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DENIS  DIDEROT

 

 

 

 

ENTRETIEN ENTRE

 

 

D’ALEMBERT ET DIDEROT

 

 

 

 

Collection  « Philosophie de chair »

 

proposée  par  Didier  Mahieu

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Christophe Chomant Éditeur

 

 


 

 

 

 

 

 

« Tout ce qui se fait dans le corps de l’homme

 est aussi mécanique que ce qui se fait dans une montre. »

Leibnitz, (1646-1716)

 

 

« On doit se rappeler que

 toutes nos connaissances psychologiques provisoires

 doivent être un jour établies sur le sol des substrats organiques. »

Sigmund Freud, Gesammelte Werk, X, 143.

 

 

« Rien ne s’oppose plus désormais, sur le plan théorique, à ce que les

 conduites de l’homme soient décrites en termes d’activités neuronales. »

Jean-Pierre Changeux, L’Homme neuronal.



Préface

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce qu'on appelle la « vie » est-il autre chose qu'un savant agencement de matière ? L'homme est-il plus qu'une merveilleuse machine ? Notre pensée est-elle faite « d'âme », « d'esprit »... ou se résume-t-elle à des atomes ? Nos émotions, nos sentiments, notre sensation d'être et de penser sont-ils des entités abstraites, immatérielles... ou des phénomènes électro-chimiques ? Le débat n’a jamais cessé de bouillonner, opposant de nos jours scientifiques et philosophes matérialistes ou « monistes » (comme Fodor, Dennett, Putnam, Changeux ou Comte-Sponville) à ceux dits « dualistes » (comme Searle ou Ricœur).

 

Il est vrai que les récentes découvertes en neurobiologie, génétique, paléontologie et histoire de la vie et de la matière, rénovent et ravivent la querelle : car depuis l'association des quarks ‑ à la première seconde du big-bang ‑ jusqu'à la constitution des molécules d'acides aminés, de protéines et d'ADN dans la « soupe primitive », l'apparition de la cellule, de l'organisme pluricellulaire, la lente évolution du règne animal, l'avènement d'homo sapiens sapiens, la construction et le fonctionnement des synapses au milieu des flux de dopamine, sérotonine, acétylcholine et autres « neurotransmet-teurs », on peut aujourd'hui se demander s'il est nécessaire de faire appel à quelque phénomène magique ou immatériel pour expliquer le fonctionnement de cette machine à penser qu'est le cerveau. Et s'il se trouve dans ce cerveau quoi que ce soit d’immatériel, de quoi cet « immatériel » pourrait-il bien être fait... d’autre que de matière !?

 

Outre la question de la matérialité de l'esprit, se pose celle de l’essence de ce qu’on appelle la « vie » : qu'est-ce que la « vie » ? En quoi se distingue-t-elle de la matière ? Que constitue-t-elle de plus qu'une organisation mobile de molécules, d'atomes ? Où est la frontière entre une machine complexe et un organisme dit « vivant » ? Cette frontière existe-t-elle ? Le mot « vie » ne serait-il pas un abus de langage, une commodité, pour désigner un assemblage de matière dont la complexité d’organisation et de mouvement échappe à l'entendement humain ?

 

Ces questions partagent les hommes sur un plan scientifique, mais également philosophique, idéologique et religieux. La religion et l’idéologie ont généralement du mal à supporter que l’homme et l’esprit se réduisent à de la matière : la première parce qu’elle y perd son « âme » ; la seconde, parce qu’elle s’appuie sur des valeurs, un idéal, une culture, qui voudraient transcender l’individu et la matière.

 

Les hypothèses matérialistes sont-elles issues des savoirs de notre époque ? Pas sûr... Car ­‑ et aussi étonnant que cela puisse paraître ‑ ces questions sont déjà posées, discutées et réfléchies dans cet Entretien entre d'Alembert et Diderot, « vieux » de deux cent trente ans… des questions posées sur les simples bases ‑ élémentaires mais inaltérables ‑ de l'observation, de l'étonnement, du raisonnement, de l'intuition et du bon sens.

 

Un visionnaire, Diderot ? Sans doute. Mais peut-on dire que la clairvoyance et la sagacité soient d’une époque particulièrement plus que d’une autre ? Au cinquième siècle avant Jésus-Christ, sous Périclès, à une époque où l'homme avait su se donner suffisamment de temps libre pour méditer, Démocrite, déjà, se demandait s'il était nécessaire de faire intervenir les dieux pour expliquer l'agglomération des atomes en matière, de la matière en êtres vivants... des êtres vivants en hommes.

