Sommaire Travaux divers en sciences cognitives

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Christophe Chomant

DEA de sciences cognitives 2003-2004

Ehess, Ens Ulm & École Polytechnique

 

 

Rationalité et cognition sociale

 

 

Pourquoi une théorie de la rationalité empirique ne peut faire l’économie du raisonnement conditionnel-contrefactuel ?

 

 

(dans le cadre du cours dispensé par M. Jean-Pierre Dupuy)

 

 

Préalables                                                                                                                             1

Trois niveaux de « théorie de la rationalité »                                                                                                       1

Le conditionnel-contrefactuel dans des situations empiriques                                                                        2

Le conditionnel-contrefactuel au sens fort                                                                                                          2

Cas non pleinement satisfaisants                                                                                             3

Choisir entre deux options présentant des implications différentes                                                                3

Prévenir et éviter un événement susceptible d’appartenir à l’avenir                                                               3

La proposition de pacte                                                                                                                                           4

Raisonner sur des « prédictions d’avenir » ou une « action sur le passé »                                                   4

Cas susceptibles d’illustrer la nécessité de mettre en œuvre un réel raisonnement conditionnel contrefactuel                                                                                                                                       4

Sauver son sentiment de libre-arbitre face aux pressions d’autrui                                                                   4

La promesse non tenue                                                                                                                                           5

Tirer les leçons du passé                                                                                                                                         6

Deviner les intentions d’autrui                                                                                                                               6

Conclusion                                                                                                                            7

 

Préalables

Trois niveaux de « théorie de la rationalité »

Il semble bon avant toute chose de remarquer qu’on peut définir une « théorie de la rationalité » de plusieurs façons, selon différents niveaux :

A - C’est une théorie empirique que chacun met en œuvre dans la vie de tous les jours pour décider de choix d’action à opérer dans la visée de son propre intérêt ;

B - C’est cette même théorie appliquée à autrui de façon à pouvoir deviner ses intentions d’action, ce toujours dans la définition de ses propres actions et la visée de son propre intérêt ;

C - C’est l’analyse extérieure et anthropologique, scientifique, de l’ensemble de ces processus pour essayer d’expliquer les comportements individuels, et, par agrégation, « collectifs ».

Se dessinent ainsi trois niveaux de « théorie de la rationalité » : personnelle, interpersonnelle et scientifique.

Nous nous attacherons à la première interprétation d’une « théorie de la rationalité », comme stratégie personnelle d’action judicieuse, parce que ce premier niveau semble nourrir les deux autres.

Le conditionnel-contrefactuel dans des situations empiriques

Dans ce cadre, nous nous attacherons plus précisément à observer des cas qui se présentent dans la vie réelle de façon courante, de préférence à des jeux de logique reposant sur des prémisses non réalistes. Car la rationalité de l’esprit humain s’est en effet bâtie, au fil de l’évolution de l’espèce, sur des situations de réflexion, de décision et d’action réelles.

Le conditionnel-contrefactuel au sens fort

Nous rechercherons des cas de raisonnements conditionnel-contrefactuel au sens fort du terme, c’est-à-dire qui imaginent les différentes conséquences possibles de différents événements possibles susceptibles d’être survenus dans le passé, événements dont l’acteur n’a pas forcément connaissance et qu’il n’est plus possible de modifier, mais dont les conséquences ont une importance pour sa décision d’action. Nous préférerons ce degré à d’autres, plus « faibles ».

Ainsi : « Si j’étais riche, je m’achèterais une Rolls », par exemple, ne semble pas être un raisonnement conditionnel-contrefactuel au sens fort du terme, parce que cette proposition pourrait être schématisée logiquement  de la façon suivante :

[je deviens riche] É [je m’achète une Rolls]

qui est en réalité une proposition de type [pÉq].

En revanche, « Qu’aurait-il fait s’il n’avait pas trouvé ses clefs ? » semble être une proposition conditionnelle-contrefactuelle au sens fort du terme, parce que l’acteur élabore des hypothèses sur les conséquences d’événements qui se sont déroulés dans le passé, événements et conséquences qu’il n’a pas perçus de façon directe et sur lesquels il a des incertitudes.

