qui la reçoit » (1891). Il formulait ainsi l’idée selon laquelle, le génome constituant le déterminant premier et immuable de la personnalité des hommes, il ne saurait qu’être illusoire de croire pouvoir faire « évoluer » ou « modifier » l’homme et la société à l’échelle des siècles par l’éducation ou par la culture.

1879, Traité sur l’anthropogénie de Haeckel ;

1883, Dynamic Sociology ;

1893, The Psychic Factors of Civilization.

 

WEBER Max (1864-1920), sociologue allemand. Il fut l’un des précurseurs de la sociologie de l'action, qui place l’action de l'individu au centre de l'analyse, et également de la sociologie de la connaissance. Contre l’interprétation marxiste, il analyse l’apparition du capitalisme comme étant lié à des croyances religieuses et des valeurs éthiques (1905). Certains fondements de l’actuelle anthropologie des croyances sont définis dans « l’introduction » et les « considérations intermédiaires » de ses Écrits de sociologie religieuse. Pour Weber, l’adhésion à des valeurs morales ou des croyances religieuses peut s’expliquer par des raisons « objectives » qu’a l’acteur d’y adhérer. Il s’agit là d’une « rationalité axiologique », qu’on peut distinguer de la pure « rationalité instrumentale » (qui poursuit des buts uniquement utilitaires, présentant un intérêt direct et visible pour l’acteur). Pour Weber, comprendre et expliquer un comportement ou une valeur chez l’acteur suppose de retrouver les causes de ce comportement, qui sont liées aux motivations (ou à la rationalité) de l’acteur. Weber cite ainsi le cas de la résistance au monothéisme par les paysans romains : c’est que la théorie du polythéisme explique beaucoup mieux la complexité, le chaos et l’indétermination des phénomènes météorologiques (d’une grande importance pour ces agriculteurs) que l’hypothèse d’un dieu unique, stable et cohérent. Weber n’exclue pas pour autant l’affectivité et la subjectivité de l’acteur : simplement, dans la construction des croyances et des valeurs, s’entremêlent des ingrédients passionnels et cognitifs. Les différences de croyances entre cultures s’expliquent alors simplement pas des différences d’accumulation du savoir (et des techniques de prospection de ce savoir). Pour Weber, enfin, les rationalités instrumentale et axiologique interagissent et évoluent conjointement, s’influençant l’une l’autre. Elles peuvent aboutir à des innovations dans les valeurs morales : il se produit en fait qu’un certain nombre de valeurs sont disponibles sur le « marché » des idées, et subissent une sélection qui les fait perdurer ou disparaître (comme le pense également un anthropologue naturaliste comme Sperber). Pour Weber, toutefois, il n’y a pas « d’irréversibilité » des valeurs morales.

1992, Essais sur la théorie de la science, Plon, Press Pocket ;

1904-1905, Die protestantische Ethik und der « Geist » des Kapitalismus (trad 1964, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme suivi d’un autre essai, Plon) ;

1921, Ecrits de sociologie religieuse ;

1922, Ecrits de sociologie et de politique sociale ;

GERTH & MILLS, Max Weber, morceaux choisis.

 

WECHSLER David (1896-1981), psychologue américain. Il établit la mesure d'un QI dit « Wechsler », qui corrige la non-linéarité du QI Stern en établissant simplement pour chaque âge de l'adulte un étalonnage des scores autour de la moyenne des scores obtenus par l'ensemble de cette classe d'âge. Le test Wechsler destiné aux enfants est appelé « W.I.S.C. ». Il est toujours utilisé de nos jours pour mesurer l’efficience cognitive – ou à tout le moins celle que l’enfant est disposé à montrer ce jour-là.

 

WEISMANN August (1834-1914), biologiste allemand. Il travailla surtout sur les problèmes de l’hérédité et de l’évolution. Il sépara strictement les caractères « somatiques » (modifiables) du « plasma germinatif » (immuable et seul transmissible). Contrairement à Lester Ward, Weismann, s’il niait l’hérédité de l’acquis, rejeta l’idée d’influence naturaliste des phénomènes « culturels » en insistant sur l’autonomie des processus sociaux. Par ailleurs, et contrairement au « lamarckisme social » qui fige les classes par le poids des habitudes transmises sur des centaines de générations, comme une sorte de prédestination, de « fatum » de l’acquis incorporé (assez « bourdieusien »), « l’hérédité » weismannienne accorde des chances de liberté et de mobilité pour chaque génération d’humains (ce qui corresponde assez aux conceptions modernes de la génétique).

1892, Essais sur l’hérédité et la sélection naturelle ; 1896, Über germinal Selektion ; 1902, Vorträge über Deszendenztheorie.