 

Ce qui nous amène à la question suivante : les hommes vont-ils vers plus de sagesse et de lucidité à mesure de leur histoire... ou bien se partagent-ils inexorablement entre lucides et mystiques ? L’esprit humain se libère-t-il des croyances au cours du temps ou bien cette appétence à croire est-elle inscrite dans sa nature ? La croyance en l’immatériel et la magie de la vie ne serait-elle pas contenue (sous forme matérielle !) dans les neurones et synapses de la machine humaine ?

 

Christophe Chomant,

Editeur.



Philosophie de chair

La pensée en marche

 

 

La philosophie est devenue une pensée écrite donc cristallisée et aboutie. Mais les pensées qui nous parviennent par les livres sont des traces inertes, c’est-à-dire qu’elles ont perdu le temps chaotique, hésitant, en un mot vivant, qu’elles devaient avoir quand elles naquirent laborieusement des méditations du philosophe. La parole sonore apporte une vibration « pneumatique » et une temporalité à l’enchaînement des phrases, et l’inflexion d’une voix peut ajouter au sens des mots une indication affective. La pensée étant une action, il est tout naturel que l’art dramatique ‑ l’acteur ‑ puisse en rendre compte plus facilement que la lecture qui, bien qu’elle soit active elle aussi, se prive de l’expression du corps dans l’espace. Le théâtre peut redonner du rythme, de la passion à cette pensée livresque qui s’est solidifiée. Loin de constituer une chaire de philosophie, il nous faut au contraire recréer une philosophie de chair.

 

Il est des philosophes qui ont vécu leur philosophie en la pensant, d’autres qui l’ont pensée sans la vivre ; leurs écritures sont radicalement différentes. Les premiers utilisent plus volontiers le « je » ou se mettent en situation dans un dialogue, les seconds empruntent les chemins de l’étude et conceptualisent à froid.

 

Dans notre projet d’incarnation de la philosophie par des personnages vivants sur une scène, c’est bien sûr à cette première catégorie que nous nous intéresserons d’abord. Dans le choix des textes proférés au théâtre, le critère de l’épaisseur humaine sera prépondérant. Qu’est-ce que l’épaisseur humaine ? Elle se manifeste paradoxalement par des choses ténues : ce sont peut-être tous ces petits détails, toutes ces expressions qui trahissent chez l’auteur une humeur, un sentiment, une émotion ou une inclination derrière le mur solide de la raison et des « idées claires et distinctes » qui se veulent objectives, « ...car enfin, il faut reconnaître l’infirmité et la faiblesse de notre nature ». Ne sent-on pas la dimension tragiquement humaine de René Descartes quand il se mutile littéralement de tous ses sens, de tous ses membres, de tous ses préjugés, opinions et croyances, pour voir ce qui reste en lui et pour constater qu’il pense encore ? Ne voit-on pas l’enthousiasme communicatif de Denis Diderot lorsqu’il pense avoir trouvé le secret de la matière ? Ne frémit-on pas devant l’angoisse de Blaise Pascal en équilibre au-dessus du gouffre des deux infinis ?

 

La scène est le lieu de l’échange, du partage et de la communion. N’est-ce pas l’endroit idéal pour faire vibrer la raison humaine par la voix des grands philosophes ? En un temps où le besoin de sens se manifeste un peu partout et où la muraille de l’individualisme se lézarde quelque peu, le théâtre et la philosophie peuvent s’unir, non pour rendre le monde meilleur, mais au moins pour le questionner dans le plaisir.

 

Didier Mahieu.


 

Jean le ROND d'ALEMBERT

 

(1717-1783)

 

 

Ce philosophe, écrivain et mathématicien français, fils naturel du chevalier Destouches, fut associé à Diderot dans l'élaboration de la fameuse Encyclopédie.

Jean d'Alembert, dans son Traité de dynamique, paru en 1743, fonda la mécanique sur trois principes : l'inertie, le mouvement composé et l'équilibre entre deux corps. Il en tira le principe essentiel portant son nom et selon lequel, dans un système, les forces internes d'inertie sont égales et opposées aux forces qui produisent l'accélération. En 1747, il indiquera également la solution générale de l'équation des « cordes vibrantes ».

Diderot fait expressément allusion à ces différents concepts au sein de ses entretiens.