Nous distinguerons justement ces différents degrés du conditionnel-contrefactuel dans les exemples qui suivent, selon un degré faible (insatisfaisant) et fort (plus satisfaisant).

 

Une théorie de la rationalité pourrait faire l’économie du raisonnement contrefactuel si aucun des processus de détermination de choix n’impliquait la mise en œuvre d’un raisonnement contrefactuel. Si en revanche, un ou plusieurs de ces processus exige(nt) la mise en oeuvre de raisonnements contrefactuels, alors une théorie de la rationalité ne peut faire l’économie de raisonnements de ce type.

 

Nous observerons en premier lieu des cas qui ne remplissent pas selon nous de façon satisfaisante les conditions de raisonnements contrefactuels.

Nous observerons ensuite des cas susceptibles d’illustrer de façon plus claire ce type de raisonnement.

Cas non pleinement satisfaisants

Choisir entre deux options présentant des implications différentes

Je dois me rendre en voiture de Mantes-la-Jolie à Rambouillet et ai pour ce faire deux options possibles :

- prendre l’autoroute par Versailles ;

- couper par les petites routes.

Chacune de ces options comporte des effets divers :

- Si je prends l’autoroute, le chemin est plus long, mais je roulerai plus vite ; d’un autre, côté, il y a un péage, et un risque de ralentissement au triangle de Roquencourt ;

- Si je prends les petites routes, le chemin est plus court, mais je roulerai moins vite ; le paysage est plus agréable ; par contre, il est plus dangereux statistiquement de rouler sur une petite route que sur une autoroute.

Ce choix pourrait se formuler de façon conditionnelle-contrefactuelle :

- « Si je prenais l’autoroute, je roulerais plus vite, etc… ;

- « Alors que si je prenais les petites routes, le chemin serait plus court, etc… »

Toutefois, une telle apparence n’est selon nous pas satisfaisante.

En effet, nous ne raisonnons pas ici sur les effets possibles de différents scénarios se déroulant dans le passé, mais sur les effets possibles de différents scénarios à advenir.

En conséquence, nous ne sommes pas réellement en présence d’un raisonnement contrefactuel, mais simplement d’implications simples ou probabilistes de type :

                                                      p É q

                                          ou        p É proba q

c’est-à-dire :

[je prends l’autoroute] É [telles et telles implications]

…ce malgré la formulation possible des propositions de raisonnement.

Prévenir et éviter un événement susceptible d’appartenir à l’avenir

Le cas est analogue avec la volonté d’éviter un événement (jugé négatif) susceptible de se dérouler dans l’avenir.

Ainsi, nous nous rendons à la gare ferroviaire à pied, en famille, où nous devons prendre un TGV qui nous emmènera en Avignon.

Or, après un constat de la distance déjà parcourue et de la durée écoulée, nous calculons qu’en poursuivant à cette vitesse, compte tenu de la distance qui reste à parcourir et de l’heure de départ, nous allons rater le train. En conséquence, pour éviter ce désagrément, nous jugeons qu’il serait bon de monter dans un bus ou un taxi.

Certes, l’événement que nous prévoyons comme conséquence probable d’un entêtement à marcher à pied n’appartient pas à l’avenir : il appartient à un monde imaginaire, puisque nous allons précisément agir pour que cet événement ne se produise pas.

Mais il ne s’agit pas pour autant d’hypothèses effectuées sur différents mondes passés (qui est la marque du conditionnel-contrefactuel).

Mon raisonnement pourrait s’exprimer sous la forme :

                                                      p É q

                                          ou        p É proba q

soit :            [nous continuons à pied] É [nous allons vraisemblablement rater le train]

       et         [nous prenons un bus] É [nous aurons notre train]

Il ne s’agit donc pas à proprement parler selon nous d’un raisonnement conditionnel-contrefactuel au sens fort.

La proposition de pacte

Nous connaissons ce cultivateur qui demande au vigneron de l’aider pour faire la moisson, en échange de quoi il lui promet de l’aider lui-même à faire les vendanges.