 

WHITEHEAD Alfred North (1861-1947), mathématicien, logicien et philosophe anglais, professeur de mathématiques appliquées et de mécanique à Cambridge et à l'université de Londres, puis de philosophie à Harvard. Il publie les Principia mathematica en collaboration avec Russel. Considéré comme l'un des principaux « néo-réalistes » anglo-saxons, il étendit ses réflexions à la sociologie culturelle, l'éducation, la métaphysique et la religion.

1919, Principes de la connaissance naturelle ; 1920, Le Concept de nature ; 1926, Le Devenir de la religion ; 1929 ; Les Buts de l'éducation.

 

WITTGENSTEIN Ludwig Josef (1889-1951), logicien et philosophe anglais d'origine autrichienne. Il s’intéressa au problème du fondement des mathématiques. Élève de Russell en 1912, il affecta une certaine indifférence à l'égard des philosophies antérieures. Wittgenstein fut d’abord instituteur, avant de devenir titulaire d’une chaire de philosophie à Cambridge. Influencé par Frege et Russell, dont il reprend la doctrine de l'atomisme logique, il définit le monde comme un ensemble de faits, indépendants les uns des autres, dont les liaisons forment la structure logique du monde. Il pensait que la vérité des propositions complexes ne dépend que de la vérité ou de la fausseté des propositions élémentaires dont elles sont la combinaison logique – tout en étant inspiré par une volonté de clarification logique des pensées. Selon lui, la formulation des problèmes philosophiques « repose sur un malentendu de la logique de notre langue ». Toutefois, si « tout ce qui peut être dit peut être dit clairement », « il y a assurément de l'inexprimable ». Pour Wittgenstein, la philosophie consiste non dans l'énoncé de thèses, mais dans l'activité de clarification d'une pensée qui entend se dégager des pièges du langage.

1930, publié en 1964, Remarques philosophiques ;

1933-1935, Les Cahiers bleu et brun ;

1949, publié en 1952, traduit en 1964, Investigations philosophiques.

 

YERKES Robert M. (1876-1956), psychométricien américain, président de l'Association américaine de psychologie. Dans le cadre de la Première Guerre mondiale, il se servit des tests de Binet pour évaluer les capacités intellectuelles de 1.750.000 soldats et les affecter selon leurs résultats, ce qui constitua une première utilisation politique et sociale des tests cognitifs.


Table des articles

 

 

 


ANAXAGORE DE CLAZOMÈNES................................... 4

ANAXIMANDRE DE MILET............................................. 4

ANDERSON.......................................................................... 4

ANOKHIN............................................................................. 4

ARAGON.............................................................................. 4

ARISTOTE DE STAGYRE................................................... 4

ARON.................................................................................... 5

ATOMISME.......................................................................... 5

BABEUF................................................................................ 5

BAECKER............................................................................. 5

BAUDELOT.......................................................................... 6

BAUMAN............................................................................. 6

BEGLEITER.......................................................................... 6

BELL...................................................................................... 6

BENTHAM........................................................................... 6

BERNSTEIN.......................................................................... 6

BINET.................................................................................... 6

BLOOR.................................................................................. 7

BLUM.................................................................................... 7

BOUCHARD......................................................................... 7

BOUDON.............................................................................. 7

BOURDIEU........................................................................... 8

BOYSSON-BARDIES........................................................... 8

BRIDGES............................................................................... 8

BRIGHAM............................................................................ 8

BROCA.................................................................................. 8

BRUNO.................................................................................. 9

BUFFON................................................................................ 9

BUONARROTI..................................................................... 9

BURKS................................................................................... 9

BURT..................................................................................... 9

CABET................................................................................... 9

CAMPANELLA.................................................................. 10

CAPRON............................................................................. 10

CARLIER............................................................................. 10

CARNAP............................................................................. 10

CARREL.............................................................................. 10

CARROLL........................................................................... 10

CASTORIADIS................................................................... 11

CERCLE DE VIENNE......................................................... 11

CHAMPENOIX.................................................................. 11

CHANGEUX....................................................................... 12

CHOMSKY.......................................................................... 12

CHURCHLAND.................................................................. 12

CLONINGER....................................................................... 13

COMINGS........................................................................... 13

COMMUNISME................................................................. 13

COMTE............................................................................... 13

COMTE-SPONVILLE......................................................... 14

CONDORCET..................................................................... 14

COOLMAN......................................................................... 14

CRICK.................................................................................. 14

CUVIER............................................................................... 15

DAMASIO........................................................................... 15

DANTON............................................................................ 15

DARWIN (Charles).............................................................. 15