 

On pourrait penser que d’Alembert était complice de Diderot dans l’écriture de l’Entretien et favorable à sa publication. Ce n’est pas le cas : lorsqu’il prend connaissance des travaux de Diderot, en octobre 1769, d’Alembert exige la destruction du manuscrit. Une copie, malheureusement, était déjà entre les mains de l’éditeur Grimm. Ce dernier, toutefois, par égard pour d’Alembert, ne diffusera les textes que treize ans plus tard, en 1782.

 

Une correspondance entretenue entre d'Alembert et Voltaire (1694-1778) sera publiée par Condorcet.



Denis DIDEROT

 

(1713-1784)

 

 

L'écrivain et philosophe français étudia la philosophie, la théologie et le droit. Il exerça à ses débuts, notamment, le métier de précepteur, qui lui permit d’assouvir sa curiosité dans tous les domaines de la connaissance humaine.

Dans sa « Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient », publiée en 1749, Diderot affiche un matérialisme athée qui lui vaudra l'emprisonnement. Dans sa « Réfutation de l'homme d'Helvétius », parue en 1763, il se distanciera toutefois d'un matérialisme purement mécaniste.

Sur un plan politique, Diderot estimait, contrairement à Rousseau, que les intérêts individuel et général pouvaient fort bien coïncider, pourvu que les lois aient été conçues en ce sens.

Il s'intéressait également aux artistes de son époque et ne se privait pas de les juger avec franchise. Il fit notamment l'éloge de Vernet, Greuze et Chardin, qu'il estimait être « vrais selon leur personnalité ».

 

C'est en 1769 que Diderot écrit la série des trois dialogues ‑ « L'Entretien entre d'Alembert et Diderot », le « Rêve de d'Alembert » et la « Suite de l'entretien » ‑ qui traitent de biologie, des relations entre esprit et matière, et entre inerte et « vivant ». Ces dialogues s'alimentent à la lecture de nombreux ouvrages de savants de l'époque, comme Haller, Buffon ou Maupertuis... et les médecins Bordeu, Tronchin, Petit et Roux. Diderot, contre toute tentation ou compromis dualiste, y défend l'idée d'une matière unique, universelle et revêtant diverses formes.

L’Entretien proprement dit aurait été composé aux environs du 10 août 1769.

L’éditeur Grimm dispose des manuscrits mais, par égard pour d’Alembert, qui a demandé la destruction des textes, ne les publiera dans la Correspondance littéraire qu’en 1782.

Diderot disait, au sujet de la forme entretien, qu'« il faut souvent donner à la sagesse l'air de la folie, afin de lui procurer ses entrées »... L’entretien est en effet une forme originale d'exposition d'hypothèses scientifiques, rarement imitée jusqu'à nos jours et qui pourtant rend des notions complexes plus vivantes et accessibles à tous. On peut dire qu’il est aux antipodes de l’essai clos, snob et abscons... et nous rappelle que l’intelligence consiste à exprimer des idées complexes avec des mots simples ­‑ plutôt que l’inverse.

 

Second entretien de la trilogie, le Rêve de d’Alembert aurait été composé entre le 15 août et le 5 septembre 1769. Il ne sera publié pour la première fois qu’en 1830. Ce deuxième dialogue porte sur la conscience de l’unité du moi : ce qu’on appelle « l’âme » serait une structure matérielle à l’œuvre dans le cerveau, qui superviserait le bon fonctionnement de l’organisme. Diderot parle d’embryologie, d’hérédité... prophétisant les découvertes actuelles. Le philosophe pose la question (qui cherche encore sa réponse) de savoir comment, sur la base d’une organisation du cerveau en réseaux, l’homme peut néanmoins ressentir une impression d’unité de sa « conscience » lorsqu’il pense, prend une décision, se sent être « quelqu’un ». L’imagination, quant à elle, ne serait qu’une combinaison de mémoire et de sensation ; et « l’abstraction », en toute rigueur, n’existerait pas. Les hypothèses de Diderot, ainsi qu’il le reconnaît lui-même, dépassent l’expérience (ou les moyens techniques de vérification), mais ne s’en trouveront pas moins vérifiées plus tard... de nos jours. Le Rêve de d’Alembert est peut-être l’un des textes les plus audacieux et aboutis du philosophe.