- Si tu m’aides à faire la moisson, propose le cultivateur, je t’aiderai à faire les vendanges.

- Si tu m’aidais à faire la moisson, je t’aiderais à faire les vendanges ; et si tu ne voulais pas m’aider, tant pis, je ne t’aiderais pas non plus, pourrait-on faire dire au cultivateur.

Là encore, au-delà de la formulation conditionnelle des propositions, il ne nous semble pas être en présence d’un cas de raisonnement conditionnel-contrefactuel au sens fort.

En fait, les deux acteurs examinent seulement les différentes implications possibles dans le futur d’une décision qui doit avoir lieu dans le présent (ou prochainement). On se trouve à nouveau dans une situation du type :

                                                      p É q

                                          ou        p É proba q

soit :            [tu m’aides à moissonner] É [je t’aide à vendanger]                           

Raisonner sur des « prédictions d’avenir » ou une « action sur le passé »

J’hésite à sortir cueillir des pommes. L’orage gronde à l’horizon et je redoute la foudre. Or, un « génie » a fait la « prévision » selon laquelle « je ne sortirais pas et la foudre ne tomberait pas ». Que dois-je faire ?

- S’il a prévu que je ne sorte pas et que je m’abstiens réellement de sortir, la foudre ne va pas tomber… et je pourrais alors sortir ;

- Mais si je sors, je contredis sa prévision… et la foudre risque de tomber, ce qui signifie que je ne dois pas sortir.

Soit. Mais ces raisonnements se fondent sur une prémisse qui n’est pas valide : celle de la prédiction d’avenir (ou du pouvoir sur le futur, ou de « l’omniscience »). En conséquence, ce type de raisonnement conditionnel-contrefactuel n’est selon nous pas recevable, parce qu’il ne correspond pas à des situations réelles de la vie des hommes et ne peut prendre part à une théorie réaliste et empiriste de la rationalité.

Cas susceptibles d’illustrer la nécessité de mettre en œuvre un réel raisonnement conditionnel contrefactuel

Sauver son sentiment de libre-arbitre face aux pressions d’autrui

Ma chère maman est une personne tout à fait charmante, mais qui a une désagréable tendance à « inciter fortement » les autres à épouser ses propres actes : voir tel film ou tel spectacle, visiter telle ville ou tel pays, etc… Il se trouve que je me tâte justement pour savoir si je vais aller voir ce dernier film de Woody Spielberg, dont les critiques sont controversées. À l’image des critiques, mes intentions sont elles-mêmes controversées. Or, ma mère, qui a vu et adoré le film, m’incite vivement à aller le voir… et je me retrouve alors en position de porte-à-faux vis-à-vis de mon libre-arbitre. En effet :

- Si je vais effectivement voir ce film, j’aurai l’impression d’avoir obéi (en partie) aux injonctions de ma mère et de n’avoir donc pas agi librement ;

- Inversement, si je ne vais pas voir le film, j’aurai le sentiment d’avoir agi (en partie) en réaction contre les injonctions de ma mère et donc de n’avoir pas non plus agi librement.

Quelle que soit ma décision, le fait de subir des pressions psychologiques met à mal mon sentiment de libre-arbitre.

C’est alors que je peux utilement élaborer un raisonnement conditionnel contrefactuel :

- Si elle ne m’avait pas fortement incité à aller voir ce film, qu’aurais-je fait ?

Deux solutions sont possibles :

A) Je n’y serais de toute façon pas allé. Donc si je décide aujourd’hui de ne pas y aller, c’est librement ;

B) J’y serais de toute façon allé. Donc si je décide aujourd’hui d’y aller, c’est librement.

Contre la pression ou le harcèlement exercés par d’autres, le raisonnement conditionnel contrefactuel permet de sauver le libre-arbitre et de préserver de l’impression nocive d’obéir bêtement, tel un esclave, aux injonctions d’autrui. En ceci, il entre comme élément dans une théorie de la rationalité, parce qu’il aide l’acteur à effectuer un choix d’action en ayant l’impression d’être libre de ce choix.