DARWIN (Erasmus)............................................................ 16

DARWINISME SOCIAL.................................................... 16

DAVIDSON......................................................................... 16

DE VRIES............................................................................. 18

DEBRAY.............................................................................. 16

DEBRAY-RITZEN.............................................................. 17

DÉMOCRITE D'ABDÈRE................................................. 17

DENNETT........................................................................... 17

DESCARTES....................................................................... 18

DESTRADE......................................................................... 18

DEZAMY............................................................................ 18

DIDEROT............................................................................ 18

DILTHEY............................................................................. 19

DUMONT........................................................................... 19

DURKHEIM........................................................................ 20

DURU-BELLAT.................................................................. 21

EBSTEIN.............................................................................. 23

ECCLES................................................................................ 21

ÉCOLE DE FRANCFORT.................................................. 21

EDELMAN.......................................................................... 21

ÉGALITARISME................................................................ 21

ÉGALITÉ DES CHANCES................................................. 22

ELSTER................................................................................ 22

EMPÉDOCLE...................................................................... 22

ENRAGÉS............................................................................ 22

ÉPICURISME...................................................................... 22

EXISTENTIALISME.......................................................... 23

EYSENCK............................................................................ 23

FECHNER............................................................................ 23

FERRY (Jules)...................................................................... 23

FERRY (Luc)........................................................................ 24

FEUERBACH...................................................................... 24

FEYERABEND.................................................................... 24

FLYNN................................................................................. 25

FODOR................................................................................ 25

FOURIER............................................................................. 25

FREGE................................................................................. 25

FREUD................................................................................. 26

FURET................................................................................. 26

GALIEN............................................................................... 26

GALILÉE............................................................................. 26

GALL................................................................................... 26

GALTON............................................................................. 27

GARDNER.......................................................................... 27

GAUTIER............................................................................ 27

GEOFFROY SAINT HILAIRE........................................... 27

GIDDENS............................................................................ 27

GINI..................................................................................... 28

GIRARD.............................................................................. 28

GLUCKSMANN................................................................. 28

GOTTFREDSON................................................................ 28

GRÉ (de)............................................................................... 28