 

Le texte joué sur scène débute par un extrait de l’Entretien d’un philosophe avec la Maréchale de ***. C’est en 1771 que Diderot rend visite à la maréchale de Broglie et s’entretient avec elle de religion... et plus précisément de la question de savoir si un athée peut être « vertueux ». Pour le philosophe, l’homme est vertueux (ou non) de naissance, et le fait que, par ailleurs, il soit ou non croyant, n’aura sur cette vertu guère d’influence. Au plus, la religion contribuera-t-elle à rendre un individu fanatique, méchant ou dangereux. Diderot parie d’ailleurs avec ironie que, si jamais Dieu existait, il pardonnerait plus sûrement ses fautes à un athée vertueux qu’à un croyant criminel... A l’issue de son entretien avec la Maréchale, le philosophe prend soin de le rapporter par écrit. Il le reprendra pour en tirer une version définitive en août 1774, lors de son second séjour à la Haye. L’ouvrage paraîtra en avril et mai 1775, dans la Correspondance littéraire de Grimm.

 

L’esprit de Diderot est souvent mis en action par la lecture d’un ouvrage, et c’est par la lecture de la « Dissertatio de universali naturae systemate » de Maupertuis, parue en 1751, qui reconnaît à la matière la sensibilité, la mémoire et l’intelligence (idées qui, de nos jours, ne vont pas encore tout à fait de soi), que le philosophe est amené à composer ses Pensées sur l’interprétation de la nature, parues en 1753 sous le titre « De l’interprétation de la nature » (Le titre des Pensées sera défini pour la réédition corrigée de 1754). Cet ouvrage, qui présente des généralités sur l’approche matérialiste de la botanique et de la zoologie, constitue en quelque sorte un second « discours préliminaire de l’Encyclopédie » et annonce les futurs Entretiens.

 

Les Eléments de physiologie n’ont pas paru du vivant de Diderot. Une copie, encore inaboutie, porte la date de 1778, et a probablement été retouchée en 1780. Ces Eléments de physiologie sont nourris de la lecture de dizaines de livres de médecine et pourraient être considérés comme un désir de synthèse des connaissances de l’époque en matière de biologie. Ces savoirs intégrés dans l’esprit de Diderot lui permettront d’ailleurs de retoucher, d’affiner les Entretiens. Trois thèses fondamentales (et révolutionnaires pour l’époque) soutiennent la biologie de Diderot : 1°) tous les êtres vivants sont probablement parents, puisque leurs embryons sont analogues ; 2°) ce qu’on appelle « la vie » peut se résumer à de la matière ; 3°) le psychisme, l’un des constituants de la « vie », peut se résumer lui aussi, également, à de la matière, le système cérébral étant le siège « de l’entendement, de la mémoire, de l’imagina-tion et de l’affectivité ». En fait, cinquante ans avant Darwin, Diderot tire des écrits de Buffon, Camper et Cuvier, l’idée selon laquelle un même modèle d’être vivant serait à l’origine de tous les autres.

 

En arrivant à La Haye le 15 juin 1773, Diderot trouve l’ouvrage « De l’homme », écrit par Helvétius, et le dévore littéralement. Helvétius, tout comme Diderot, est matérialiste et athée, mais il pense que les enfants naissent avec des cerveaux vierges et identiques, que l’éducation seule formera et différenciera. Pour Diderot, en revanche, si l’homme est un animal et si son esprit est matériel, alors le cerveau à la naissance n’est pas une boîte vierge et standard, mais les structures mentales sont déjà largement déterminées par l’inné, et différenciées selon les individus ; l’éducation ne définit pas la personnalité mais s’en tient au plus à « perfectionner l’aptitude naturelle », intuition que semblent confirmer les découvertes récentes en neurobiologie et génétique. En outre, Diderot craint que le credo environnementaliste, malgré ses bonnes intentions, n’ouvre la porte aux tentations totalitaires, naïves et donc dangereuses, de vouloir créer un homme « nouveau » ou « supérieur », en pensant pouvoir modeler à souhait les jeunes esprits. Le philosophe ignorait que cette crainte, qui ne sut pas avertir les hommes en son temps, se trouverait confirmée de façon dramatique par les régimes soviétique, nazi ou khmer : le credo d’Helvétius d’un cerveau vierge à la naissance autorise et encourage le rêve prométhéen, meurtrier malgré lui, d’une humanité meilleure ou parfaite. La barbarie est déjà promise (et garantie) dans le projet politique irréaliste, aussi généreux celui-ci fût-il. Le manuscrit autographe de 1775 fut retouché en 1776 ou 1777, puis publié dans la Correspondance littéraire, de janvier 1783 à mars 1786, c’est-à-dire en bonne partie après la mort de l’auteur.