La promesse non tenue

La vie quotidienne des humains est tissée d’un grand nombre de pactes interindividuels implicites. Et il se trouve bien sûr que, parfois, l’un des acteurs trahit son engagement : il n’arrive pas à l’heure à un rendez-vous (ou au travail) ; il n’a pas fait de courses avant de rentrer à la maison ; il ne restitue pas une certaine somme d’argent dans les délais convenus ; etc. Or, pour que le caractère nocif de cet acte de trahison puisse être démontré et dénoncé comme tel, et donc pour que soit montré par différence le caractère vertueux du pacte implicite, il est utile d’élaborer des raisonnements conditionnels-contrefactuel tels que :

- Si tu m’avais dit que tu arriverais en retard, j’aurais pu rester travailler plus longtemps ;

- Si j’avais sû que tu ne ferais pas les courses, je ne serais pas allé porter la voiture au garage et j’aurais pu aller les faire maintenant,

- Si tu savais que ne pourrais pas me rendre cet argent, il fallait me le dire : je ne te l’aurais pas prêté et j’aurais pu te régler aujourd’hui tes frais d’hôpital !

On modifie ici le passé en imagination… tout en sachant bien que le raisonnement tenu n’aura pas le pouvoir de changer le passé (on espère seulement qu’il aura le pouvoir d’améliorer l’avenir).

Si de tels raisonnements n’étaient pas tenus, le caractère nuisible du manquement à la promesse n’apparaîtrait pas. En conséquence, rien ne dissuaderait de trahir la promesse d’un pacte, ce qui concourrait à la dissolution de tous les pactes implicites, et donc au chaos social. Le raisonnement conditionnel-contrefactuel est donc la clef de voûte du respect des innombrables pactes implicites passés entre les différents acteurs de la société.

« Si les acteurs n’élaboraient pas de conditionnel-contrefactuel à la trahison d’un pacte, les relations sociales toutes entières tomberaient en ruine » (raisonnement conditionnel-contrefactuel !).

Tirer les leçons du passé

L’autoroute des vacances est très encombrée, et mon épouse m’invite à sortir à la bretelle qui s’annonce pour prendre des petites routes de campagne plus tranquilles. Solution tentante, d’autant plus que, étant confronté à une situation difficile, il est permis d’être optimiste sur une solution alternative. Obéis-je à l’invitation ou m’obstiné-je sur l’autoroute ?

Je me souviens alors que, l’année précédente, s’était présentée la même situation. J’avais réfléchi et finalement pris l’initiative de sortir de l’autoroute… mais ce choix s’était avéré calamiteux, parce que de nombreux automobilistes avaient eu la même idée que moi, les petites routes s’étaient trouvées encore plus encombrées que l’autoroute et nous étions finalement arrivés avec trois heures de retard par rapport à nos amis restés sur l’autoroute.

Cette expérience va pouvoir éclairer mon choix actuel sous la forme d’un raisonnement contrefactuel :

(1) Si nous étions restés sur l’autoroute l’année dernière, nous serions arrivés plus tôt.

(2) Par conséquent, si nous sortions de l’autoroute cette année, nous risquerions d’arriver encore plus tard.

(3) Il n’est peut-être pas judicieux de sortir de l’autoroute malgré la tentation.

Un raisonnement conditionnel-contrefactuel opéré sur des actions passées permet donc d’optimiser les choix réalisés aujourd’hui. En ceci, l’élaboration d’un tel raisonnement entre pleinement dans le cadre d’une théorie empiriste de la rationalité.

Deviner les intentions d’autrui

Je découvre que le mari de ma maîtresse Olga n’est autre que le facteur qui fait la tournée dans ma rue. J’ai réalisé ceci en sortant l’autre midi de chez Olga et en croisant son mari, qui m’a aperçu sortant de chez elle. Je n’en sais pas plus aujourd’hui, n’ai pas eu d’informations de la part d’Olga sur les propos tenus par son mari à la suite de cette rencontre, ni sur ses soupçons possibles. Je sais seulement que cet homme, très violent, a déjà frappé dans le quartier un certain nombre d’hommes qu’il soupçonnait être les amants de sa femme.