GRIGNON........................................................................... 29

GRUMBERG....................................................................... 29

GUIZOT.............................................................................. 29

HABY................................................................................... 29

HAMER............................................................................... 29

HARRIS............................................................................... 29

HAYEK................................................................................ 30

HÉBERT.............................................................................. 30

HÉBERTISTES.................................................................... 30

HEGEL................................................................................. 30

HEN...................................................................................... 30

HERRNSTEIN..................................................................... 31

HUME.................................................................................. 31

HURTIG.............................................................................. 31

HUXLEY.............................................................................. 31

IDÉOLOGIE........................................................................ 32

INDIVIDUALISME MÉTHODOLOGIQUE.................... 32

INÉGALITÉ DES CHANCES............................................. 32

ISAMBERT-JAMATI........................................................ 32

JENCKS............................................................................... 32

JENSEN................................................................................ 33

JOHNSON-LAIRD.............................................................. 33

KAGAN............................................................................... 33

KONDRATIEV................................................................... 33

KRUESI................................................................................ 34

KUHN.................................................................................. 34

KURAN............................................................................... 34

LAGUILLIER...................................................................... 34

LAHAUTIÈRE.................................................................... 34

LAMARCK......................................................................... 35

LAPLACE............................................................................ 35

LEAHY................................................................................. 35

LEFORT............................................................................... 35

LEIBNITZ............................................................................ 35

LIEURY................................................................................ 36

LINNOILA........................................................................... 36

LOARER.............................................................................. 36

LOCKE................................................................................. 36

LUCRECE............................................................................ 36

LYOTARD........................................................................... 37

LYSSENKO.......................................................................... 37

MACHONIN....................................................................... 38

MANNHEIM...................................................................... 38

MANTELL.......................................................................... 38

MARIOTTE........................................................................ 38

MARX................................................................................. 38

MARXISME ANALYTIQUE............................................ 39

MATÉRIALISME............................................................... 39

MAUPERTUIS.................................................................... 39

MÉCANISME..................................................................... 40

MÈME................................................................................. 40

MENDEL............................................................................. 40

MENGER............................................................................. 40

MEYER................................................................................ 40

MICHELS............................................................................ 41

MILL.................................................................................... 41

MILLS.................................................................................. 41

MISRAHI............................................................................. 41

MITCHOURINE................................................................. 41

MORELLY........................................................................... 42

MORGAN........................................................................... 42

MOSCA............................................................................... 42

MULLER............................................................................. 42

NATURE/NURTURE......................................................... 42

NOMINALISME................................................................. 43

NOZICK.............................................................................. 43

OCKHAM........................................................................... 43

OLSON................................................................................. 43

ORIGINE SOCIALE............................................................ 44

OWEN.................................................................................. 44

PALÉONTOLOGIE............................................................ 44

PARETO.............................................................................. 45

PARSONS............................................................................ 45

PASTEUR............................................................................ 45

PEIRCE................................................................................ 45

PENROSE............................................................................ 45

PHILOSOPHIE ANALYTIQUE......................................... 46

PHILOSOPHIE DE L'ESPRIT............................................ 46

PHILOSOPHIE MORALE.................................................. 47

PIAGET............................................................................... 47

PLACE................................................................................. 47

PLATON.............................................................................. 47

PLOMIN.............................................................................. 47

POPPER............................................................................... 48

POSITIVISME..................................................................... 48

POSITIVISME LOGIQUE.................................................. 48

POSTMODERNISME........................................................ 48

POUCHET........................................................................... 49

PREMACK.......................................................................... 49

PROGRÈS............................................................................ 49

PROGRESSISME................................................................ 50

PROST................................................................................. 50

PSYCHOLOGIE ÉVOLUTIONNISTE............................... 50

PUTNAM............................................................................ 50

RADNITZKY...................................................................... 50

RATIONALISME............................................................... 50

RATIONALITÉ AXIOLOGIQUE..................................... 51

RATIONALITÉ LIMITÉE................................................. 51

RAWLS................................................................................ 51

RÉALISME.......................................................................... 51

RÉGRESSION LINÉAIRE.................................................. 51

RELATIVISME................................................................... 51

RENOUVIER....................................................................... 52

ROSENTHAL...................................................................... 52

ROSSET............................................................................... 53

ROUSSEAU......................................................................... 53

ROUX.................................................................................. 53

RUSE.................................................................................... 54

RUSSELL............................................................................. 54

SANDEL.............................................................................. 55

SCHELER............................................................................. 55

SCHLICK............................................................................. 55

SCHOPPENHAUER........................................................... 56

SEARLE............................................................................... 56

SIMMEL.............................................................................. 56

SIMON................................................................................. 57

SKINNER............................................................................. 57

SKODAK & SKEEL............................................................ 57

SMITH (Adam).................................................................... 57

SMITH (William)................................................................. 58

SOCIALISME...................................................................... 58

SOCIOBIOLOGIE............................................................... 58

SPEARMAN........................................................................ 58

SPENCER............................................................................. 58

SPERBER............................................................................. 58

SPERRY............................................................................... 59

SPINOZA............................................................................. 59

STEIN................................................................................... 59

STERN................................................................................. 59

STERNBERG....................................................................... 59

STIRNER............................................................................. 60

STOÏCISME......................................................................... 60

TALLEYRAND................................................................... 60

TERMAN............................................................................ 61

THÉLOT.............................................................................. 61

THURSTONE...................................................................... 61

TOCQUEVILLE.................................................................. 61

TORT................................................................................... 62

TURNER.............................................................................. 62

TVERSKY & KAHNEMAN............................................... 63

UTILITARISME................................................................. 63

UTILITÉ PARÉTIENNE.................................................... 63

VATTIMO........................................................................... 63

VAVILOV............................................................................ 63

VERDÈS-LEROUX............................................................. 63

VERNIS LOGIQUE............................................................. 63

VERNIS MORAL................................................................ 63

VOLNEY.............................................................................. 64

WALDEYER........................................................................ 64

WALZER............................................................................. 64

WARD.................................................................................. 65

WEBER................................................................................ 65

WECHSLER......................................................................... 66

WEISMANN........................................................................ 66

WHITEHEAD...................................................................... 66

WITTGENSTEIN................................................................ 66

YERKES............................................................................... 67


 

 



[1] Et pourtant : un rayon cosmique qui vient depuis l’autre bout de la galaxie supprimer ou intervertir une base azotée dans la chaîne de l’ADN (comprise par exemple dans un spermatozoïde) provoquera une mutation génétique qui, si elle est conservée et répandue parmi la population humaine au fil des générations, sera susceptible d’introduire un nouveau caractère comportemental ou cognitif, qui aura une influence sur le comportement ou la cognition des hommes, et donc une influence sur les notions de « justice » construites par les hommes ou les lois élaborées par eux. Ainsi, un même phénomène concerne à la fois l’astrophysicien nucléaire et le philosophe politique, et même l’anthropologue de la philosophie politique (ainsi qu’entre l’un et l’autre l’astrophysicien généraliste, le biologiste moléculaire, le généticien généraliste, le généticien du comportement et de la cognition, le généticien des populations, le psychologue, le sociologue, l’anthropologue, l’homme politique, etc…).

 

La réponse est qu’un rayon gamma peut déplacer une base azotée sur l’ADN, modifiant ainsi le génotype de l’embryon, voire le génome de l’espèce, et donc avoir des incidences sur la diversité cognitive ou comportementale d’une espèce animale, laquelle détermine la réflexion des hommes en matière de « justice sociale ».