 

Christophe Chomant.

 

 

 

 

 

Pour lire Diderot dans le texte :

 

1951, Le Rêve de d’Alembert, Entretien entre d’Alembert et Diderot et Suite de l’Entretien, Didier, Paris ;

1965, Entretien entre d'Alembert et Diderot ; le Rêve de d'Alembert ; Suite de l'entretien, coll. GF, Flammarion ;

1964, Eléments de physiologie, M. Didier, Paris.

1950, Lettres à Sophie Volland, Gallimard, NRF, 2 vol. ;

1994, Œuvres, tome I, « philosophie », Robert Laffont, « Bouquins », 1600 pages, 170 F ; contient notamment une bibliographie sur Diderot de 28 pages et 700 titres.


 

 

Petit Glossaire diderotien

à l’usage d’un public contemporain

 

 

 

 

« Sensibilité » : Propriété de la matière inerte signifiant qu’elle peut, sous certaines conditions, se transformer en « vie ».

 

 

« Force morte » : Energie dite « potentielle » d’un objet immobile, qui pourrait se convertir en énergie cinétique si l’objet n’était plus retenu dans son élan spontané, comme l’eau retenue par le barrage ou la pomme par la branche.

 

 

« Force vive » : Energie cinétique, déployée par un objet en mouvement, comme de l’eau coulant librement ou une pomme tombant de l’arbre.

 

 

« Âme sensitive » : esprit capable de percevoir et de ressentir, comme celui des animaux.

 

 

« Âme raisonnable » : esprit capable de penser, de raisonner et de philosopher, comme celui des humains.

 



 

 

 

Quelques indications typographiques...

 

 

 

Cette version de l'Entretien est émaillée de quelques fragments empruntés à d'autres textes de Diderot, à savoir : l'Entretien d'un philosophe avec la Maréchale de***, les Pensées sur l'interprétation de la nature, les Eléments de physiologie, le Rêve de d'Alembert, une Lettre à Sophie Volland et la Réfutation de l'homme d'Helvétius. Pour informer le lecteur de ces emprunts, tout en essayant de ménager au mieux son plaisir de lire, nous les avons indiqués par des caractères gras, une note précisant la référence en bas de page. Il est également établi en fin d'ouvrage une récapitulation de ces fragments et références.

Quelques coupures ont pu être pratiquées ici et là dans le texte par les comédiens, ceci pour une meilleure compréhension par le public contemporain. Ces coupures sont signalées par des crochets et points de suspension.

Les didascalies, signalées en italiques, ont été établies par Didier Mahieu.

Sont signalées en italiques, également, les locutions latines.

 

L'éditeur.



 

 

 

 

 

 

 

Ce texte a été créé sur scène le 5 janvier 1999, au Théâtre de l'Ephéméride, avec Stanislas de la Tousche dans le rôle de d'Alembert et Didier Mahieu dans le rôle de Diderot.

 

 


 

 

 

 

 

 

(Diderot et d'Alembert sont assis l'un à côté de l'autre parmi le public, ils commencent à parler entre eux (texte improvisé) au même niveau sonore que les autres spectateurs, puis leurs voix s'élèvent petit à petit du brouhaha général.)

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DIDEROT. — ... [1]Si l'on peut croire qu'on verra, quand on n'aura plus d'yeux ; qu'on entendra quand on n'aura plus d'oreilles ; qu'on pensera quand on n'aura plus de tête ; qu'on aimera quand on n'aura plus de cœur ; qu'on sentira quand on n'aura plus de sens ; qu'on existera quand on sera nulle part ; qu'on sera quelque chose, sans étendue et sans lieu, j'y consens.

 

D'ALEMBERT. — Mais ce monde-ci, qui est-ce qui l'a fait ?

 

DIDEROT. — Je vous le demande.

 

D'ALEMBERT. — C'est Dieu.

 

DIDEROT. — Et qu'est-ce que Dieu ?

 

D'ALEMBERT. — Un esprit.

 

DIDEROT. — Si un esprit fait de la matière, pourquoi de la matière ne ferait-elle pas de l'esprit ?

 



[1]Entretien d'un philosophe avec la Maréchale de***, 1775.