Par ailleurs, et ceci n’ayant rien à voir, j’attends un colis précieux – la reproduction d’une statuette de Degas – qui doit prochainement m’arriver par la poste en recommandé.

Je travaille tranquillement à la correction d’un manuscrit… lorsqu’on sonne à la porte. C’est le facteur, en uniforme, ce à une heure peu habituelle pour un facteur –14 heures. Que dois-je faire ? Est-il préférable pour moi de lui ouvrir… ou de m’enfuir par la porte du jardin ? Que sait le facteur sur ma liaison avec Olga, et quelles sont ses intentions à mon égard ?

On voit immédiatement que, pour définir mon action, je vais devoir élaborer une série de raisonnement conditionnels-contrefactuels, ayant pour prémisses les croyances du facteurs, ses traits de tempérament, son intérêt personnel, différents scénarios possibles du passé, etc…

Ces prémisses ont été déterminées dans le passé. On ne peut plus les modifier. En cela, ces raisonnements vont être réellement « conditionnels-contrefactuels ». Ainsi :

- S’il était au courant de ma liaison avec sa femme, choisirait-il de venir me trouver chez moi ?

- S’il devait me déposer un colis recommandé, passerait-il à quatorze heures ?

- S’il avait eu un soupçon sur mon compte et en avait fait part à sa femme, quels propos lui aurait-elle tenus ? Aurait-elle avoué… ou sauvé la mise ?

- S’il avait envie de me casser la figure, viendrait-il en uniforme ?

- S’il n’avait pas trop de soupçon sur mon compte mais que je m’enfuyais par la porte de derrière, qu’en déduirait-il alors ?

- S’il y avait eu une discussion ou une dispute entre Olga et son mari à notre sujet, n’aurait-elle pas cherché à me prévenir ?

- Etc…

Chacune de ces questions échafaude un monde et un passé virtuels, sur des prémisses possibles réalistes, ce en quoi chacune d’elle relève d’un raisonnement conditionnel-contrefactuel empirique.

Deviner les intentions d’autrui sur la base de prémisses inconnues définies dans le passé exige donc d’élaborer des raisonnements conditionnels-contrefactuels sur les croyances, intérêts et intentions de cet autrui. Une telle démarche (même inconsciente et automatisée) est omniprésente dans la vie quotidienne : prévision de l’action de l’autre automobiliste ou de l’autre piéton venant face à nous sur le trottoir, prévision des intentions et paroles du vendeur, du collaborateur ou collègue de travail, du conjoint, des enfants, du chat qui rôde…

La prévision des intentions de tous ces « autruis » tient une place importante dans la vie quotidienne et donc dans une théorie empiriste de la rationalité – même si nombre de ces calculs sont automatisés et inconscients.

Conclusion

Dans le cadre d’une « théorie de la rationalité » vue comme théorie personnelle pour définir le bon choix d’action, certaines situations de la vie réelle et certains raisonnements semblent relever de raisonnement contrefactuels. C’est par exemple le cas de : choisir entre deux options présentant des implications différentes ; prévenir et éviter un événement susceptible d’appartenir à l’avenir ; une proposition de pacte ; ou raisonner sur des « prédictions d’avenir » (ou une « action sur le passé »). Mais cette apparence peut être illusoire : au-delà de leur formulation verbale possible, de tels raisonnements peuvent se limiter en réalité à des implications probabilistes.

Il existe en revanche des situations qui exigent de réels raisonnements contrefactuels, c’est-à-dire qui mettent en œuvre des hypothèses sur le passé, avec différentes implications possibles sur le présent, et ce sur la base de prémisses réalistes. C’est le cas (notamment) pour : sauver son sentiment de libre-arbitre face aux pressions d’autrui ; une promesse non tenue ; tirer les leçons du passé ; ou (et surtout) deviner les intentions d’autrui dans la vie quotidienne.

 

Différentes situations de la vie réelle exigent donc la mise en œuvre de raisonnements contrefactuels au sens fort du terme pour définir un choix d’action judicieux.

En conséquence, une théorie de la rationalité réaliste, empiriste, ne saurait faire l’économie du raisonnement contrefactuel.